Accueil > Archives > Libération, Le Monde, Agrisalon, Le Parisien, La Dépêche du Midi, Les (...)

Libération, Le Monde, Agrisalon, Le Parisien, La Dépêche du Midi, Les Echos

lundi 14 septembre 2009

Pour 100 briques, t’as plus rien

Retour sur la grève du lait

Distributions gratuites, blocages de camions de livraison,déversements dans les caniveaux ou le lisier... Une partie des éleveurs laitiers français et européens ont ouvert les vannes de la colère. Un mouvement de protestation qui a non seulement fait couler de l’encre, mais qui révèle aussi les divisions des organisations syndicales et relance le débat sur la dérégulation des marchés agricoles au sein de l’Union européenne. Explications.

Le come-back des quotas
Souvenez-vous, au milieu des années 80, la mise en place des quotas laitiers avait suscité une sacrée levée de boucliers de la part des éleveurs. Le principe en est simple : il s’agissait à l’époque de freiner la production de lait de vache, bien supérieure à la demande intérieure, pour permettre une stabilité des prix et limiter les rachats coûteux d’excédents par Bruxelles.
Le dispositif ne tarde pas à faire ses preuves et les années passent sans heurts… jusqu’au virage de 1992, où la Politique Agricole Commune attaque une série de réformes allant dans le sens de la dérégulation. En 1999, lors du Sommet européen de Berlin, la décision est prise : exit les quotas. Dès lors, commence a priori la chronique d’une mort annoncée pour 2015. C’est sans compter, cependant, sur la conjoncture. Car voilà, depuis la flambée des prix du lait en 2007, le marché mondial va de mal en pis, et les prix payés aux producteurs ne cessent de dégringoler. Du coup, le Parlement européen juge insuffisantes les mesures d’accompagnement prévues par la Commission européenne (celle-ci avait prévu un « atterrissage en douceur » des professionnels du secteur d’ici à 2015) et, comme le signale le Monde du 7 septembre dernier, les Etats membres affichent leur désaccord. Des remous qui touchent jusqu’au syndicalisme agricole, fortement divisé. Ainsi, en désaccord avec les positions de la plusieurs éleveurs de Midi-Pyrénées et d’Aquitaine lancent, en décembre 2008, l’Association des Producteurs de lait Indépendants, sous l’impulsion de son président, Pascal Massol. C’est à ces derniers que revient l’initiative de la grève du lait pour protester contre la suppression des quotas et dénoncer les prix trop bas.

La grève du lait fait tache d’huile

Lancé le jeudi 10 septembre, d’abord dans le grand Ouest et dans le Nord, le mouvement destiné à bloquer la collecte et tarir ainsi les livraisons aux coopératives et aux industriels, est rapidement rejoint par les autres bassins laitiers de France ainsi que par l’Organisation des producteurs de Lait. Relayé à Bruxelles par l’European Milk Board, il s’étale enfin dans plusieurs pays voisins – l’Allemagne, l’Italie, la Belgique…
« Une aberration », juge le président de la FNSEA, qui avait signé en juin dernier les derniers accords interprofessionnels sur le prix du lait. « Une mauvaise idée », analyse de son côté l’économiste Nicolas-Jean Brehon, pour les Echos, qui pointe notamment le danger d’approvisionnements à bas prix auprès de pays exportateurs.
Il n’empêche : suivie semble-t-il par plus de 35 000 producteurs en France, soit plus d’un tiers des effectifs totaux, la mobilisation trouve ici et là de seconds souffles. Alors que le Parisien rend compte des distributions de lait qui se poursuivent, la Depêche du Midi du 14 septembre signale, elle, que José Bové serait prêt à entamer une grève de la faim pour soutenir les éleveurs. Manière d’être solidaire de la politique du bidon vide ?

l’écrémage des petits éleveurs

C’est un fait : en Europe, le prix du lait payé par les laiteries aux producteurs ne cesse de chuter, atteignant le niveau du dumping. En deux ans, il est ainsi passé de 0,30 à 0,40 €/litre à 0,24 voire 0,20€/litre dans certains pays, ce qui ne couvre pas les coûts de production, alors même que les prix à la consommation maintiennent leur niveau. En ligne de mire, donc, les distributeurs et les transformateurs. Mais aussi la FNSEA qui a accepté l’accord de juin dernier, limitant le prix maximum des 1000 litres à 280 €. Raisons invoquées : la baisse de la demande en Europe et ailleurs, qui entraîne la chute des cours. D’où les prix planchers adoptés au sein de l’Union européenne. Un désastre, jugent bon nombre d’observateurs et de professionnels. Pour l’APLI, c’est 350 à 400 € qu’il faut atteindre si l’on veut voir cesser l’hémorragie des éleveurs français qui, par milliers, cessent ou changent d’activité, ce qui entraîne non seulement un coût social mais également territorial. Un argument qui, au-delà de la seule logique financière qui prévaut actuellement à Bruxelles, devrait déplacer le bras de fer sur le terrain du politique.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 14 septembre 2009

Lire la réaction de Pascal Massol, 30% d’éleveurs mobilisés, cela peut faire du barouf. Un entretien de la Mission Agrobiosciences

Lire la réaction de Vincent Chatellier, économiste, Inra, Radiographie du secteur laitier : entre baisse des prix et suppression programmée des quotas, une analyse économique des arguments de la « grève du lait » publiée par le magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Les sources :

Top