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Oceana.org, Le Monde, ConsumerReports, Europe 1, Le Figaro…

mercredi 27 février 2013

Le poisson, pas très à cheval sur l’étiquette...

Espèces interchangeables, arnaques et consommateurs dupés… Les Américains n’ont pas été touchés par l’escroquerie de la viande de cheval. Mais l’ONG Oceana a confirmé ce mois-ci une fraude de grande ampleur sur l’étiquetage des poissons aux Etats-Unis. Il y a un an, la Mission Agrobiosciences pointait justement la possibilité de fraudes sur l’espèce et l’origine des poissons dans un entretien avec l’ancien directeur des pêches Philippe Mauguin. Avec les nouvelles « farines animales » au menu des poissons, la duperie sur les produits de la mer... Voilà la filière de la pêche et de l’aquaculture en plein remue-ménage !

Une fraude massive aux Etats-Unis

L’enquête de l’ONG Oceana réalisée à grande échelle entre 2010 et 2012 est sans appel : un tiers des poissons vendus aux Etats-Unis aurait une étiquette frauduleuse. Par exemple, dans 87% des cas, ce qui est vendu comme du rouget serait en fait du tilapia ou d’autres poissons à chair blanche. Une substitution d’espèces qui n’est bien entendu pas au profit du consommateur. Ce dernier peut être perdant à trois niveaux : économique, quand un poisson noble est remplacé par un plus modeste vendu au prix fort ; moral, lorsqu’on lui sert des espèces menacées par la surpêche ou issues de l’aquaculture alors qu’il pensait manger un poisson sauvage ; et enfin sanitaire, s’il s’agit en fait d’escolar, un poisson qui peut provoquer de graves troubles digestifs quand on en consomme plus de 50g, ou de bar, trop riche en mercure pour les femmes enceintes et les enfants. Les tests ADN révèlent que « les poissons les plus pêchés sont aussi les plus mal étiquetés ».

Il y a des causes structurelles à cette escroquerie. D’abord, les Etats-Unis importent 90% du poisson qu’ils consomment… et ne le voient pas toujours arriver en une seule pièce. Dès lors que l’on a ôté écailles et nageoires à un poisson, il est bien difficile dans certains cas d’en distinguer l’espèce… Quand ils n’arrivent pas déjà conditionnés sous forme de filets, ou de sticks faits de morceaux reconstitués, à l’image des minerais de viande.

Et chez nous ?

Il se trouve que la France importe 80% de sa consommation de poisson (Le Monde). Philippe Mauguin a rappelé en janvier 2012 la structure du marché mondial des produits de la mer : plus de la moitié est issue de la pisciculture, qui se trouve à 90% en Asie… avec des normes sociales et environnementales bien inférieures à celles européennes, et notamment l’utilisation de farines de poisson comme aliment. Au-delà de cette différence de qualité, difficilement visible pour le consommateur mais sensible par son moindre coût, le directeur des pêches et de l’aquaculture au ministère de l’Agriculture avait annoncé un renforcement des normes de traçabilité des produits de la mer pour janvier 2013, afin d’informer et de lutter contre les fraudes. Depuis, un rapport sur sa mise en place a été publié en septembre dernier, et la pêche ne dépend plus du ministère de l’Agriculture mais de celui du Développement Durable.

Des normes pas toujours appliquées…

Rappelons d’abord que depuis 2002, l’étiquetage des produits de la mer vendus dans le commerce doit mentionner la zone géographique de capture, et s’il s’agit de poisson d’élevage ou sauvage (règlement CE n° 2065/2001 du 22.10.01). Concernant le nom scientifique de l’espèce, il doit obligatoirement accompagner le produit à tous les stades de la filière. Cependant, au niveau du consommateur, cette information reste facultative. Si Europe 1 affirme que selon la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), « ce type d’escroquerie est marginal en France grâce au système de traçabilité imposé par l’Union Européenne », la revue Fish and Fisheries a publié en 2011 une étude révélant 28% de fraude sur l’étiquetage du cabillaud en Irlande, et 7% au Royaume-Uni. Ces deux pays sont soumis au même système de traçabilité européen que la France…

Les normes seules ne suffisent donc pas à éviter les fraudes, particulièrement lorsque les moyens de contrôle sont réduits. Dans cette période d’inquiétudes sur la traçabilité, nombreux sont ceux qui dénoncent la diminution des effectifs des services vétérinaires à la répression des fraudes (France Inter). Mais comment expliquer la différence d’ampleur des fraudes en Irlande et au Royaume-Uni, quand les deux pays sont soumis aux mêmes règlementations ? D’après les auteurs de l’étude, la mentalité des consommateurs serait en cause. En effet, la très forte sensibilisation des Britanniques à la traçabilité et à l’environnement découragerait la falsification.

Est-ce à dire que la dimension culturelle serait aussi forte que la norme ?

Une revue de presse par Diane Lambert, stagiaire à la Mission Agrobiosciences.

Sources :

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