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Les Echos, Le Parisien, Métro France, le Journal de l’Environnement, Aqui, Ouest France, le Courrier Picard, L’Indépendant.

lundi 26 mars 2012

Grignotage des terres agricoles : l’agriculture bat en retraite

Grignotées, les terres agricoles. Petit à petit rongées à la faveur des projets d’urbanisation. Si l’on se réfère aux données du Ministère de l’agriculture reprises par les Echos, dans les années 60, 40 000 hectares de terres agricoles disparaissaient chaque année en France. Sur la période de 2006 à 2010, le rythme annuel a quasiment doublé. Plus que le grignotage lui-même, c’est son intensification qui inquiète, d’autant plus que d’autres processus viennent s’y greffer. Ainsi, parallèlement à la pression sur le foncier agricole, plusieurs syndicats d’agriculteurs dénoncent les risques induits par la concentration des terres.
D’un côté, la Surface agricole utile (SAU) recule ; de l’autre, la taille des exploitations augmente. Deux tendances qui, conjuguées l’une à l’autre, compromettent l’accès au foncier agricole, et avec lui, l’installation des jeunes générations. Détails dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Secteur agricole à l’étroit
Que l’on se situe en Ille-et-Vilaine, dans l’Oise, l’Aude, les Landes, l’Ile-de-France ou encore la Haute-Garonne [1], partout le constat est le même : en l’espace de dix ans, la surface agricole utile (SAU) a reculé de 3 % à l’échelle nationale, soit l’équivalent d’un département.
Hier stable, le processus s’accélère ces dernières années et dessine de tristes perspectives. S’appuyant sur un rapport de la Safer [2], les Echos expliquent qu’à la vitesse où vont les choses « la France pourrait perdre 11% de ses surfaces agricoles actuelles à l’horizon 2050 ». A terme, c’est bien la question de la sécurité des approvisionnements alimentaires qui est posée.
Au-delà des chiffres, l’article insiste également sur un autre aspect du problème jugé « plus pernicieux » : « la moindre densité des communes urbaines ». « L’urbanisation avance mais proportionnellement plus vite que sa population ». Il en résulte une forme de dilution du tissu urbain dans l’espace agricole laquelle, nous dit-on, ne s’opère pas sans heurts. C’est que, auparavant restreints aux activités agricoles, les usages de ces espaces se multiplient (usages résidentiel, industriel…) et se superposent les uns aux autres, entraînant au passage quelques conflits… d’usage. Or, selon les Echos, ces derniers se soldent bien souvent par un effacement de l’activité agricole. Celle-ci est d’autant plus facilitée que, compte-tenu des prix en cours sur le marché du foncier, la vente des terrains peut générer une plus-value « substantielle » pour les propriétaires.

Agriculture : activité protégée ?
« Une sanctuarisation de certaines parcelles ». C’est l’une des pistes proposées par le Conseil économique, social et environnemental (Ceser) d’Ile-de-France pour pallier au phénomène, dans un rapport publié mi-mars dont Métro France et le Journal de l’Environnement nous livrent les éléments d’analyse. La région n’est pas épargnée avec une réduction de 3,2% de sa SAU. D’où la recommandation de "sanctuariser" certains espaces. Si Métro France reste évasif sur les moyens mobilisés, le Journal de l’Environnement s’avère plus précis, en expliquant que cette préservation pourrait être envisagée dans le cadre des Plans locaux d’urbanisme – PLU – ou encore des Scot, les schémas de cohérence territoriale. Autres pistes évoquées dans ce rapport : « préserver la diversité des cultures en structurant les productions maraîchères et arboricoles (grâce au recours à la forme sociétaire, notamment sous la forme d’un groupement agricole d’exploitations en commun ou GAEC) », mieux valoriser les friches industrielles, ou encore réduire la spéculation foncière. En dernier lieu mais non des moindres, le Ceser « recommande de renforcer le soutien à l’installation des jeunes agriculteurs ».

Tout aussi néfaste que le grignotage, la concentration des terres
C’est que la perte de SAU n’est pas le seul écueil à l’horizon. Comme le constate amèrement le Parisien, sur les dix dernières années, le nombre d’exploitations a chuté de 26% alors même que la superficie moyenne de celles-ci augmentait de 31%. La tendance est donc à la disparition des petites et moyennes exploitations en faveur des très grandes. Une « concentration » des terres « jugée coûteuse et irrationnelle » par la Confédération paysanne et la Coordination rurale, « qui dénoncent cette évolution vers des fermes toujours plus grosses et capitalistiques », opérée au nom de la compétitivité.
De leurs côtés, toujours selon Le Parisien, « les responsables de la FNSEA comme les dirigeants des puissantes coopératives agricoles reconnaissent qu’il est inéluctable que certains agriculteurs quittent leur activité, pas assez compétitifs pour faire face aux marchés mondiaux ».
Reste ceci : pour les deux syndicats minoritaires, le système a largement atteint ses limites. François Lucas, porte-parole de la Coordination rurale explique : « Les exploitations deviennent trop chères pour être reprises par des jeunes ou des individus, et ce sont de plus en plus des sociétés "sans visage" qui tendent à les reprendre ».
Une étude prospective publiée par l’Institut de l’élevage confirme ces dires. Elle y décrit, pour le secteur des vaches allaitantes, « un scénario déjà en marche de concentration accélérée, où les repreneurs jugés crédibles par les banques ne sont pas les jeunes agriculteurs, mais les grosses exploitations déjà en place ».

Demain, le péril jeune ?
Au-delà de la perte de la SAU ou du phénomène de concentration des terres, ce sont donc les questions de la reprise des exploitations et de l’installation des jeunes générations qui sont posées. Cas d’école dans les Landes. Le dernier recensement général de l’agriculture révèle que « la question de la perte de cette SAU pourrait (...) être amplifiée par le « papy-boom » qui touche les agriculteurs en mal de successeurs. » (Aqui). Dans ce département, les chiffres parlent d’eux-mêmes : « 28% de la SAU landaise est détenue par des chefs de 55 ans et plus. Parmi eux, seuls 32 % connaissent leur successeur, les autres sont soit dans l’attente d’un repreneur (50%), soit, pour 400 d’entre eux, déjà résignés à ce que leur exploitation ne soit pas reprise. »
Bref, il n’y a pas que la SAU qui recule.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 26 mars 2012.

Sur la question des terres agricoles, ici et ailleurs, on peut lire sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement)  :

Sources :


[1Voir par exemple dans ce cas l’article publié en 2010 par la Dépêche du Midi, « Il n’y a plus de terres pour les agriculteurs »

[2Société d’aménagement foncier et d’établissement rural

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