Accueil > Archives > Parlement Européen Actualité, L’Humanité, Le Figaro, Web-agri, France Bleu, Les (...)

Parlement Européen Actualité, L’Humanité, Le Figaro, Web-agri, France Bleu, Les Échos, La France Agricole, La Presse.ca

vendredi 25 mars 2016

Étiquetage de l’origine des viandes dans les produits transformés : la Commission européenne freine des quatre fers

©viandedenullepart.com

Les députés membres de la commission de la sécurité alimentaire européenne ont voté mi-mars une proposition de résolution « en faveur d’un étiquetage obligatoire du pays d’origine ou du lieu de provenance de la viande dans les aliments transformés » à destination de la Commission (Parlement Européen Actualité). Pensé au lendemain de la crise des lasagnes à la viande de cheval de 2013, cet étiquetage vise à rassurer des consommateurs ébranlés. Réclamé depuis par un secteur agricole en crise, cette mesure peine pourtant à être mise en œuvre. Retour sur les limites d’une démarche dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Étiquetage, un vieux cheval de bataille

Mais distinguons de prime abord l’étiquetage de la viande fraîche, surgelée et congelée de celui de la viande utilisée dans les aliments transformés. Depuis le 1er avril 2015, le premier doit indiquer obligatoirement « les lieux d’élevage et d’abattage mais pas de naissance » (L’Humanité) excepté « pour la viande bovine fraîche qui l’indique depuis le 1er janvier 2002 », date de fin de la fameuse crise de la « vache folle ». [1] Pour le second cas, les plats cuisinés donc, la situation est un peu plus floue… La loi de 2014 relative à la consommation, vise certes à rendre « obligatoire » (L’Humanité) l’étiquetage de « l’origine des viandes […] dans les produits transformés ». Las, le journal précise que depuis, pas grand-chose n’a été fait, le décret d’application n’étant toujours pas entré en vigueur. Le 15 février dernier, le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll a donc transmis « à la Commission européenne un projet de décret » portant sur ce thème.

Pour autant, les professionnels des filières de viandes françaises n’ont pas attendu les politiques pour proposer leur propre système de traçabilité. Dès 2014, ils ont créé « les logos « Viandes de France » afin de garantir l’origine et la traçabilité du produit » (Le Figaro). « Ces logos certifient que l’origine du produit est bien française ». Mais il s’agit d’une démarche privée et volontaire portée par INTERBEV, l’interprofession bétail et viande (L’Humanité).

Effet bœuf ?

Objectifs suivis par les parlementaires avec cet étiquetage : « maintenir la confiance des consommateurs vis-à-vis des produits alimentaires en rendant la chaîne alimentaire plus transparente » ; « lutter contre la fraude alimentaire » mais aussi « préserver l’emploi dans un secteur confronté à une grave crise » (Parlement Européen Actualité) [2].

Un avis que partage Philippe Bizien, président du Comité régional porcin Bretagne : « On est en attente de mesures concrètes sur la compétitivité. Il faut passer par l’étiquetage, c’est primordial » (Web-agri). Les éleveurs de porcs bretons y voient en effet une manière de contrer la concurrence jugée déloyale de l’Allemagne et de l’Espagne. La question de l’origine constitue ainsi l’un des leitmotivs des actions menées par des FDSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) dans les grandes surfaces françaises en février 2016, via des stickers « viande de nulle part » apposés sur les produits dont l’origine n’était pas spécifiée (France Bleu).

Clair comme du jus de boudin !

Alors pourquoi trainer la patte depuis 2014 ? On attend surtout après la Commission. Sauf que celle-ci relève de nombreux freins à l’étiquetage et serait davantage en faveur d’une mesure facultative (Parlement Européen Actualité). Elle pointe notamment « les coûts d’un étiquetage obligatoire du pays d’origine pour l’industrie et la probabilité que les consommateurs ne seraient pas enclins à supporter ces coûts supplémentaires ».

