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Le Monde, Journal de l’Environnement, Le Figaro

jeudi 3 septembre 2009

Le règlement Reach, fait comme un rat ?

Le défi que représente Reach, le règlement européen sur les produits chimiques, a-t-il été sous-estimé ? C’est ce que suggère une tribune publiée le 27 août dernier dans la célèbre revue Nature, par le toxicologue Thomas Hartung de l’Université Johns Hopkins (Baltimore, Maryland), ancien directeur du Centre européen pour la validation des méthodes alternatives, et Costanza Rovida, une chimiste italienne. Selon les auteurs, le coût des analyses toxicologiques prévues par le règlement, tout particulièrement celles liées à l’expérimentation animale, serait bien plus élevé que ce qui avait été estimé en 2004 lorsque le projet de loi a été présenté par la Commission européenne.
Ainsi, au cours de la prochaine décennie, ce ne sont pas 1,6 à 2 milliards d’euros mais 9,5 milliards qui seront requis pour l’expérimentation animale. Quant au nombre d’animaux de laboratoire nécessaire pour effectuer les tests de toxicité, il s’élèverait non pas à 2,6 millions mais à 54 millions !
Une tribune qui relance la polémique sur l’expérimentation animale alors que se tient jusqu’au 3 septembre à Rome le septième congrès mondial sur les alternatives à l’utilisation des animaux en sciences de la vie.

Reach, victime de son succès ?
Rappelons en premier lieu que le règlement Reach, dont l’entrée en vigueur date de juin 2007, contraint les industries chimiques à démontrer que les produits mis sur le marché depuis 1981 et qui sont toujours en vente, ne présentent pas de risques pour la santé publique mais aussi pour l’environnement, et ce, lorsque leur volume de commercialisation excède 1 tonne par an. Dans le cadre du calendrier d’application du règlement, qui s’étale jusqu’en 2018, les produits concernés doivent faire l’objet d’une demande d’enregistrement auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), qui gère les procédures d’évaluation, d’autorisation et de restriction d’utilisation des dits produits.
Ceci étant dit, comment expliquer un tel écart entre le coût estimé en 2004 et celui avancé par l’étude ? C’est que le nombre de demandes d’enregistrement a été largement supérieur à celui attendu. Ainsi, comme le relate le Journal de l’Environnement, « ce sont 143 000 substances, au lieu des 29 000 initialement prévues, qui ont été pré-enregistrées par l’Agence européenne des produits chimiques (Echa). ». Sans compter que le coût de Reach a été évalué pour une Europe à 12 et non à 27...

Des tests sur la sellette
Dès lors, pour Thomas Hartung et Costanza Rovida, non seulement le règlement Reach coûtera trop cher mais ses objectifs seront tous simplement intenables : « La toxicologie réglementaire n’a ni les méthodes haut-débit ni les techniques alternatives à l’expérimentation animale pour tenir l’objectif » rapporte Le Monde. Pointé tout particulièrement du doigt, les tests de toxicité pour la reproduction, qui, rappelle le Journal de l’Environnement, « nécessitent deux générations de deux espèces animales distinctes » et représentent à eux seuls, selon l’étude, « 90 % des cobayes et 70% des coûts de Reach ». Un vrai « goulot d’étranglement » pour les auteurs qui appellent à « un moratoire sur les tests de toxicologie de la reproduction tant que des alternatives ne seront pas approuvées » (Le Monde).
Des résultats qui ne sont pas au goût de tous. Parmi les voix discordantes rapportées par Hervé Morin et Philippe Ricard dans Le Monde, l’Echa estime que « l’analyse publiée dans Nature est inexacte » et que le coût de ces tests ne dépassera pas le montant prévu même si elle admet que le nombre d’animaux nécessaire sera de « 9 millions et non 2,6 millions ». Bref, les estimations abondent mais ne se ressemblent pas.

Epilogue
Un dernier détail.... L’un des objectifs de Reach est bien de réduire, à terme, le nombre d’animaux utilisés. Mais pour ce faire explique Eric Thybaud, de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) au journal Le Monde, « il va falloir augmenter l’expérimentation animale... », aussi paradoxal que cela puisse paraître.
En définitive, la situation serait-elle inextricable ? Pas si sûre puisque, selon Le Figaro, la « Commission européenne et l’industrie cosmétique vont débloquer chacune 25 millions d’euros afin de trouver d’autres moyens que le recours aux animaux pour évaluer l’innocuité de produits cosmétiques ». Cette annonce, certes restreinte à l’industrie cosmétique, a été faite ce lundi 31 août, dans le cadre du septième congrès mondial sur les alternatives à l’utilisation des animaux en sciences de la vie, qui se tient à Rome jusqu’au jeudi 3 septembre. Un congrès dont le président n’est autre que... Thomas Hartung.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 2 septembre 2009

Sources :

Lire la réaction d’Armand Lattes, chimiste, membre de la Fédération Française pour les sciences de la Chimie, à cette revue de presse : "Nous subissons les conséquences d’une négligence des politiques scientifiques"

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