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vendredi 1er mars 2013

Agriculture et alimentation : une presse parisienne pas très « coopérative » ?

A l’occasion du Salon de l’agriculture, souvent générateur d’images d’Epinal des agriculteurs, les médias nationaux, cette année, semblent découvrir une tout autre réalité, celle des coopératives agricoles. Et de vouloir mettre soudain en lumière, à l’heure de la crise de la viande de cheval, des pratiques de restructuration et d’acquisition qui semblaient l’apanage du grand capitalisme. S’ils expliquent bien quelles sont les raisons de cette évolution – le besoin notamment de peser face à la grande distribution – ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère : à les lire, les coopératives sont à mille lieues de leur objectif initial qui était la mutualisation des moyens, l’entraide et la démocratie. Des « révélations » qui interrogent à plusieurs titres : car qui, des directeurs de coopératives ou des journalistes, est le plus distant de la réalité du monde agricole ? Une revue de presse de Nicolas Geoffroy, stagiaire à la Mission Agrobiosciences.

Le 20 févier 2013, la France Agricole rendait compte de l’étude de l’agence Xerfi sur l’intensification des restructurations qui agitent le secteur coopératiste. Des manœuvres qui sèment le trouble sur ces entreprises, toujours détenues par les agriculteurs et encore très liées à leurs territoires d’origine. Peu de temps après cette parution, le même journal interrogeait les internautes : « Les coopératives agricoles défendent-elles efficacement les intérêts de leurs adhérents ? » Une question qui semble relayer une angoisse ancienne : qui en effet défendra les intérêts des agriculteurs, si ce n’est la coopérative ? Sur ce point, justement, le Monde du 25 février ne laisse pas d’inquiéter, décrivant le comportement de grandes coopératives « commercialisant auprès de leurs adhérents engrais et pesticides, mais aussi semences, nourritures animales, et en leur proposant comme conseillers agricoles des commerciaux intéressés à la vente de ses produits ». Il y a là comme une dépossession : la logique des agriculteurs se voit écartée ou mise à distance par l’outil même qu’ils ont créé.

De nouveaux monstres pour les journaux nationaux ?
Ainsi donc, le capitalisme coopératif tendrait à se teinter d’agressivité et les pratiques de restructuration et de fusion y seraient monnaie courante. L’émission Service Public de France Inter du 26 février, présentait ainsi ces structures datant de la fin du XIXème siècle [1], comme les nouveaux « monstres de l’agroalimentaire ». Et à l’appui, tous les articles de reprendre en boucle ce chiffre : les coopératives représentent 40 % de l’agroalimentaire français. Monstres ? C’est oublier un peu rapidement que 2 850 coopératives [2] émaillent le territoire national et que toutes sont loin d’atteindre une taille « monstrueuse ». Si les trois-quarts des agriculteurs y adhèrent, France Inter s’interroge toutefois : « Sont-elles détenues par des gros agriculteurs qui ressemblent aujourd’hui plus à des traders ou à des banquiers ? ». Quant au Monde, il pointe les montages financiers qui font coexister activités coopératives et sociétés privées, sans oublier l’acquisition de succursales ou de marques, par lesquelles les coopératives, dans une volonté de distinguer et valoriser leurs produits, finiraient de se fourvoyer. Ainsi Libération et Rue 89, enquêtant sur Lur Berri, celle-là même qui a racheté Spanghero, mettent en évidence la dispersion des activités et enseignes…

L’autre regard de la presse régionale
Dans toutes les coopératives agricoles [3], chaque agriculteur adhérent, quelle que soit sa part de capital, a une voix et la structure fonctionne selon un principe de démocratie de délégation souvent enrichie de démocraties participatives. Dominique Olivier, directeur de la Sicaseli, une coopérative du Lot, vantait l’été dernier lors des 18èmes Controverses Européennes de Marciac les vertus de ces groupements qui lui semblent être encore aujourd’hui la voie de sortie des crises modernes. L’image est donc plus hétérogène qu’il n’y paraît. Si la presse nationale et parisienne se focalise sur les « géants », est-il vraiment étonnant que la presse régionale, de son côté, s’attache tout au contraire à redorer le blason de ce système de mutualisation ? Ainsi, les Dernières Nouvelles d’Alsace du 2 février 2013 décrivent l’initiative des agriculteurs de Hop’la pour ouvrir un espace commercial de vente directe. Ce 26 février, le journal Sud-Ouest, quant à lui, mettait en lumière la coopérative des Trois-Domaines, qui vient d’inaugurer une nouvelle ligne de production de pomme. Ces investissements ne sont pas l’apanage des petites coopératives, comme l’explique toutefois le journal les Echos : Terrena, coopérative du Pays de la Loire regroupant 22 000 agriculteurs et 11 821 salariés, innove en lançant une gamme de produit à forte intensité écologique sous le sigle de la nouvelle agriculture.

La revue de presse du 1er Mars 2013, par Nicolas Geoffroy, stagiaire à la Mission Agrobiosciences

Sources :


[1La fabrique de l’histoire du 21 février 2012 à réécouter sur le site de France culture, précise que le mouvement des coopérations s’est accentué dans les années 1930 suite à la crise, avec l’unification des céréaliers.

[3Notons au passage que les coopératives agricoles peuvent prendre plusieurs formes : Coopérative d’achat de matériel agricole, de transformation et de vente des produits, coopérative d’utilisation du matériel agricole (Cuma), groupement d’exploitation agricole en commun (Gaec)

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