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Revue de presse commentée de la Mission Agrobiosciences. 24 mars 2010

mercredi 24 mars 2010

OGM et alimentation animale. « La transparence en filière doit être le maître mot »
Interview de Valérie Bris, directrice de Coop de France Nutrition Animale.

Le 2 mars 2010, la Commission européenne autorisait la culture d’Amflora, une pomme de terre génétiquement modifiée, relançant ainsi le débat sur les OGM. Une décision dont la Mission Agrobiosciences (MAA) se faisait l’écho dans sa revue de presse du 9 mars Amflora : la pomme de terre qui alimente le débat (gratiné) sur les OGM.
Si sa culture n’est pas destinée à l’alimentation humaine, ses sous-produits pourront néanmoins être utilisés pour l’alimentation animale. Pour y voir plus clair sur ces questions, la MAA a sollicité la réaction de Valérie Bris, directrice de Coop de France Nutrition Animale.

MAA. En quoi consiste Coop de France Nutrition Animale ?
Valérie Bris. Coop de France Nutrition animale regroupe les coopératives agricoles et leurs filiales fabriquant des aliments pour animaux. Elle représente les intérêts des métiers de la nutrition animale auprès des organismes privés et publics français et européen et assure la défense des intérêts économiques et techniques collectifs de ses membres pour tous les aspects touchant à la fabrication et à la commercialisation des prémélanges et des aliments composés pour animaux de rente.

Le métier de fabricant d’aliments pour animaux consiste, à partir de matières premières et d’additifs, à fabriquer des aliments composés répondant précisément aux besoins nutritionnels des animaux tout en garantissant un haut niveau de sécurité sanitaire. Au-delà d’un processus de fabrication relativement simple (dosage, mélange, broyage, granulation), le métier s’appuie sur trois fonctions clefs : l’acheteur qui référence et achète les matières premières ; le formulateur qui élabore les recettes ; le responsable qualité qui veille à la sécurité et à la conformité des aliments finis. La coopérative d’aliments apporte également de nombreux services à l’éleveur et accompagne les productions animales dans leur développement. Elle est le partenaire de la performance économique des filières animales.

MAA. Quels sont les animaux – de rente, de compagnie - nourris avec des aliments OGM ? Quelles en sont les raisons ?
Je ne m’exprimerai que pour le secteur que je représente, à savoir l’alimentation des animaux de rente.
Les matières premières de l’alimentation animale concernées par la problématique OGM sont, aujourd’hui, le soja, le colza, le maïs et, dans une moindre mesure car utilisés à de faibles volumes, le coton, le lin ainsi que, demain, la pomme de terre.
Dans la mesure où la France dispose d’une production locale importante de maïs et de colza, dont les variants OGM ne sont pas autorisés à la culture pour le maïs en France, pour le colza en Union Européenne (UE), la problématique OGM se pose principalement, pour le fabricant, sur les produits d’importation, le soja pour l’essentiel.
La France et l’UE sont déficitaires en protéines : déficit de 73% pour l’UE et de 53% pour la France ; elles importent d’importantes quantités de soja (graines et tourteaux), principale source mondiale de protéines végétales. Le tourteau de soja constitue un apport concentré de protéine (44 à 46% de protéines en moyenne) de bonne qualité nutritionnelle qui peut être incorporé dans l’ensemble des aliments composés, qu’ils soient destinés aux porcs, aux volailles ou aux ruminants.
La problématique OGM a conduit à l’interruption des importations françaises de co-produits de maïs en provenance d’Amérique du Nord à la fin des années 90.
Le tourteau de soja est donc une matière première quasiment incontournable de l’alimentation animale : elle représente, toutes espèces confondues, environ 14% des matières premières mises en œuvre dans les aliments composés destinés aux animaux.
Traditionnellement, la France importe des tourteaux de soja (et non des graines) en provenance d’Amérique latine, du Brésil et de l’Argentine principalement.

MAA. Etes-vous obligés d’étiqueter les produits ?
Aujourd’hui, on estime que les 3/4 des aliments pour animaux contiennent des tourteaux de soja OGM et ils sont clairement identifiés comme tels sur l’étiquette. En effet, les fabricants se conforment au règlement 1829/2003 relatif à l’étiquetage des OGM : ils indiquent sur l’étiquette, au regard de la matière première concernée, son caractère OGM. Le seuil d’étiquetage "OGM" étant fixé à 0,9%. [1].

MAA. Quels problèmes rencontrez-vous en terme de distribution de produits OGM, par rapport aux filières non OGM ?
Les fabricants d’aliments pour animaux ont choisi de répondre aux demandes des consommateurs et des cahiers des charges aval en segmentant le marché de l’aliment par rapport au caractère OGM des matières premières constitutives de ce marché. Aujourd’hui, les aliments non étiquetés "OGM" et présentant des matières premières contenant de manière fortuite et techniquement inévitable moins de 0,9% d’OGM représentent, en France, environ le quart du marché de l’aliment. Il n’existe pas de filière d’aliments garantis « non OGM » telle que l’entend le Haut conseil des biotechnologies [2].
Pour répondre à ces marchés spécifiques requérant un aliment n’ayant pas recours aux OGM, plusieurs stratégies peuvent être mises en place par les entreprises. Les deux principales résident, d’une part, dans l’exclusion du soja des formules (ainsi que des autres matières premières d’importation susceptibles de l’être) et, d’autre part, dans le recours à des Soja qui soient garantis par les fournisseurs comme conformes au seuil d’étiquetage (moins de 0,9% d’OGM). Ces stratégies d’approvisionnement sont complétées par des mesures d’analyse et de maîtrise des risques en usine (par exemple le risque de transferts de lot à lot), ceci afin d’assurer la coexistence des deux filières, étiquetées et non étiquetées, et d’apporter une garantie la plus fiable possible aux filières.

MAA. Quel regard portez-vous sur la mise en culture dans l’UE d’une pomme de terre transgénique, l’Amflora, dont les sous-produits pourront être utilisés pour l’alimentation animale ?
Le caractère OGM des co-produits de pommes de terre destinés à l’alimentation animale devront être clairement étiquetés comme tels, conformément à la réglementation en vigueur. Il relèvera du choix de chaque fabricant, en fonction de ses débouchés et de ses cahiers des charges, de les utiliser ou non et, en cas d’utilisation, de répercuter l’information relative au caractère OGM sur l’étiquette de l’aliment. La transparence en filière doit être le maître mot.

MAA. Comment vous situez-vous dans le débat OGM par rapport aux controverses sur l’expertise, par exemple, dans le cas d’Amflora, la question de la résistance aux antibiotiques ?
Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur l’expertise scientifique qui prévaut à l’autorisation de mise en marché des ingrédients que nous utilisons. Cela vaut pour les OGM comme pour les additifs que nous utilisons.

Propos recueillis par Sylvie Berthier, Mission Agrobiosciences, le 23 mars 2010. En réaction à la revue de presse de la Mission Agrobiosciences du 9 mars 2010. Amflora : la pomme de terre qui alimente le débat (gratiné) sur les OGM.


[1NB : L’étiquette de l’aliment indique l’intégralité des matières premières qui le constituent, classées par ordre pondéral décroissant

[2Le Haut conseil des biotechnologies recommande que l’étiquetage « sans OGM » soit réservé aux produits ne contenant pas plus de 0,1% d’ADN transgénique. Ce seuil correspond au seuil de détection de l’ADN transgénique

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