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Le Figaro, Canadian Press

lundi 11 octobre 2010

L’armée, l’abeille et le chercheur.

Elucidée, la disparition des abeilles aux Etats-Unis ? C’est en tout cas ce qu’annonçait le Figaro, le 7 octobre dernier, reprenant une dépêche de l’agence Canadian Press, nettement moins affirmative.
Tout est parti de la publication, dans une revue scientifique internationale ( PLoS ONE), d’une étude réalisée par Jerry Bromenshenk, professeur en écotoxicologie à l’Université du Montana. Son originalité : avoir appelé l’armée à la rescousse, pour parvenir à identifier deux agents pathogènes – un virus et un champignon - présents chez les abeilles mortes du syndrome d’effondrement des colonies (CCD) qui fait rage aux Etats-Unis … Reste à savoir si le syndrome est directement dû à ces pathologies, ou si ces dernières n’ont fait que s’introduire opportunément dans l’organisme d’insectes déjà affaiblis par le CCD. Résumé de la situation par la Mission Agrobiosciences

L’entomologiste Jerry Bromenshenk s’était déjà fait un nom, au début de la décennie, en travaillant à conditionner les abeilles à détecter les explosifs pour le compte du Département Américain de la Défense. Une collaboration qui lui a ouvert les portes du Centre de recherche biologique et chimique de l’US Army. A la clé : une formidable banque de données, collectant les caractéristiques génétiques d’une foule de virus, bactéries et champignons. Une « mine » qui lui a permis d’identifier deux parasites présents dans l’organisme des abeilles mortes du CCD : un virus, repéré en Inde il y a 20 ans, qui affecte l’abdomen. Et un champignon, le Nosema ceranae. Une fois ingérées, ses spores rendent malades les abeilles, ainsi qu’on le soupçonnait déjà pour expliquer la surmortalité des colonies européennes.

La cause ou la conséquence ?

Poursuivant ses travaux, Jerry Bomenshenk a ensuite volontairement contaminé des abeilles en laboratoire avec ces deux pathogènes, lui permettant de constater des taux de mortalité de 100%. « C’est donc l’association du virus et du champignon qui pourrait être à l’origine du CCD », indique le Figaro, avant de donner la parole à deux chercheurs français de l’Inra, Yves Le Conte et Bernard Vaissière, plus prudents : d’abord parce que cette pathologie ne serait à l’origine que d’un tiers des mortalités constatées chez les abeilles américaines. Mais, surtout, parce qu’on ignore si elle est la cause ou seulement la conséquence de la maladie, ainsi que le reconnaît lui-même Jerry Bromenshenk. Pour Y.Leconte, « C’est peut-être un pesticide qui a déclenché une baisse d’immunité… ».

Un essaim de facteurs

Rappelons que depuis vingt ans, la mortalité des abeilles connaît une augmentation alarmante, mettant en péril l’avenir même des cultures (80% des espèces végétales dépendent de l’action des pollinisateurs) . Dans son rapport de 2009, « Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d’abeilles », l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, qui a analysé l’ensemble des études menées en France et dans le Monde, ne simplifie pas le casse-tête : ce sont quelque 40 facteurs différents qui sont susceptibles d’être à l’origine du déclin. Parmi eux, le fameux champignon Nosema, mais aussi des acariens comme le Varroa destructor,, des bactéries , des produits phytopharmaceutiques sans oublier la mise en cause de certaines pratiques apicoles… Le tout avec des effets de synergie. Un contexte multifactoriel dans lequel chaque pays « pioche » pour privilégier « sa » théorie explicative. Pour les Américains, c’est donc le fameux CCD qui a les faveurs depuis 2006. En France, ce sont les pesticides qui sont la cible prioritaire – et parfois exclusive – des apiculteurs, tandis que des équipes de l’Inra planchent, elles, sur le lien entre baisse du système immunitaire et alimentation appauvrie.

Sources :

Le Figaro

Magazine Inra n°9, juin 2009

Agence de presse Canadian Press

ANSA (ex AFSSA)

Sur le même sujet :

De la décimation des abeilles, février 2008

Les apiculteurs ont le bourdon Une chronique de valérie Péan dans le cadre de l’émission "ça ne mange pas de pain" de février 2008

Cruiser et frelon asiatique : les apiculteurs piqués au vif juin 2009

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