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jeudi 11 septembre 2014

Du barrage de Sivens aux « grands projets inutiles et imposés » : le temps des barricades ?

Qu’il y en aurait de choses à dire sur ce qu’il se passe dans les bois de Sivens. Depuis plusieurs mois, les lieux sont le siège d’un âpre conflit, quant à l’utilité d’y construire une retenue d’eau. Pour les uns, dans un contexte de raréfaction des ressources, il s’agit de sécuriser les approvisionnements en eau, pour l’agriculture notamment, tandis que les autres dénoncent la destruction d’une zone humide remarquable sur l’autel du productivisme. Deux visions du devenir d’un territoire qui s’entrechoquent, dont la presse se fait l’écho particulièrement depuis le 1er septembre, date du début du déboisement de la zone et du durcissement des actions. Avec cette hypothèse : sommes-nous face à un nouveau Notre-Dame-des-Landes ? Retour sur les motivations des opposants dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

La récurrence des débats sur l’eau
D’abord les faits, bien retracés par La Croix et la Dépêche du Midi. La préfecture du Tarn a validé en 2013 le projet de construction d’une réserve d’eau d’un million et demi de mètres cubes au pied de la forêt de Sivens. Couvrant 41 hectares, cette réserve a pour objectifs de maintenir l’étiage du Tescou et d’assurer l’irrigation en période estivale. Porté par le Conseil général du Tarn qui en a la maîtrise d’ouvrage, bénéficiant du soutien de la Chambre d’agriculture du Tarn et de la FNSEA, de la Mairie de Lisle-sur-Tarn et de l’association « Vie, eau, Tescou », le projet s’inscrit dans un contexte plus global de sécurisation des réserves en eau du bassin Adour-Garonne. En effet, le grand sud-ouest manquera d’eau dans les années à venir, quelques 69 millions de mètres cubes d’ici 2021 pour être précis. D’où la nécessité de construire plusieurs retenues. On se souvient peut-être à ce propos du projet de barrage à Charlas

« Moi, je suis là pour sauver la terre »
Problème : la construction implique la disparition d’une zone humide « remarquable » de 13 hectares, refuge de 94 espèces animales protégées. Certes, le projet intègre des mesures compensatoires, avec la « reconstitution » des nouvelles zones humides et le déplacement des dites espèces. Des dispositions taxées de « farces » par les opposants (Le Monde).
C’est donc au nom du maintien de la biodiversité que se battent les frondeurs. Ou pour reprendre les mots de l’un d’eux à la Dépêche du Midi : « Moi, je suis là pour sauver la Terre ».

« Un déni de démocratie » [1]
La mobilisation ne date pas d’hier. Voilà plusieurs années que le "Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet" se bat contre le projet, déposant tous les recours juridiques possibles devant les tribunaux. A l’origine, ce n’est pas tant le projet de barrage lui-même que l’absence de consultation des populations que dénonce le collectif. « Un déni de démocratie » qui passe mal pour son porte-parole Ben Lefetey. « Nous réclamons au moins un débat sur son opportunité » explique-t-il à Libération.
En octobre dernier, la mobilisation prend une autre tournure, suite à la décision de la préfète du Tarn d’autoriser les travaux sur la zone. Vécue comme un passage en force, elle fait monter la tension d’un cran : des éléments plus radicaux rallient les troupes ; les bois prennent des allures de camp retranché.

« C’est un combat politique (...) pour défendre la petite paysannerie »  [2]
« La création d’un bassin d’irrigation sur ce bout de vallée du Tescou ne viserait qu’à satisfaire le lobby des maïsiculteurs au détriment d’une agriculture raisonnée. José Bové et EELV ont eux-aussi rejoint les rangs des soutiens au mouvement. Parmi eux, on compte également, on pouvait s’en douter, la confédération paysanne, le syndicat étant mobilisé sur des actions similaires de contestation en Loire-Atlantique et dans la Somme (France Agricole).

"On veut inventer un nouveau mode de vie" [3]
C’est que, loin d’être un cas isolé, le mouvement de protestation de Sivens s’inscrit dans le sillage d’un vent de fronde contre « Les grands projets inutiles et imposés ». Notre-Dame-des-Landes (NDDL), la ferme de Mille Vaches, les projets de centrale de biomasse à Gardanne et à Pierrelatte en sont quelques noms emblématiques... Le site Reporterre et le journal le Monde offrent une plongée dans ces contrées en lutte au doux nom de ZAD [4], les "Zones à défendre".
Pour mieux comprendre ce qui se noue dans ces lieux, on pourra lire le très bel article qu’Angela Bolis (Le Monde) consacre à l’histoire du peuplement de la « ZAD de NDDL ». Tout commence en 2009, lorsque, à l’issue du Camp action climat de France [5], les riverains de NDDL invitent quelques participants à rester « pour faire un nouveau Larzac ». Des gens « indépendants, proches de la nature (…) qui vivent très chichement », explique un habitant, militant de la première heure. Vient octobre 2012 et l’opération César d’expulsion de la zone, assez médiatisée. Le résultat ? Des opposants « ressoudés » qui s’organisent pour accueillir les individus délogés, une manifestation de réoccupation qui mobilise 30 000 personnes et, surtout, un afflux de sympathisants. « Les gens se sont rendus compte qu’il y en avait qui résistaient, que ça amenait de la répression, et ça a déclenché beaucoup de sympathie » détaille l’un des pionniers. Ils sont « punks, hippies, anars, gauchos, sans étiquette », fuient les bannières, « les mots d’ordre et les hiérarchies ». Il y a ceux qui sont venus « se battre contre l’Etat », ceux qui sont venus vivre tout simplement, ceux qui souhaitent par leur présence « inventer un nouveau mode de vie », sans oublier les agriculteurs venus prêter main forte à leurs collègues sous le joug d’une expropriation.

Un monde bigarré que rien ne prédisposait à se rencontrer et qui converge désormais vers un seul et même point : la lutte.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 11 septembre 2014.

Sources :


[1Ben Lefetey, la Dépêche du Midi, 5 septembre 2014

[2Sergio, la Dépêche du Midi, 5 septembre 2014

[3Alex, de la ZAD de NDDL, cité par le Monde

[4en référence à la ZAD « Zone d’aménagement différée » de Notre-Dame-des-Landes

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