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Le Figaro, Europe 1, Les Echos, Le Point, le Monde, l’Usine nouvelle, Le Parisien.

jeudi 28 novembre 2013

Gaz de schiste : fractures ouvertes

Des déboires étasuniens à l’ouverture du marché polonais, en passant par la montée de la contestation au Canada, en Allemagne ou en Roumanie, il y aurait beaucoup à dire sur l’actualité des gaz de schiste. Parmi les derniers événements en date, la publication de deux rapports, l’un émanant de l’Académie des sciences, l’autre signé par l’OPECST. Tous deux mettent en exergue la nécessité de ne pas fermer la porte à l’exploitation expérimentale de ces ressources, alors que le gouvernement y reste farouchement opposé. Exploration des arguments dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

L’Académie lance l’offensive
Jeudi 21 novembre 2013. Le Comité de prospective en énergie de l’Académie des sciences rend public son rapport sur les gaz de schiste. Ses conclusions ? Au regard des enjeux économiques, de la dépendance énergétique de la France, et de l’évaluation des risques associés à leur exploitation, les académiciens estiment qu’on ne peut pas « rejeter sans examen attentif, cette ressource potentielle ». Rappelons que, jusqu’à présent, l’exploration comme l’exploitation des sous-sols se heurtent à l’interdiction de l’usage de la fracturation hydraulique [1], principale méthode connue pour sonder la roche mère.
La presse reprend à sa sauce les neuf recommandations des académiciens. Le Figaro revient en détail sur la question des risques, environnementaux et sismiques notamment. Avec ce credo : « tous les arguments techniques avancés montrent que les rapporteurs sont convaincus que l’exploitation des gaz de schiste, même par la technique de la fracturation hydraulique, peut se faire d’une manière sûre, à la fois pour les personnes et pour l’environnement ». Europe 1, de son côté, insiste sur les aspects de gouvernance, en précisant que les auteurs proposent « la création d’une autorité scientifique indépendante pour encadrer la recherche sur l’exploration et l’éventuelle exploitation des gaz de schiste ». Les Echos sont, quant à eux, plus caustiques. Pascal Pogam écrit : « Ces 23 pages rédigées par des scientifiques de haut vol doivent (…) être prises pour ce qu’elles sont (…). Une base de travail sérieuse, susceptible d’éclairer le débat sur un sujet devenu presque plus controversé que le nucléaire. ». Avant d’ajouter : « Les 9 propositions n’ont rien de révolutionnaire ».
On pourra ici regretter que nul ne s’interroge sur l’absence, dans la liste des personnes auditionnées par le comité, de représentants des sciences humaines et sociales.

Les parlementaires en remettent une couche
Après les académiciens, c’était au tour des membres de l’OPECST [2] de rendre leur copie sur le sujet. Chargés d’étudier les techniques alternatives à la fracturation hydraulique, Jean-Claude Lenoir, sénateur UMP et Christian Bataille, député socialiste, indiquent que, certes, celles-ci existent ; mais elles sont onéreuses et toujours au stade expérimental. Ils concluent de fait que « la fracturation hydraulique reste la technique la plus efficace et la mieux maîtrisée », rejoignant la position des académiciens. Pour le journal Le Point, ce rapport « est avant tout un plaidoyer en faveur des expérimentations sur le territoire français ». Un plaidoyer qui, on s’en doute, a suscité de vives réactions. Alors que les auteurs déplorent un sujet « diabolisé », « tabou », leurs opposants dénoncent un rapport qui tient plus de « l’acte de foi » que de l’analyse scientifique.

Une fracture… politique ?
Parallèlement, une étude commanditée par l’Organisation nationale des producteurs de pétrole et de gaz avance l’idée que l’exploitation des gaz de schistes pourrait générer plus d’un million d’emplois et améliorer la dépendance énergétique du vieux continent. Alors que l’Europe importe aujourd’hui 89% de son gaz, « ce taux pourrait être ramené à 78% voire 62% en 2050 ». Chimère ? L’Usine Nouvelle, sous la plume de Ludovic Dupin, tempère l’ardeur des industriels. L’auteur rappelle ainsi que ces données sont issues des scénarios les plus optimismes, misant sur un taux de récupération « très élevé » des ressources. Sans compter que l’évaluation desdites ressources varie d’une année sur l’autre. En 2011, elles étaient estimées à 5100 milliards de mètres cubes de gaz par l’Agence internationale de l’énergie qui a revu de 20% à la baisse son jugement en 2013 [3] (Le Monde, Le Figaro).
Au-delà des estimations, parfois démesurées, Ludovic Dupin s’interroge sur les rapports distendus entre l’exécutif et les instances consultatives. « Ni l’autorité scientifique, ni la représentation parlementaire ne parviennent à infléchir le rejet des hydrocarbures non conventionnels par le gouvernement ».
Chacun interprétera les faits à sa convenance. Quoi qu’il en soit, dans un entretien accordé ce matin au Parisien, le ministre de l’écologie Philippe Martin a réitéré la position du gouvernement, affirmant se méfier « des VRP des hydrocarbures fossiles ». C’est dit !

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 28 novembre 2013.

Précisons ici que la Mission Agrobiosciences et l’IEP Toulouse organisent le jeudi 12 décembre prochain un Forum « Les gaz de schiste et la société : fractures et ressources »

Sources :


[1En vertu de la Loi du 13 juillet 2011

[2Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques

[3Soit 3900 milliards de mètres cubes

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