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Le Figaro, Le Parisien, La France Agricole...

mardi 9 novembre 2010

Blocus des abattoirs : un effet boeuf

Non, les éleveurs ne se laissent pas abattre. D’ailleurs 1500 d’entre eux bloquent depuis le dimanche 7 novembre au soir les abattoirs du groupe Bigard, numéro 1 de la viande en France. Une action commune à la FNSEA, à l’une de ses associations spécialisées, la Fédération Nationale Bovine (FNB) et aux Jeunes Agriculteurs annoncée dès la veille par une dépêche AFP et l’avant-veille sur le site de la France Agricole. Rappel du contexte et tournée des médias par la Mission Agrobiosciences

Bigard, Bigard... la pub est entêtante et la cible alléchante si l’on souhaite faire pression : l’industriel pèse en effet près de la moitié des volumes d’abattage traités en France et représente les deux-tiers des steacks vendus. Surtout, celui-ci n’a pas souhaité participer aux discussions demandées depuis le printemps par les producteurs de viande pour relever les prix d’achat pratiqués par les transformateurs.
Effet bœuf garanti avec 9 abattoirs bloqués sur les 10 que compte Bigard (à Cholet, Cherré, Coutances, Feignies, Metz, Castres, Cuiseaux, Villefranche et Egletons) auxquels « devraient » s’ajouter, selon Le Parisien, les abattoirs Kermené d’Edouard Leclerc à Collinée dans les Côtes d’Armor et de la société SVA-Jean Rozé, à Vitré, en Ille-et-Vilaine.
Le prix du déblocage ? 60 centimes d’euros en plus par kilo de carcasse, payé actuellement trois euros. Dans Le Figaro daté du 8 novembre, un éleveur mayennais argumente : « Ma viande est valorisée au même prix qu’il y a plus de dix ans, alors que les charges ont nettement augmenté et qu’on la retrouve entre trois et six fois plus chère en rayon ». dans le même quotidien, Pierre Chevalier, le président de la FNB ajoute : « Le quart des 80 000 éleveurs français sont au bord du gouffre et il faudrait une augmentation de 20 à 30% selon les races pour qu’ils sortent la tête de l’eau ».

Face à un blocus à « durée illimitée », le ministre de l’Agriculture, Bruno le Maire, a fait en urgence deux annonces après avoir rencontré les professionnels : celle de la nomination d’un médiateur, Loïc Gouello, inspecteur général au Ministère, et d’une réunion de l’interprofession bovine prévue demain matin, à laquelle le PDG de Bigard ne participera pas, a-t-il déjà annoncé, se contentant de se faire représenter.
Si le mouvement bénéficie du soutien de la Confédération française de la boucherie, des bouchers-charcutiers et des traiteurs, tous les syndicats agricoles ne parlent pas d’une seule voix. A l’opposé de la Confédération Paysanne, qui prône l’action coup de poing, le rééquilibrage du rapport de force et la création effective d’un observatoire des prix, la coordination rurale, elle, exprime son désaccord : pas question pour ses membres de participer à un blocus. Et s’étonne au passage que l’idée émane de la FNB, c’est-à-dire, de la FNSEA, qui se trouve être le seul syndicat à être représenté au sein de la filière interprofessionnelle (Interbev). Son souhait : une régulation au niveau européen, en se libérant des contraintes de l’OMC.

Des négociations à suivre donc, sachant que les tensions risquent d’être vives, exacerbées par un marché qui ne va pas fort pour la viande de bœuf : sa consommation ne cesse de diminuer depuis plus de dix ans, au bénéfice du porc et des volailles. Le cheptel, d’ailleurs, devrait baisser sensiblement dans les années à venir (environ 19 millions de têtes actuellement), en raison non seulement d’une décrue de la demande intérieure mais également de la demande italienne, un débouché important à l’exportation. Faudra-t-il en revenir au slogan « Suivez le bœuf » ? C’était en 1961, sur une idée d’un Secrétaire d’Etat, pour inciter à manger plus de steacks et à faire baisser les prix. Cinquante après, selon l’Inra, le prix relatif de la viande de bœuf est de 10% inférieur. Tandis que le prix de la viande porcine a baissé de 45% et celui de la volaille de 60%...

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