Côté consommateurs, on relève effectivement plusieurs difficultés, à commencer par le prix (bien que certaines études indiquent que « l’origine du produit » serait « le premier critère d’achat, devant son prix », Le Figaro). La confiance ensuite : une enquête de Familles Rurales pointe le fait que « 70% des consommateurs » n’accordent de toute façon « pas le crédit qu’il mérite » au logo « Viandes de France » (Le Figaro). L’Humanité ajoute que « la mention sur l’étiquette du pays d’élevage » est « à prendre avec des pincettes puisque l’animal peut avoir grandi ailleurs jusqu’à un certain âge ou un certain poids »… pas facile de s’y retrouver ! On peut alors se demander si cet étiquetage ne viendra pas se perdre dans la jungle des logos (nutritionnels, environnementaux, etc.) existants, s’ajoutant à une confusion déjà palpable ?

Côté distribution, tout le monde n’est pas à la même enseigne. Le résultat de l’enquête de janvier 2016 de l’UFC-Que Choisir sur « 245 aliments de consommation courante à base de viande de bœuf, de porc et de poulet pour treize grandes enseignes nationales et sept enseignes de la grande distribution » (Les Échos) est sans appel : « 54% des produits transformés font l’impasse sur l’origine de la viande » : sandwichs, charcuterie, nuggets, sauces, conserves, etc. Il est alors permis de dissocier les bons des mauvais élèves. Bonnets d’âne pour Daunat, Père Dodu et Sodebo (0% des produits indiquent l’origine de la viande !) face à « cinq marques à l’honneur » : Le Gaulois, Charal, Marie, Findus et Zapetti (qui atteignent 100%). Côté MDD (marques de distributeurs), médaille de la transparence pour Intermarché (84%), Carrefour (57%) et Système U (48%) alors que Leader Price, Casino et Auchan ne dépassent pas 32%.

Pierre Sans, docteur vétérinaire, indique de surcroît que les produits transformés « contiennent très souvent des viandes provenant de différentes carcasses dont les caractéristiques ne sont pas toujours identiques » (interview de la Mission Agrobiosciences), ce qui rend le processus d’étiquetage très complexe…

Un étiquetage pas si « COOL » que cela…

Alors, rien de tel qu’un bon étiquetage sur l’origine ? Pour les viandes non transformées, c’est en tout cas ce que pensaient les États-Unis… qui peinent aujourd’hui à éviter de lourdes sanctions douanières à ce propos (plus d’un milliard de dollars). En effet, la loi américaine COOL (Country of Origin : étiquetage du pays d’origine) en vigueur depuis 2002 vient d’être définitivement abrogée (La France Agricole). Obligeant les producteurs à informer les consommateurs de l’origine géographique des viandes de porc et de bœuf vendues aux États-Unis, elle a été à ce titre jugée discriminatoire par le Mexique et le Canada. Pire, elle se serait traduite par d’importantes pertes pour leurs producteurs de viande, du fait d’une baisse de leurs exportations. Et l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) de statuer en faveur de ces producteurs fin 2015, sachant que les groupes industriels y voyaient une mesure de protectionnisme déguisée (La Presse.ca).

A l’heure des négociations opaques autour du TTIP (Traité transatlantique) à propos duquel nombre d’éleveurs européens s’inquiètent de l’afflux massif de viande des États-Unis (Les Échos), quid de la réaction de l’OMC sur un étiquetage européen obligatoire de l’origine des viandes ?

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 25 mars 2016

Sources :


[1Même si une enquête de « la DGCCRF (direction générale de la consommation de la concurrence et de la répression des fraudes) » relève « que 19% des grandes et moyennes surfaces n’affichent pas l’origine des viandes bovines fraîches surtout celles en provenance de l’étranger. C’est aussi le cas de 24% des grossistes et de 35% des bouchers » (L’Humanité)…

[2Ils souhaitent d’ailleurs que cet étiquetage devienne obligatoire « pour tous les types de viandes » ainsi que le lait utilisé notamment dans les produits laitiers mais aussi dans les « denrées alimentaires non transformées » (Parlement Européen Actualité).

Top