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Sciences et Avenir, Le Figaro, AFP. 27 mai 2011

lundi 30 mai 2011

L’OIE signe la fin de la peste bovine

L’annonce officielle a été faite mercredi lors de la 79ème session générale de l’Organisation mondiale de la santé animale . Aucun cas n’ayant été recensé depuis dix ans « après un contrôle rigoureux par l’OIE avec l’appui de la FAO  » [1], les pays membres de l’OIE ont adopté une résolution qui reconnaît officiellement que les 198 pays et territoires dans le monde dont les populations animales sont sensibles à la peste bovine sont "indemnes de la maladie" [2]. Celle-ci , comme la variole– première et seule maladie humaine ayant aujourd’hui été éradiquée - qui a disparu depuis trente ans, s’est donc désormais volatilisé de la surface de la Terre. Le Dr Bernard Vallat, directeur général de l’OIE, laquelle a combattu cette maladie durant des années, mentionne une « annonce historique », une « avancée majeure » . Reste à savoir pourquoi cette déclaration bouleverse tant le corps médical et les institutions internationales, en quoi elle peut constituer un virage important du 21ème siècle et comment gérer «  la phase de post-éradication débutant à présent  ». Une revue de presse de la Mission Agrobiosciences

Origine et conséquences de la peste bovine

Comme l’indique l’OIE, la peste bovine est « l’une des maladies les plus meurtrières des bovins et de plusieurs autres espèces animales  ». Cette maladie virale très contagieuse, causée par le Rinderpest virus, appartient à la famille des Paramyxoviridae, du genre Morbillivirus (qui) touche plusieurs espèces d’artiodactyles (animaux ayant deux onglons) sauvages et domestiques, notamment les bovins et les buffles. Provoquant de la fièvre, des lésions de la bouche, de la diarrhée, des nécroses lymphoïdes [3], elle fait de tels dégâts que le taux de mortalité des cheptels « peut atteindre 100% » . Si elle n’affecte pas directement l’homme, elle a causé d’énormes problèmes d’ordre économique et de sécurité alimentaire durant des siècles.
Selon l’AFP , elle est très ancienne puisqu’elle était déjà connue sous l’Antiquité. Ce virus qui viendrait d’Asie a ainsi décimé les cheptels et provoqué des famines sous l’Empire romain. Il aurait même contribué au déclin de cet Empire selon la FAO, Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation.
La pandémie a progressé en France au 18ème siècle. Une petite idée des chiffres : de 1712 à 1714, la peste bovine a tué 90% du cheptel européen, relève Christophe Degueurce, professeur à l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort et, selon Jean-Yves Nau (journaliste et docteur en médecine), elle a causé la mort de 200 millions de bovins en Europe au milieu du 17ème siècle. Elle aurait été de plus à l’origine de la création des écoles vétérinaires et consitué, parmi bien d’autres, un des facteurs explicatifs de la Révolution de 1789. A la fin du 19ème siècle, l’Afrique subsaharienne est à son tour touchée et dans les années 1920, ce fléau s’étend à tous les continents.
Suite à une nouvelle percée du virus en Belgique en 1924, l’OIE est créée pour lutter contre les maladies animales. Un vaccin est ensuite découvert en 1957. Mais, malgré de nombreuses campagnes de vaccination dans les années 1960, la peste bovine resurgit aux Etats-Unis dans les années 1980. En 2000, la maladie est encore présente dans la majeure partie de l’Afrique et l’Asie et de nombreux cas sont encore détectés au Kenya en 2001 . C’est au début de l’année 2010 seulement que la majorité des pays du globe sont déclarés indemnes.

Pourquoi est-ce une révolution ?

« Indemne », c’est le statut qui est attribué - ou pas - grâce à la Procédure de l’OIE pour la reconnaissance officielle du statut indemne de peste bovine, lancée en 1989. A cela s’ajoute, à partir de 1994, le Programme mondial d’éradication de la peste bovine (GREP), géré par la FAO en collaboration avec l’Agence internationale de l’énergie atomique des Nations Unies (AIEA). Ces dispositifs portent enfin leurs fruits en février 2011 lorsque les experts de l’OIE donnent leur feu vert en faveur de la reconnaissance du statut indemne des huit derniers pays non encore reconnus. De nombreux mécanismes de coopération et de coordination ont été mis en œuvre autour de la peste bovine. D’après l’OIE, c’est grâce à la collaboration réussie entre de nombreux gouvernements, organisations internationales et régionales, la profession vétérinaire et la communauté scientifique que l’éradication a été rendue possible surtout dans les pays pauvres.
En juin prochain, à Rome, les 192 pays membres de la FAO adopteront, lors de la 37ème Conférence de l’organisation, une résolution de Déclaration d’éradication mondiale de la peste bovine et de mise en œuvre des mesures de suivi nécessaires au maintien de l’éradication dans le monde. Le docteur Bernard Vallat souligne que le caractère « historique » de cet événement réside dans le fait que « la peste bovine est la première maladie animale a avoir été éradiquée par l’Homme ». Un succès pour la science, ajoute-t-il, mais aussi pour la « profession vétérinaire tout entière et pour les politiques de coopération entre organisations internationales  ».

La phase de post-éradication : le dilemme des stocks de virus

Mais ne crions pas victoire trop vite ! Les famines mondiales doivent aussi beaucoup à la spéculation outrancière, aux ravageurs et aux aléas climatiques. On peut donc douter de l’impact réel de l’éradication du virus de la peste bovine – qui, de toute façon, ne sévissait plus que dans quelques pays du monde -. Et c’est désormais la conservation du virus qui pose problème. En effet, bien que le virus de la peste bovine ne circule plus parmi les animaux vivants, il est toujours présent dans un certain nombre de laboratoires de haute sécurité où il sera confiné aux quatre coins du monde. Jean-Yves Nau compare notamment ce cas avec celui de la variole, dont la sauvegarde d’échantillons du virus fait débat depuis trente ans. En 2007, l’OMS avait décidé de lancer une enquête pour parvenir en 2011 « à un consensus mondial sur la date de destruction des stocks de virus variolique existants », en vain.
Que ce soit pour la variole ou pour la peste bovine, tout le monde craint un accident, un acte de bioterrorisme ou la création d’armes biologiques surpuissantes qui causeraient une nouvelle épidémie. Certains mettent alors en avant des arguments scientifiques : conserver le virus pour mettre au point un vaccin plus performant en cas de résurgence. Les autres supputent que ces craintes ne se réaliseront que si l’on conserve bêtement les souches virales. Bernard Vallat semble, lui, considérer qu’« aucun argument scientifique ne justifie la conservation » des derniers virus existants .
Malgré tout, au vu du pourvoir des firmes phytopharmaceutiques et du manque de conviction des décideurs des instances internationales, il est probable que le virus soit encore conservé maintes années. La peste bovine continuera donc d’inquiéter et engagera sûrement de nouveaux échanges enflammés dans l’espace public. La solution est donc pour l’instant d’insister au moins sur la nécessité d’une gestion fiable et transparente des réservoirs viraux.
Retenons tout de même le positif de cette histoire : le succès connu quant au virus de la peste bovine chez l’animal, qui fait suite à la disparition du virus de la variole chez l’homme, laisse présager des évolutions salutaires pour l’humanité. Ainsi, le magazine Sciences et Avenir envisage notamment l’éradication de la rougeole dans les prochaines années.

Autour du même sujet, lire sur le site de la Mission Agrobiosciences :


[1source : 0IE

[2Source : Le Figaro, 25 mai 2011

[3Sciences et Avenir

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