Accueil > Archives > Revue de presse commentée par Valérie Boisvert, économiste à l’Institut de (...)

Revue de presse commentée par Valérie Boisvert, économiste à l’Institut de Recherche pour le Développement

lundi 16 février 2009

Science et société "La biodiversité urbaine présente un intérêt particulier à la fois du fait de ses spécificités et de sa vulnérabilité" Trois questions à Valérie Boisvert (revue de presse commentée)

Dans sa revue de presse du 26 janvier 2009 Biodiversité : la ville a l’an vert , la Mission Agrobiosciences revenait sur la biodiversité urbaine. Deux évènements étaient à signaler : la signature du "Compte à rebours 2010" par 16 collectivités de région parisienne et la publication d’un rapport allemand sur l’état de la biodiversité en ville.
De cette dernière, on ne parle pas beaucoup. C’est donc afin d’y voir plus clair et d’en cerner les enjeux, que la Mission Agrobiosciences à interrogée Valérie Boisvert -économiste à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) spécialisée dans l’environnement, les ressources naturelles et les institutions- sur la question de la biodiversité urbaine.

Mission Agrobiosciences : La signature du "compte à rebours 2010" le 20 janvier dernier, par 16 élus franciliens, intervient à une échéance très restreinte pour permettre la réalisation de ces objectifs par ces collectivités. Cette signature s’effectue-t-elle dans la continuation de politiques menées au niveau local par les collectivités françaises ?
Valérie Boisvert : Cette signature traduit une prise de conscience de l’importance de l’enjeu de préservation de la biodiversité par des collectivités locales, ce qui n’est pas négligeable. Quant aux impacts et aux résultats concrets que l’on peut en attendre à l’horizon 2010, c’est une toute autre question. Tout d’abord peu d’engagements concrets ont été pris (au-delà d’actions de sensibilisation, d’information). Ensuite, enrayer l’érosion de la biodiversité, notamment urbaine, suppose de la connaître, or jusqu’à présent l’inventaire de la biodiversité figurait rarement au nombre des priorités des actions de conservation menées par les collectivités locales. Il reste beaucoup à faire dans ce domaine.

Le rapport du centre Helmotz préconise à la fois le maintien des espèces actuelles dans les villes, mais également la réintroduction d’espèces complémentaires en leur sein. Ces objectifs, qui vont plus loin que les recommandations internationales sur la question, se justifient-ils ?
Le rapport du centre Helmholtz a surtout pour objet de caractériser la biodiversité urbaine en Allemagne et d’alerter sur sa fragilité, en particulier dans un contexte de changement climatique. La biodiversité urbaine est plus importante que celle des zones rurales avoisinantes mais aussi plus vulnérable car composée d’espèces proches où aux fonctions proches. La réintroduction d’espèces complémentaires est perçue comme un moyen de réduire cette vulnérabilité. Une telle proposition va en effet plus loin que les objectifs généralement affichés sur la question, cependant elle est strictement liée à des considérations écologiques et émane de chercheurs. Pour qu’elle soit réellement prise en compte, il faudrait qu’il y ait une demande sociale et une volonté politique en la matière, ce qui est loin d’être avéré. Savoir si des mesures de réintroduction se justifient dépend du statut que l’on reconnait à la biodiversité : affaire d’écologues et de naturalistes ou préoccupation sociale.

En tant qu’économiste, spécialiste de l’environnement, estimez-vous qu’il existe des lieux prioritaires à la sauvegarde de la biodiversité ? La ville en fait-elle partie et y a-t-il urgence ?
Il m’est impossible de me prononcer sur des priorités d’un point de vue écologique. En revanche, il est évident que la biodiversité urbaine présente un intérêt particulier à la fois du fait de ses spécificités et de sa vulnérabilité, et du fait que c’est celle qui touche le plus étroitement et le plus directement une grande partie de l’humanité. Cet intérêt est appelé à se développer du fait du développement des villes et des populations urbaines. D’après les projections des Nations Unies, depuis 2007, la majeure partie de la population mondiale vit en ville et cette tendance va s’affirmer dans les décennies à venir. De même, les superficies urbaines s’étendent. On peut supposer que cela fait de la biodiversité urbaine un enjeu majeur et une priorité pour les politiques de conservation. C’est aussi pour cela que la ville est désormais une des thématiques affichées par les grandes ONG de conservation.

Propos recueillis par Marc Roze pour la Mission Agrobiosciences, en réaction à la revue de presse du 26 janvier 2009 Biodiversité : la ville a l’an vert

Top