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Nouvel Observateur, Le Monde, Fondation Charles Leopold Mayer

lundi 24 septembre 2012

OGM : au-delà du buzz
L’actualité en débat.
A propos de la publication de l’étude de Gilles-Eric Séralini, par le Nouvel Observateur

Gros coup de pub pour le Nouvel Obs’ qui titrait ce mardi 18 septembre :
« Exclusif. Oui, les OGM sont des poisons ! », surtitré en rouge d’un « OGM Le scandale ». Tous les ingrédients du buzz étaient réunis : titre racoleur ; images choc du triste spectacle de rats de laboratoire déformés par d’énormes tumeurs, attribuées à l’ingestion de maïs NK603 ; exclusivité de l’info relatant l’étude menée par Gilles-Eric Seralini, digne d’un vrai polar avec nom de code (In vivo) et rapatriement de semences dans le plus grand secret. Malaise, sur la forme comme sur le fond.
Sur la forme déjà, on peut regretter le procédé inhabituel, décrit par le toxicologue Gérard Pascal dans Le Monde : l’étude «  a été dévoilée lors d’une conférence de presse sur invitation, avant sa parution dans la Food and Chemical Toxicology, de sorte que tous les scientifiques n’y ont pas eu accès pour l’analyser.  » L’étude publiée par l’Obs’ et non soumise à la critique d’autres scientifiques avait donc délibérément pour vocation de peser, voire d’orienter le débat public.
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Par ailleurs, la mise en scène ressemblait fortement à vaste opération de marketing bien orchestrée pour la promotion du livre de Gilles-Eric Séralini (« Tous cobayes ! OGM, pesticides, produits chimiques ». Ed. Flammarion) et d’un documentaire éponyme de Jean-Paul Jaud (tous deux prévus le 26 septembre). Sans oublier, la parution le 21 septembre de « La vérité sur les OGM, c’est notre affaire ! » par Corinne Lepage, aux Editions Charles Leopold Meyer, l’un des bailleurs de fonds de l’étude, tout comme Auchan et Carrefour, distributeurs engagés dans la promotion du bio.

Sur le fond. L’un des arguments choc de Gilles Eric Séralini est son indépendance. Indépendance vis-à-vis des grands groupes semenciers. Certainement, et l’on sait qu’en matière de résultats Monsanto est loin de jouer la transparence ! Cependant, quel crédit accorder à un chercheur militant anti-OGM (c’est son droit) soutenu par des personnalités comme Corinne Lepage et Jean-Marie Pelt qui affichent également leur opposition aux OGM ?

Dans le déferlement médiatique, rares sont les grands médias qui ont pris la mesure du recul et de l’analyse, à l’instar du Monde, l’un des premiers à s’interroger sur le protocole suivi par Gilles-Eric Seralini. Et, surtout, de signaler que « cette énième controverse illustre […] la nécessité de disposer en France et Europe d’une expertise publique forte et indépendante afin de refonder la toxicologie réglementaire. »

Signalons, pour tous ceux qui souhaitent mieux décrypter les arguments et les enjeux de cette controverse, que Sylvie Berthier et Valérie Péan, de la Mission Agrobiosciences, ont publié en 2011, aux Editions Quae « Les OGM à l’épreuve des arguments ». L’une des conclusions de leur ouvrage concerne justement la nécessaire définition d’un nouveau modèle d’expertise et questionne le principe de l’équivalence en substance et de l’évaluation de la toxicité (temps de nourrissage des animaux d’expérimentation). Les auteures rappellent également l’indispensable débat que notre société doit mener concernant les modèles agricoles et l’alimentation que nous voulons.

"L’actualité en débat". Mission Agrobiosciences, lundi 24 septembre 2012

Accéder à la présentation de "Les OGM à l’épreuve des arguments", de Sylvie Berthier et Valérie Péan (décembre 2011, Editions Quae).

Sources :

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