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Metro France, Le Figaro, Europe 1, le Monde, les Echos.

jeudi 18 octobre 2012

Obésité : la soupe à la grimace des IAA

Contexte délicat ces derniers jours pour les industries agroalimentaires. Tout a commencé ce lundi, avec ce sondage réalisé par OpinionWay indiquant que « 92% des français pensent que l’industrie agroalimentaire joue un rôle dans l’augmentation du surpoids dans le monde ». Puis le lendemain, alors qu’étaient révélés les résultats de la 6ème enquête Obépi, le ministre délégué à l’agroalimentaire Guillaume Garot a déclaré qu’il fallait changer les « recettes » des produits issus de l’industrie agroalimentaire et réduire les teneurs en sucre, en graisse et en sel. Dernier épisode en date, avec le rappel de steaks hachés surgelés contaminés par la bactérie E. Coli, qui ne doit cependant pas nous faire oublier que notre alimentation n’a jamais été aussi sûre.
Si le défi de la sécurité sanitaire semble être relevé, la question de la qualité nutritionnelle, elle, suscite de vifs débats. Etat des lieux dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Une étude "encourageante" et un sondage aux conclusions salées …
Ce mardi 16 octobre, étaient publiés les résultats de la 6ème enquête d’Obépi, enquête déclarative réalisée tous les trois ans, et visant à suivre l’évolution de la prévalence de l’obésité et du surpoids en France. Fait important, les résultats montrent que la progression de l’obésité semble marquer le pas, sa prévalence n’ayant augmenté que de 0.5% entre 2009 et 2012, comme le signale le Figaro. Plus en détails, l’enquête révèle de fortes disparités d’âge (« l’accalmie » ne concernant pas les 18-24 ans), de genre (les femmes sont plus touchées), et de niveau de revenus. Sur ce dernier point, il existe ainsi « une relation inversement proportionnelle entre le niveau de revenus et la fréquence de la maladie ».
Les résultats de cette enquête ont été dévoilés au lendemain de la publication des données d’un sondage réalisé par OpinionWay pour l’agence de communication LJ Corporate et dont le Figaro se fait également l’écho. Que nous dit-il ? Que pour « 92 % des Français, l’industrie agroalimentaire joue un rôle important dans l’augmentation du surpoids dans le monde. ». Un pourcentage gonflé que l’on peut tempérer par cette autre donnée extraite du même sondage : « plus de la moitié des consommateurs (51 %) reconnaissent que les industriels ont déjà fait des efforts pour améliorer l’équilibre nutritionnel de leurs produits ». Le directeur associé chez LJ Corporate, Florent Chapel, voit dans ces résultats « un signal d’alerte pour les industriels ».

Cure d’amaigrissement
C’est dans ce contexte, et à la faveur des résultats de l’enquête Obépi, que le ministre délégué à l’agroalimentaire Guillaume Garot a souhaité tout « remettre à plat avec les industriels du secteur. Et vite ». S’exprimant sur Europe 1, il a indiqué vouloir « signer un "pacte" avec les 12 000 entreprises du secteur pour améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits. ». A ses yeux, l’enjeu est clair : « il y a urgence à lutter contre l’obésité. […] La qualité alimentaire, elle doit être pour chaque Français, quels que soient les revenus, quels que soient les magasins où il s’approvisionne ».
Dans ce cadre, deux axes se dégagent. D’un côté, il «  faut changer les recettes pour qu’il y ait moins de sucre, moins de sel, moins de graisse dans les biscuits, les snacks, dans les apéritifs ». De l’autre, il faut « travailler l’étiquetage car aujourd’hui pour comprendre une étiquette nutritionnelle, il faut quasiment être ingénieur chimiste » (propos cités par Metro France). Cette amélioration de l’étiquetage nutritionnel se traduirait par exemple par l’apposition de feux tricolores, inspirés du code nutritionnel anglosaxon [1], ou encore des mentions officielles telles que "conçu avec moins de sucre" ou "avec moins de gras".
Des propos qui ne sont pas totalement du goût de Jean-René Buisson, président de l’Ania [2]. Revenant notamment sur les pistes esquissées, il a indiqué que l’Ania était « contre des étiquettes avec des feux verts et rouges car elles seraient culpabilisantes pour le consommateur et pourraient se retrouver sur des produits phares comme le camembert ou le foie gras »(Métro France).

Des steaks contaminés mais vite rappelés
Ce même mardi 16 octobre, les magasins Carrefour, Carrefour Market et Champion ont lancé un rappel de certains steaks hachés surgelés suite à la détection d’une bactérie E. Coli de souche O157 :H7, « pouvant entraîner des troubles graves ». A ce jour, comme le précise le Monde, aucun cas de contamination n’a été signalé.
C’est que, on peut le dire, les actions mises en place ces dernières décennies pour garantir la sécurité sanitaire des produits sont d’une grande efficacité. D’un point de vue sanitaire, l’alimentation n’a jamais été aussi sûre, comme l’ont rappelé les invités de la table ronde consacrée aux sciences et industries alimentaires, organisée ce 16 octobre par la Mission Agrobiosciences et l’Ensat. Parmi les personnalités conviées, Michèle Marin, la présidente du Centre Inra Toulouse Midi-Pyrénées, a donné quelques illustrations de cette sécurisation. Ainsi, en Europe, les épidémies liées à la Listéria (qui peut contaminer les aliments prêts à consommer, les charcuteries ou le fromage), ont quasiment disparues ; de même que les cas de salmonelloses (ovoproduits et volaille) ont fortement diminué, a contrario des Etats-Unis.

Quand Coca se sucre sur le dos de Paimpol
Qualité nutritionnelle, sécurité sanitaire, des éléments auxquels on pourra ajouter quelques considérations économiques, détaillées par Serge Papin, le président du groupement coopératif Système U, dans les Echos. Son credo ? La loi de modernisation de l’économie (LME) a certes redonné « aux distributeurs la possibilité de négocier avec les industriels […]. Mais elle impose aussi la loi du plus fort ». Ainsi, le distributeur ne dispose pas des mêmes marges de manœuvre et de négociation face à une multinationale qu’une petite PME.
Conséquence : tous les produits ne sont pas logés à la même enseigne. Face à la pression des grands groupes, les marges sont principalement effectuées sur les produits « des filières agricoles, des marques distributeurs et des PME françaises » dont les prix de vente sont gonflés au risque d’en pénaliser l’achat et, à terme, de fragiliser le tissu industriel agroalimentaire. Un système que Serge Papin résume ainsi : le Coco de Paimpol finance le Coca-Cola vendu à prix coûtant ! ».
Une formule qui se passe de commentaires.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 18 octobre 2012.

Sources.


[1Basé sur le principe d’un feu tricolore, il indique si le produit est plus ou moins riche en sucres, en graisses et en sel. Le vert code pour une teneur réduite, l’orange pour une teneur moyenne et le rouge pour une concentration excessive. Son efficacité est mise en doute.

[2Agence Nationale des Industries Alimentaires

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