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Le Point, La Dépêche du Midi, Le Figaro, 25 juin 2008

mercredi 25 juin 2008

Obésité : les français grossissent et les graisses résistent « La France aurait sous-estimé son problème de poids ». C’est ce que nous apprend un article du Point du 11 juin dernier qui reprend les conclusions de l’enquête Mona Lisa menée auprès de 4800 personnes résidant en Haute-Garonne, dans le Bas-Rhin et la région de Lille, de 2005 à 2007. Réalisée sous la direction du professeur Philippe Amouyel, directeur de l’Institut Pasteur de Lille, l’étude, qui vise à estimer le niveau et l’évolution des facteurs de risques cardiovasculaires, pointe notamment « une évolution préoccupante  » de la prise de poids, en particulier, dans la tranche d’âge des 35-74 ans : « 67 % des hommes et 50% des femmes présentent une surcharge pondérale ou une obésité.  » La fréquence de l’obésité seule serait de 20% chez les hommes comme chez les femmes, alors qu’en 2006, selon l’enquête Obépi-Roche, la moyenne nationale ne dépassait pas les 13%. Dès lors, plusieurs questions se posent.
On peut se demander quelles sont les raisons qui expliquent une telle différence entre les résultats de ces deux études, pourtant réalisées dans un laps de temps très proche ? Peut-être faut-il noter que l’enquête Obépi est nationale et non régionale, qu’elle porte sur un très grand nombre de sujet - plus de 23 700 - et que celle-ci montre, justement, que le pourcentage d’obèses varie fortement d’une région à l’autre, le Nord et l’Est étant les régions les plus touchées. Une disparité régionale d’ailleurs bien soulignée par l’enquête Mona Lisa : 62% des Toulousains sont en surpoids contre 88% des Lillois. Selon le Professeur Jean Ferrières, du CHU de Rangueil qui a participé à cette étude, « les repas des toulousains sont mieux structurés, avec moins de grignotage, plus de diversité alimentaire : fruits, légumes, viandes, poissons, alors qu’au nord et à l’est, on a plus de graisses saturées, avec beaucoup de viande, de charcuterie et de pommes de terre ».( propos rapportés par la Dépêche du Midi de ce jour).

Ensuite, il est vrai que l’obésité, comme l’ont montré de nombreuses études épidémiologiques, est un facteur de risque de plusieurs pathologies telles que les maladies cardio-vasculaires et le diabète. Mais le surpoids ? Pourquoi les résultats de l’enquête Mona Lisa présentent non pas uniquement la fréquence de l’obésité mais également ceux du surpoids ? Faut-il comprendre par là que ce dernier serait lui aussi devenu un facteur de risque ? Ou n’y aurait-il pas là un glissement ?

Une question qui se pose avec d’autant plus d’intérêt quand on sait que l’indicateur utilisé pour définir l’obésité (et le surpoids) présente quelques limites. Cet indice, l’IMC (Indice de masse corporelle), obtenu en divisant le poids en kilogramme par la taille exprimée en mètre et élevée au carrée, est, comme tout indicateur imparfait (1). Max Lafontan, chercheur à l’Inserm sur l’obésité, rappelait ainsi, lors d’une Conversation
, en février 2006, que cet indice ne rend pas compte de la répartition entre la masse grasse et la masse maigre : la majorité de joueurs de rugby, au vue de leur musculature, aurait un indice de masse corporelle supérieure à 30.

Et puis, comme le rappellent plusieurs quotidiens, à l’image du Figaro du 24 juin, les graisses ne sont pas si mauvaises pour la santé. L’auteur de l’article, Jean-Luc Nothias, précise que « si la graisse, et surtout ses excès, peut poser problème, elle a aussi de très bons côtés, et de très grandes qualités. Car elle constitue, avec les protéines et les sucres (les glucides), le troisième grand et indispensable constituant de la matière vivante. Sans graisse, point de vie.. L’article nous rappelle ainsi que les graisses constituent un élément majeur des membranes de nos cellules, une réserve énergétique ou encore que le fameux cholestérol est dans sa grande majorité fabriqué par le foie... Voilà l’image des graisses quelque peu "regonflée". Reste à savoir maintenant où se situe le juste milieu entre le trop et le trop peu...

