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Le Figaro, Libération, Le Monde. 1er juillet 2010

jeudi 1er juillet 2010

Antilles : le chlordécone se fait bananer.

En septembre 2007, la Mission Agrobiosciences se faisait l’écho, dans sa revue de presse, du doute planant sur le chlordécone, un pesticide organochloré (de la même famille que le DDT) utilisé aux Antilles jusqu’en 1993 comme antiparasitaire – notamment pour lutter contre le charançon - et soupçonné d’être impliqué dans la survenue du cancer de la prostate. L’affaire revient aujourd’hui à la une des journaux suite à la publication, le 21 juin 2010, de l’étude Karuprostate, conduite justement aux Antilles et qui s’est intéressée aux facteurs de risques de ce cancer. Or celle-ci confirmerait bien la nocivité de ce produit. Selon l’un des responsables de cette enquête, nous serions ainsi passés « de la présomption d’innocence [...] à la présomption de culpabilité ». Petit état des lieux.

Passé à charge

L’affaire n’est pas nouvelle. Et, selon la presse, les éléments à charge sont nombreux. En premier lieu, le Figaro rappelle que « ce pesticide a été autorisé à plusieurs reprises entre 1973 et 1993 et massivement utilisé dans les bananeraies durant cette période, alors même qu’il a été interdit dès 1976 aux Etats-Unis et qu’en 1979, le Centre international contre le cancer l’avait classé comme potentiellement cancérigène pour l’homme. » De son côté, Le Monde pointe les effets pervers du produit, tout particulièrement sa « très longue durée de vie  » dans l’environnement. Utilisation massive, forte rémanence.... deux facteurs dont la combinaison entraîne « durablement une pollution des sols » et, par voie de conséquence, «  l’exposition d’une partie de la population ».

Vers un nouveau scandale sanitaire ?

Autant dire que, dans ce contexte, les résultats de l’étude Karuprostate étaient très attendus. Co-dirigée par Luc Multigner, chercheur à l’INSERM, et Pascal Blachet, chef du service d’urologie du CHU de Pointe-à-Pitre, cette étude épidémiologique réalisée par le CHU de Pointe-à-Pitre et l’INSERM de 2004 à 2007, a porté sur plus de 1400 personnes - 709 hommes atteints d’un cancer de la prostate et 723 indemnes de la maladie.
Selon Libération, ces résultats sont sans ambiguïté quant à l’implication du pesticide dans la survenue du cancer de la prostate : « Les hommes exposés au chlordécone ont 80% plus de risque de développer un cancer de la prostate  ». Ou, comme l’explique l’un des deux chercheurs responsables de l’étude : « L’exposition au chlordécone est associée à un risque augmenté de survenue du cancer de la prostate », celui-ci étant significatif dès lors que la concentration en chlordécone est supérieure à 1 microgramme/litre de sang.

Une très large exposition

Si, en règle générale, ce sont les travailleurs agricoles qui sont le plus exposés aux effets cancérigènes de certains pesticides, cette étude montre que, dans ce cas, l’augmentation du risque de cancer « résulte plus de la consommation de produits alimentaires contaminés que de la manipulation de la molécule elle-même par les ouvriers agricoles ». Autrement dit, plus qu’une catégorie sociale, c’est la population dans son ensemble qui serait concernée. A ce détail près pointé par l’étude et rapporté par le Monde : ce sont les personnes « qui cultivent leurs propres légumes pour se nourrir  » qui sont les plus exposées car elles continuent « à absorber du chlordécone à des doses dangereuses ». Comprenez, les plus pauvres. Le quotidien parle à ce sujet de « risque sanitaire socialement injuste  » et n’hésite plus, comme dans son édito, à classer cette affaire comme un probable « scandale sanitaire majeur ».

Le pesticide, seul responsable ?

Dans ce procès à charge, le Figaro vient toutefois nuancer la responsabilité du pesticide dans la survenue de ce cancer : «  L’association est démontrée mais cela ne veut pas dire qu’il y a un lien de cause à effet. » Ainsi le quotidien se fait-il l’écho des autres facteurs de risque impliqués dans la survenue de la maladie. Le premier, d’origine génétique, est connu de longue date par les chercheurs ; le second, révélé par cette enquête, est lié aux modes de vie. C’est sans doute au regard de cette réalité complexe qu’il faut entendre et comprendre les résultats comme cette phrase de Luc Multigner : « Plus l’exposition au chlordécone est élevée, plus le risque de cancer augmente. Mais nous ne sommes pas en mesure de quantifier ce risque  ». De même, commentant ces résultats, le président du conseil scientifique de l’Inserm, Bernard Jegou s’appuie sur cette image : « Cest une augmentation statistique du risque que l’on a démontrée, comme celui auquel on s’expose en prenant sa voiture le week-end de la Pentecôte  ». Et de conclure « l’histoire ne fait que commencer ».

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, par Elodie Lagrange, étudiante à l’IEP de Toulouse et la Mission Agrobiosciences. 1er juillet 2010

Sources :

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