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lundi 12 avril 2010

Pêche au thon : de l’Europe au Japon, tout le monde voit rouge

« Echec » et « dialogue de sourds ». Tels sont les maîtres mots choisis par la presse pour résumer le déroulé de la 15ème réunion de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction – CITES – organisée à Doha, au Qatar, du 18 au 25 mars dernier. Les espèces marines devaient être les grandes vedettes de cette réunion ; elles en sont surtout les grandes perdantes. « Ni le thon rouge, ni les requins, ni les coraux ne seront inscrits sur l’une des annexes de cette convention » indique Libération. Parmi ces différentes espèces, c’est le sort du thon rouge qui a, plus que tout autre, focalisé l’attention de la presse. Souvenez-vous : après moultes réflexions, l’Union européenne avait décidé de porter à Doha une proposition d’interdiction de la pêche au thon rouge. A la différence de Monaco qui visait une interdiction immédiate, l’Union européenne proposait une suspension différée d’un an. Dans les deux cas, le vote a été sans appel : les deux propositions ont été rejetées massivement. Explications.

Une décision t(h)onitruante
« Ils se sont faits avoir comme des débutants » explique Charlotte Nithart, de l’association écologiste Robin des bois au journal Le Monde. Et le quotidien d’éclairer nos lanternes sur ce point : alors que l’Europe, pour rallier les pays à sa cause, espérait obtenir la création d’un groupe de travail sur la question du thon rouge, « la Lybie (...) a provoqué le torpillage des propositions européennes et monégasques en demandant un vote sans attendre », prenant de cours les deux porteurs des projets d’interdiction. Reste que cette stratégie de mise en échec, si elle a été finement jouée et fortement renforcée par le lobbying puissant du Japon, n’explique pas totalement le vote massif en faveur du maintien de la pêche. L’article avance plusieurs raisons. Parmi elles, le fort sentiment d’inégalité ressenti par les pays du Sud au regard des moyens dont disposent ceux du Nord : « Si les pays riches [peuvent] indemniser leurs pêcheurs et se payer des plans de sortie de flotte, cela n’est pas le cas des pays en voie de développement ». Les pays du Sud ont le sentiment « d’être privés de débouchés par les pays qui sont les plus responsables de la disparition de la ressource » explique de son côté Stéphane Ringuet de WWF-France à Libération. Voilà qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de Copenhague...

Les japonais grands vainqueurs ?
La presse française le clame haut et fort : les japonais sont les grands vainqueurs de ces négociations. Rappelons que ces derniers, qui étaient farouchement opposés à l’interdiction de la pêche au thon rouge, consomment 80% desdits thons provenant de l’Atlantique et de la Méditerranée. Mais au pays du soleil levant, force est de constater que l’on a le triomphe modeste. Ainsi Courrier International nous invite à découvrir un article paru dans Mainichi Shimbun, un quotidien japonais. On peut y lire notamment ceci : « Certains avancent que le thon rouge fait partie de notre culture culinaire. Toutefois, il est difficile de prétendre que manger du thon rouge d’élevage importé par avion [...] découle de notre tradition [1] . » Et l’article d’inviter les consommateurs à « s’informer sur les circuits qu’empruntent les aliments [...] et [à] réfléchir sur les conséquences de [leurs] choix alimentaires sur l’écosystème et les ressources naturelles ».

Mr. Goodfish à la rescousse des politiques ?
S’informer sur l’origine des poissons pris dans les filets à provisions, c’est justement l’objectif de « Mr Goodfish » la campagne européenne de sensibilisation à destination des professionnels et des consommateurs lancée mi mars par le réseau Océan Mondial. « Mr Goodfish : ou comment bien choisir son poisson », précise L’Express. L’objectif : « valoriser la consommation d’animaux pêchés en saison et selon des zones régionales délimitées », lesquelles espèces seront indiquées sur des listes remises à jour tous les trois mois. Plusieurs grands chefs ont déjà signé la charte d’engagements et reçu leur petit macaron « Mr Goodfish ».

Pour conclure, citons deux phrases qui résument les postures à l’œuvre dans cette affaire de pêche et, plus largement, de préservation de la biodiversité marine, car in fine, il est tout de même question de cela. La première est extraite d’une longue interview par le Journal du Dimanche de Jacques Perrin, le réalisateur d’Océans. « L’océan est malade de l’homme (...) il est de notre devoir de le protéger, d’éviter le désastre » explique-t-il au journal.
La seconde phrase est tirée d’un article d’Actu-environnement qui, sans entrer dans les détails, se fait l’écho des tensions induites par la possible création de la plus grande réserve marine autour de l’archipel des Chagos (Océan Indien). Archipel dont la possession par le Royaume-Uni est contestée par le gouvernement mauricien. Ainsi ce dernier « voit d’un mauvais œil le projet de réserve et dénonce un « éco-impérialisme » de la part des Britanniques ».

Quand le Nord parle de préservation de la biodiversité, le Sud rétorque «  éco-impérialisme » : voilà les deux postures qui semblent désormais se faire face et dont il faudra probablement tenir compte à l’avenir.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 12 avril 2010.

Ecouter l’émission spéciale de "Ça ne mange pas pain !", Les dents de la mer les mardi 20 avril 2010, de 19h et 20h, et mercredi 21 avril, de 13h à 14h, sur Radio Mon Païs (90.1 et par le Web).

Sources :


[1« De nombreux thonidés sont capturés jeunes pour être nourris de seiches et de maquereaux afin d’augmenter la partie ventrale plus grasse et très prisée des japonais. » précise l’article

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