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Le Monde, L’Usine Nouvelle, RTBF Info, 20 minutes.

vendredi 2 septembre 2011

Maïs Bt et aubergine : les déboires biologiques et judiciaires de Monsanto

Coups durs pour Monsanto. Alors que l’Autorité indienne de la biodiversité compte engager des poursuites contre la firme pour « biopiraterie » sur des variétés d’aubergine, la presse de ces derniers jours révèle que son maïs Bt n’est plus aussi résistant à la chrysomèle, un nuisible bien connu des producteurs. Ou comment ce petit coléoptère commence à se frayer un confortable chemin parmi les racines de la plante génétiquement modifiée, là où elle ne devait pas ou plus se nicher.
Des déboires de l’aubergine à ceux du maïs, la Mission Agrobiosciences fait le point dans cette revue de presse.

Un insecte dur à cuire
On connaissait l’homme qui valait trois milliards. Aujourd’hui, il faudra aussi compter avec « l’insecte à un milliard de dollars ». C’est ainsi qu’a été dénommée, par les agriculteurs américains, la chrysomèle du maïs (Diabrotica virgifera), un coléoptère vorace dont les larves s’attaquent aux racines. Bien implanté en Amérique du Nord, apparu en France en 2002, cet insecte pose problème depuis de nombreuses années aux maïsiculteurs d’outre-Atlantique. Son pouvoir de nuisance tient notamment dans sa forte capacité d’adaptation, qui a, jusque-là, permis au coléoptère de déjouer les différents systèmes de lutte mis en place (rotation des cultures avec une alternance de maïs et de soja ; moindre sensibilité aux insecticides). Dès lors, comme l’explique Hervé Morin dans le Monde, « les agriculteurs américains […] croyaient avoir trouvé la parade ultime, avec un OGM capable de produire lui-même une toxine grâce à un gène implanté d’une bactérie, Bacillus thuringiensis ». Le fameux maïs Bt, du nom de la bactérie qui lui confère ses propriétés.
Mais voilà : l’efficacité dudit maïs commercialisé par Monsanto tend à s’amoindrir. Si le phénomène concerne principalement l’Iowa, des chercheurs du département d’entomologie de l’Université de cet Etat ont montré que, suite à une mutation, la chrysomèle était désormais capable de proliférer sur les plantes transgéniques produites par la firme. Ceci, malgré les dispositions prévues par la loi pour prévenir les mutations(1). Loin d’être un effet ponctuel, les chercheurs ont montré que cette forme de résistance était transmise aux générations suivantes.

Une résistante prévisible mais non moins problématique
« Pour la firme américaine, qui prétendait avoir stoppé net Diabrotica, le coup est rude », conclut Hervé Morin. D’autant plus que, parmi les différents types de maïs Bt, seul celui commercialisé par Monsanto semble concerné. Ainsi, sur ceux de son concurrent Mycogen, dont les plants, contrairement à ceux de Monsanto, combinent non pas une mais deux toxines, la résistance ne fait pas défaut. De manière plus générale, pour Denis Bourguet de l’Inra, l’apparition de cette résistance était « plus attendue que sur d’autres ravageurs comme la pyrale ». Reste ceci : le maïs Bt produit par Monsanto est fortement répandu aux Etats-Unis. Comme le rappelle l’Usine nouvelle, « en 2009, elles [les semences de maïs Bt de Monsanto] représentaient 45% des cultures de maïs ».
Dès lors, on saisit mieux l’inquiétude de certains agronomes américains qui craignent « un recours intensif aux pesticides » et voient dans « l’utilisation déraisonnée de certains OGM », le risque d’accélérer le « développement d’animaux résistants » (RTBF info). De son côté le groupe Monsanto, par la voix de l’un de ses porte-parole cité par le journal 20 minutes, a fait savoir qu’il « prend les résultats au sérieux mais ne recommande pas de changer de semences ».

Aubergine : chasse gardée
Changement de décor. Inde. 11 août 2011.
L’Association indienne de la biodiversité annonce qu’elle compte « engager des poursuites judiciaires à l’encontre du semencier américain Monsanto ». Le motif de la discorde ? Le groupe aurait mis au point une « aubergine génétiquement modifiée à partir de variétés locales sans en avoir demandé l’autorisation », contrairement à ce qui est prévu par la loi sur la biodiversité de 2002.
Julien Bouissou pour le journal Le Monde explique ainsi que « l’Inde qui abrite 7,8% des espèces animales et végétales de la planète sur 2,5% des terres émergées, est très exposée aux risques de biopiraterie ». Et que le sujet y est devenu« particulièrement sensible ». C’est que l’aubergine n’est pas un cas isolé, en vertu de la richesse variétale présente dans ce pays et des savoirs traditionnels concernant les vertus des plantes. Bref, nombreuses sont les entreprises qui tentent de déposer des brevets sur ces végétaux. Là, sur une variété de riz basmati, ici sur les propriétés curatives d’une plante. Jusqu’à présent, si le gouvernement avait demandé l’annulation des brevets, aucune de ces organisations n’avait été poursuivie.
Dès lors, pourquoi l’aubergine me direz-vous ? C’est que, probablement, Monsanto a touché une corde sensible : originaire de la zone indo-birmane, l’aubergine y est un aliment de base.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 2 septembre 2011.

(1) Comme on peut le lire dans l’article du Monde « Un maïs OGM Monsanto mis en échec par l’insecte à 1 milliard de dollars » ou dans celui de RTBF info « Un insecte prolifère sur du maïs OGM censé lui résister et l’éradiquer », la loi prévoit que chaque parcelle comprenne un zone dite de « refuge ». En clair, 20% de la surface doit être cultivée avec des plantes non modifiées génétiquement, pour concentrer dans ces zones les insectes et les empêcher de muter.
(2) Papillon, principal ravageur du maïs.

Sources :

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