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Le Figaro, Le Parisien, Le Telegramme, L’Express, Rue 89, Les Echos, Le Journal du Dimanche, La Voix du Nord, Midi Libre.

jeudi 30 juillet 2009

Le coût du risque : réchauffement politique autour de la grippe A ?

Grippe, des chiffres qui grimpent
La progression de la grippe A en France, en Europe et dans le reste du monde demeure le sujet médiatique principal de l’été. Toutefois le traitement journalistique de la pandémie a fait, jusqu’ici, peu de place aux mesures prises par les autorités. Le ton est resté faiblement politisé, se contentant principalement de décrire la progression de la maladie au travers de l’annonce des nouveaux cas et du bilan comptable depuis le début de l’épidémie : Le Figaro : « 138 morts au Mexique », Le Parisien : « 64 cas de grippe A à Issy et Rueil », Le Télégramme « Grippe A. Onze cas à l’école de voile des Glénans ».
En France, depuis le début de l’été, les médias rapportent des cas suspectés ou avérés dans des lieux propres à la saison : colonies, villages-vacances, étrangers venus dans le cadre d’un séjour linguistique et autres lieux touristiques. La présentation chiffrée est alarmiste alors que le contenu relate finalement des cas sans gravités et « en voie de guérison ». Pas de vague, au cœur de la torpeur estivale ?

Une solution à la française ?
Pour la plupart, même si des cas sont avérés ça et là, l’absence de mortalité en France de la maladie devrait favoriser un climat détendu. En effet, « la grippe A a passé le cap des 1000 cas » confirmés ou probables, selon l’Express du 30 juillet 2009, mais "jusqu’à présent, seuls 4 patients ont nécessité un recours aux soins intensifs". Reste que depuis début juillet, la France prend des mesures draconiennes : mercredi 15, le même journal titrait "La France achète 94 millions de vaccins contre la Grippe A", le Figaro, lui, parlant d’un véritable "plan de bataille", jugeant qu’"on s’est peut-être rassuré trop vite".
C’est moins vers le Gouvernement et plus en direction des laboratoires et du monde médical que les micros se tournent : ils apparaissent en mesure d’endiguer la maladie et préparés contre le pire des scénarios, les craintes principales se portant sur la rentrée et une possible mutation du virus.
Dans Rue 89, Sophie Verney-Caillat explique ainsi l’engouement pour ces nouvelles mesures : "En France, pays de Pasteur, […] les vaccins c’est toute une culture". L’article rappelle aussi que la France reste le seul pays européen où un citoyen peut être sanctionné s’il refuse d’être vacciné. Enfin, selon Les Echos, le coût des vaccins atteindrait près de 900 millions d’euros, soit près de 10% du trou de la Sécurité Sociale.
Le débat politique semblait jusque-là consensuel mais, comme raille le quotidien, "La note fait tousser certains parlementaires, spécialistes des questions de santé et des finances publiques". Pour certains, le décalage entre le peu de gravité actuelle de la maladie et le déploiement de mesures colossales prises par le Gouvernement, ne servirait qu’à rassurer le citoyen quant à la compétence du monde médical et des dirigeants. Et ce ne sont pas les déclarations, le 25 juillet dans le Journal du Dimanche, du professeur de médecine et député UMP Bernard Debré qui va faire retomber la fièvre. Ce dernier qualifie, en effet, la grippe A(H1N1) "de grippette", laquelle n’est, selon lui, "pas dangereuse". Et d’ajouter, que la mobilisation contre l’épidémie "ne sert qu’à nous faire peur".
C’est une "révolution tranquille", lit-on dans La Voix du Nord, un oxymore qui traduit toute la complexité du principe de précaution lorsqu’il s’agit à la fois de légitimer l’achat des vaccins et son coût pour la collectivité et d’éviter la psychose : un savant dosage entre alerter et rassurer sans provoquer un mouvement de panique qui risquerait d’affaiblir l’organisation de la prévention.
« Face à un enjeu de santé publique il ne faut pas parler de concurrence » affirme Albert Garcia, porte-parole du labo Sanofi Pasteur (voir l’article de Rue 89). Chez les laboratoires de vaccination, « bénéficiaires » potentiels de l’épidémie, il est de bon ton de minimiser l’avantage économique de la situation et de recentrer le débat sur le sérieux de la situation et le caractère public de l’enjeu.

Situation de crise et crise économique
"Et vlan, une bonne grippe et un milliard d’euros dans la poche de l’industrie pharmaceutique. Sans parler du jackpot des fabricants de masques. Les marchands de peur se frottent les mains., ironise Midi Libre.
Beaucoup s’inquiètent en effet du coût des méthodes de prévention. Bernard Debré, encore, qualifie même d’"erreur économique" la commande française d’autant de vaccins.
Pour les plus pessimistes, outre le risque de perturber la saison touristique, la maladie menace le fonctionnement des entreprises et avec elle l’activité économique entière. Selon le quotidien Le Monde, "Clients et consommateurs pourraient décider d’éviter les lieux publics […] et restreindre leurs envies de tourisme." Le journal cite le cabinet britannique Oxford Economics, qui prédit, dans une étude publiée le 17 juillet, que la pandémie pourrait repousser d’un à deux ans le redressement de l’économie mondiale. Afin de prévenir une paralysie des activités économiques en cas de pandémie de grippe A(H1N1), le Gouvernement français a édicté une série de recommandations destinées aux entreprises, dans une circulaire publiée le 3 juillet. Il s’agit de lutter contre l’absentéisme au travail et les difficultés d’approvisionnement.
L’argent investi dans les vaccins permet aussi d’afficher sa détermination et surtout sa crédibilité face aux autres pays. Quand on sait combien l’économie repose sur des systèmes de confiance on comprend mieux pourquoi les gouvernements veulent éviter un cercle vicieux qui ralentirait l’économie mondiale déjà malmenée par la crise… à tout prix ?

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