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Le Monde, Le Figaro, France Info, MSA, Effetsdeterre.fr , Bulletin Electronique

lundi 7 mars 2011

De la France à l’Inde, le suicide des agriculteurs : du silence aux questions sensibles
Dessin de Cabu
Le suicide des agriculteurs ne faisait pas beaucoup de bruit, même si depuis des années quelques chercheurs tiraient la sonnette d’alarme, à l’instar de Michèle Salmona, enseignante en psychologie du travail, qui dénonçait en 2003 déjà, dans une interview à la Mission Agrobiosciences, le déni qui enveloppait ce fléau montant de la détresse et du suicide des agriculteurs, en France. "Comme un bruit de fond recouvert d’une chape de plomb" (1) peut on lire dans Le Monde. Mais l’omerta semble enfin levée.
Dans son édition du 25 janvier 2011, le Figaro (2) rappelle que le dernier chiffre concernant le suicide des agriculteurs disponible est issu de la « Cosmop (Cohorte pour la surveillance de la mortalité par profession) réalisée par l’Institut de veille sanitaire (InVs) (…). Le nombre des suicides chez les agriculteurs se situe par extrapolation autour de 400 par an, soit un peu plus d’un par jour (…) Les agriculteurs exploitants sont les plus touchés par les décès par suicide, avec un risque relatif 3,1 fois supérieur à celui des cadres pour les hommes, et 2,2 fois plus élevé pour les femmes ». Dans le même article, Eric De La Chesnais souligne, tout de même, que l’Apli, l’Association des producteurs de lait indépendants, qui avait organisé deux marches funèbres en 2010 pour dénoncer cette catastrophe, avançait, elle, le chiffre de 800 suicides par an.
400, 800… Quoi qu’il en soit, c’est beaucoup trop.
Dans une interview à France Info (3), le 27 janvier 2011, Christiane Lambert affirme que cette situation n’est pas récente. Pire, elle s’amplifie. Selon la vice-présidente de la FNSEA, les raisons sont multiples : avec la crise de la vache folle, où ils ont été traités d’empoisonneurs, avec les crises sanitaires en cascade où ils sont accusés de pollueurs, les exploitants agricoles se sentent mal-aimés de la société. Ajoutez à cela la crise économique, la volatilité des prix, les difficultés financières (53% de baisse du revenu en 2009), l’absence de perspectives, la solitude, le célibat… Un cocktail dépressif sur fond de vacuité du lien social et d’exclusion.
Face à ce sombre tableau, et au manque cruel de chiffres fiables et officiels, l’Invs et la MSA (la protection sociale du monde agricole) ont décidé de collaborer afin de créer un observatoire sur le suicide en agriculture. L’objectif : « Celui-ci permettra de mieux cibler les actions à mettre en œuvre et de développer un plan global de prévention des risques psychosociaux et de prise en charge des personnes en difficulté. » lit-on sur le site de la MSA (4).
A quelques milliers d’encablures de là, les paysans indiens, eux-aussi, se suicident. Et sur le sujet, la controverse est vive. Avec 9 millions d’hectares cultivés, l’Inde est aujourd’hui le plus grand producteur au monde de coton. En 2002, le pays réalisait sa révolution génétique, introduisant le coton génétique Bt de Monsanto. Depuis, une vague de suicides endeuille le pays. Imaginez : 166 000 agriculteurs indiens se sont donnés la mort en une décennie.
De là, à accuser le végétal transgénique, il n’y avait qu’un pas, qu’ont allégrement franchi les anti-OGM, certains affirmant même l’effet létal de la plante sur le bétail.
D’autres, comme Denis Delbecq, pigiste à l’Express, à La Recherche, dans un papier publié sur effetsdeterre.fr pose la question : Le coton OGM qui pousse les agriculteurs au suicide, un mythe ?(5) A grand renfort de chiffres, ‘l’agitateur de l’information écolo’ tente de démontrer qu’aucun lien n’existe entre le taux de suicide des paysans indiens et le développement du coton transgénique.
N’empêche, nul ne peut taire leur désespoir. Alors, pourquoi ?
C’est ce que cherche à découvrir un anthropologue du Missouri, qui propose une nouvelle approche pour l’étude de la controverse, relayée dans le Bulletin électronique du 25 février 2011, par les services de l’Ambassade de France aux Etats-Unis (6). L’originalité de la démarche ? Glen Stone, professeur d’anthropologie socio-culturelle, confronte les performances à l’échelle du champ (qui se limitent à de simples résultats de rendements agricoles et en réductions d’intrants) avec celles obtenues à l’échelle de l’exploitation agricole. L’enjeu : démasquer des désordres plus graves, révéler des dynamiques à plus grande échelle et sur le long terme, tenir compte de paramètres jusque-là oubliés, tels que les dettes et les revenus, l’accès au travail, à la terre et à la technologie, sans oublier, un fléau bien connu chez nous : le déficit de lien social…

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