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Le Monde, Libération, 23 juin 2008.

lundi 23 juin 2008

Agriculture : le sol se dérobe. Christiane Galus, correspondante du Monde nous apprend dans le journal daté du 23 juin 2008 qu’il est urgent de sauver les sols et ce, par l’entremise de Daniel Nahon, professeur de géochimie à l’Université d’Aix-en-Provence. "les sols n’en peuvent plus. Nous sommes au bord de l’abîme et, si cela continue, il y aura des famines". Et Daniel Nahon d’énumérer les causes : pollution, pesticides, urbanisation forcenée, érosion, déforestation. La litanie est longue et durable. "Près d’un quart des terres utilisables dans le monde, en effet, sont déjà dégradées" écrit Christiane Galus. Comment feront-nous demain pour nourrir 9 milliards de terriens à l’aube de 2050 ? Face à ce qu’il nomme "un véritable illettrisme, une méconnaissance de la structure et du fonctionnement des sols" Daniel Nahon a décidé d’écrire un livre édité chez Odile Jacob et intitulé : L’épuisement de la terre, l’enjeu du XXIè siècle.
Car il est vrai, comme le précise Christian Valentin, directeur de recherche à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), sous la plume de Christiane Galus, que "la détérioration des sols touche toutes les régions du globe" , plus particulièrement le Sahel et les montagnes de l’Asie du Sud-Est. Sans oublier notre beau pays de France ou l’on apprend que "l’urbanisation - routes et villes - provoque à elle seule la disparition de 60 000 hectares de bonnes terres arables par an". La prise de conscience est récente. Un groupement d’intérêt scientifique Sol a vu le jour en 2001, "il a pour but de réaliser un inventaire des sols tous les dix ans pour observer leur évolution... . En parallèle sera réalisé une cartographie de la qualité des sols qui devrait être terminée en 2012". Car dans un avenir proche il faudra piéger le carbone, mieux filtrer l’eau et recycler les déchets urbains. Une démarche qui pourrait amener à redécouvrir "des solutions classiques pour réserver les sols. Diminuer les pesticides, laisser sur place les débris végétaux, étudier le paysage pour limiter l’érosion en fonction du relief...". Cela suffira-t-il ? Pas sûr semble dire Daniel Nahon, lequel relance un débat houleux. Selon lui, "on ne pourra éviter l’utilisation des plantes transgéniques. Les seules à permettre les cultures sur des sols arides et salés, malheureusement de plus en plus nombreux".
Sonya Fauré de Libération s’est intéressée à la lutte contre la désertification. Elle a interrogé Luc Gnacadja, secrétaire exécutif de la convention de désertification de l’ONU. Contrairement à la lutte contre le réchauffement climatique, le sol n’est pas considéré comme un bien public mondial. "La terre a une dimension patrimoniale, nationale, culturelle : la relation qu’on a avec elle n’est pas la même d’un pays à l’autre..." déclare Luc Gnacadja . "A Bruxelles, la lutte contre la désertification relève de l’Aide au développement, alors que le réchauffement et la biodiversité relèvent, eux, de l’Environnement" ajoute le responsable auprès des Nations unies. Car le fléau de la désertification ne touche pas que les africains, "l’Espagne, l’Australie, les Etats-Unis, sont désormais très touchés par la dégradation de leurs sols et l’épuisement des ressources". Les conclusions du GIEC sont claires : la désertification exacerbe le réchauffement et celui-ci exacerbe à son tour la désertification. Que faire alors ? Chercher un Nicolas Hulot qui mobiliserait les consciences ? comme le suggère l’interview. Il y a mieux peut-être : monter un GIEC d’ici 2009 mais aussi décrocher des fonds, des partenariats pour pouvoir faire vivre la Convention contre la désertification. La quête s’annonce compliquée mais indispensable.


Voir en ligne : Agriculteurs, saisissez-vous des questions environnementales ! Par Michel Griffon, conseiller pour le développement durable au CIRAD, responsable du département écosystèmes et développement durable à l’Agence Nationale de la Recherche.

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