(1) L’IMC est dit "normal" lorsqu’il se situe entre 18.5 et 25. En dessous, vous êtes considéré comme maigre ; au-delà et jusqu’à 30 en surpoids. Entre 30 et 35, on parle d’obésité modérée. Lorsque l’IMC est compris entre 35 et 40, l’obésité est qualifiée de sévère. Au-delà, elle est dite massive (morbide).
Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 25 juin 2008. Le Point du 11 juin, le Figaro du 24 juin, la Dépêche du Midi du 25 juin.

La réaction de Max Lafontan, directeur de recherches Inserm, spécialiste des obésités, recueillie pas Jacques Rochefort, de la Mission Agrobiosciences

J. Rochefort : On nous parle de nocivité des graisses en général, mais aussi de l’existence de bonnes graisses. Finalement, on s’y perd...
M. Lafontan : « Le problème qui est posé autour de cette question est celui de la nature chimique des acides gras, qui sont les constituants des graisses. Or il en existe différents types dont certains ont un effet plus ou moins nocif, à l’instar des acides gras dits saturés ou des acides gras "trans" (interdits aux USA). Il existe d’autres types d’acides gras tels que les mono- ou les polyinsaturés, parmi lesquels les fameux oméga 3 et 6. Les acides gras polyinsaturés se trouvent en proportions variables dans diverses huiles végétales utilisées comme huiles alimentaires. Leur teneur est normalement indiquée sur les étiquettes des bouteilles. Certains d’entre eux (les acides gras essentiels) doivent être dans alimentation car notre organisme ne sait pas les fabriquer.
Il faut savoir que les acides gras saturés ou les acides gras "trans" sont très stables chimiquement et prisés pour cette qualité dans les préparations industrielles. Il sont parfois difficiles à déceler, à localiser dans certains aliments....un "oubli" de certains industriels peu scrupuleux. Ils sont présents dans des produits qui ne sont pas "identifiés" comme riches en corps gras. On les retrouve par exemple dans les produits de l’agro-alimentaire - ils intéressent souvent les industriels de l’alimentation - mais aussi dans des aliments non transformés comme les viandes. C’est pour cette raison que l’on dit souvent qu’il s’agit d’acides gras cachés.

Voilà plusieurs années que, avec la montée de l’obésité, les graisses ont mauvaise presse. Cet article du Figaro qui en montre tout l’intérêt n’annonce-t-il pas un changement de tendance dans notre perception des corps gras ?
Je ne crois pas qu’il y ait une inversion de tendance dans l’approche que nous avons des graisses. Pour ma part, je plaide pour une vraie sagesse : nous avons besoin de consommer des acides gras, surtout ceux que nous ne fabriquons pas. Cela étant, il nous faut faire attention à plusieurs choses. D’une part, la part de graisses dans notre alimentation est encore trop élevée ; elle ne devrait pas excéder 30% de l’apport énergétique total. Tout est question de dosage, par exemple, les noix et les amandes sont riches en acides gras et consommées avec modération elles sont excellentes pour notre organisme ; pas question d’en consommer trop à la fois. D’autre part, nous devons faire attention aux types de graisses que nous consommons, au rapport entre les acides gras saturés et ceux polyinsaturés. Ce n’est pas facile car les informations de l’étiquettage sont complexes à analyser pour beaucoup de consommateurs.
Pour terminer, je pense qu’il existe un problème de communication autour de ce phénomène des graisses. Nous devons donc prendre garde à l’amplification abusive des messages véhiculés par les médias. Mais, je le redis, pas de bannissements hystériques, mais, comme pour le cas du sucre, nous devons faire attention et nous assurer d’une diète lipidique raisonnable. Cela relève de la responsabilité de chacun. »

Propos recueillis par Jacques Rochefort, Mission Agrobiosciences.


Voir en ligne : Comment les français résistent-ils à l’obésité ? l’interview d’Estelle Masson, maître de conférence en psychologie sociale (UBO) par Sylvie Berhier, Mission Agrobiosciences, dans le cadre de "Ça ne mange pas de pain !".

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