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Note du Commissariat général du développement durable, Journal de l’environnement, Urbanews, Sciences et avenir (Nouvel Obs)

mardi 9 avril 2013

Circuits courts : une note à contre-courant des idées reçues

Voilà une analyse qui tranche singulièrement avec les discours habituels sur les intérêts des circuits courts et de proximité. Alors que ces derniers sont souvent mis en avant pour leur impact moindre sur l’environnement, une note du très sérieux Commissariat général au développement durable (CGEDD) indique que, tout au contraire, ceux-ci ne présentent pas « d’avantages environnementaux spécifiques ». Loin de critiquer ce mode de commercialisation, l’organisme explique que c’est sur le versant économique et social que résident les meilleurs atouts de la « consommation locale ». Eléments de détail dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Réduire les distances physiques et symboliques
D’emblée, la note dissipe un flou : qu’entend-on exactement par consommation locale ? Le Conseil Général au Développement Durable (CGEDD) précise : « la commercialisation locale des produits agroalimentaires est en générale caractérisée par deux types de circuits, les circuits de proximité et les circuits courts ». Les premiers se définissent par une faible distance entre le lieu de production et le lieu de consommation tandis que les seconds s’appliquent aux produits qui ont transité, au plus, par un intermédiaire de vente.
Selon l’organisme, en 2010, « 21% des exploitations agricoles – ruches, fruits, légumes, vignes, produits animaux – vendaient en circuits courts, en particulier en vente directe ».

Un bilan environnemental mitigé
Bien plus que le transport qui pèse pour 17% des émissions de gaz à effet de serre, « ce sont les phases de production des aliments » qui sont les principales sources de GES, avec 57% des émissions. Conséquence : si les distances généralement parcourues par les produits locaux sont réduites, elles ne peuvent à elles seules justifier de la meilleure qualité environnementale de ces derniers.
Dans ce cadre, d’autres éléments doivent être pris en considération. Le document insiste notamment sur la grande diversité des modes de production comme la multiplicité des facteurs impliqués dans la définition de la qualité environnementale. Prenant comme exemple le cas de la tomate, le CGEDD montre qu’une solanacée cultivée en bio n’est pas nécessairement plus respectueuse de l’environnement que son homologue conventionnelle. Certes, l’agriculture biologique requiert moins d’intrants ; mais ses rendements à l’hectare sont souvent plus faibles. De fait, le ratio « impact [sur l’environnement] /quantité de produit » peut être supérieur à celui de l’agriculture conventionnelle »...
Côté transport, le constat est tout aussi nuancé. La faible distance parcourue par le produit n’est pas gage de performance écologique. Le Journal de l’Environnement évoque en détail le poids des modes de transports et celui de l’optimisation logistique. Importance des volumes transportés, retour à vide des camionnettes, déplacement des consommateurs jusqu’au point de vente sont autant de données qui doivent être comptabilisées.

Des générateurs de lien social
Les circuits courts et de proximité n’auraient donc guère d’atouts à faire valoir ? Bien au contraire indique le CGEDD. En premier lieu, ils permettent de relocaliser les impacts environnementaux, en ce sens que « la production est soumise aux exigences réglementaires locales souvent plus fortes en France et en Europe en matière d’environnement ».
Mais c’est surtout du côté économique et social que l’on trouve les meilleurs arguments en faveur de leur développement. « La consommation locale est un facteur de cohésion sociale. (…) Les circuits courts permettent une meilleure compréhension par les producteurs et les consommateurs de leurs mondes respectifs ».
Ils constituent aussi, si l’on en croit certains travaux, « des vecteurs de l’évolution des rapports de pouvoir au sein des systèmes alimentaires (…). Ils sont porteurs d’apprentissage, pour le consommateur, mais aussi concernant les pratiques agricoles et leurs impacts, les pratiques culinaires et les pratiques démocratiques elles-mêmes ».
S’il ne permet pas de répondre à lui seul aux enjeux de durabilité de l’alimentation, ce mode de commercialisation peut constituer « un des éléments de réponses au défi de l’alimentation durable », conclut finalement le CGEDD.

Les urbanistes bouclent le circuit
Il n’y a pas que cet organisme qui s’intéresse aux circuits courts, les urbanistes aussi. Dans un article publié par Urbanews, Solène Margaron s’interroge sur la pertinence d’un tel modèle… pour repenser l’aménagement du territoire.
Son credo ? Le modèle des circuits courts repose sur un système « d’économie circulaire ou de nouveaux réseaux » et, ce faisant, « renouvelle la vision de notre rapport au territoire car elle rompt avec un fonctionnement linéaire ». Comprenez : les éléments nécessaires à la survie dudit territoire ne sont pas produits sur place, ils y sont acheminés. De même, une fois utilisés, ils sont bien souvent évacués pour être recyclés ailleurs. Appliqué à l’aménagement, le modèle du circuit court implique « une idée de proximité entre le lieu d’origine et celui de fins de vie des ressources exploitées par un territoire – circuits d’eau, d’énergie ou encore de production et d’acheminement des matériaux de construction et des matières agricoles ». Avec une échelle toute trouvée : celle du quartier.
Utopie ? L’auteur le concède : les cas de mise en pratique relèvent plutôt de l’exception que de la règle et « dépassent rarement le stade d’affichage vert ou "greenwashing" »
D’autres ont des allures un brin fantaisistes. L’éco-pâturage, vous connaissez ? Le principe : remplacer les traditionnelles tondeuses par des troupeaux de brebis ou d’ânes qui débroussaillent les espaces verts autant qu’ils les alimentent en engrais naturels. Si vous êtes sceptiques, sachez que la ville de Paris s’y est mis. C’est Sciences et Avenir qui le dit.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 9 avril 2013.

Sources :

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