Accueil > Archives > L’Humanité, Libération, Le Monde, Inf’Ogm, L’Express, Agriculture et (...)

L’Humanité, Libération, Le Monde, Inf’Ogm, L’Express, Agriculture et Environnement, Slate.fr

mardi 9 mars 2010

Amflora : la pomme de terre qui alimente le débat gratiné sur les Ogm

Mardi 2 mars 2010. En autorisant la culture d’Amflora, une pomme de terre génétiquement modifiée, la Commission européenne a relancé le débat sur les OGM. On pouvait s’y attendre, tant cette tubercule concentre, à elle seule, l’ensemble des polémiques et controverses scientifiques, économiques et politiques qui traversent le sujet depuis plus de dix ans.

La filière papetière, friande de patates
Amflora, nom de code génétique EH92-527-1. Cette pomme de terre modifiée par transgénèse contient un gène grâce auquel son taux d’amidon s’avère bien plus élevé qu’une banale patate conventionnelle. Objectif : alimenter la filière papetière, surtout suédoise, mais aussi le textile ou le béton. Elle n’est donc pas destinée à l’alimentation humaine. Toutefois, ses sous-produits pourront être utilisés pour les animaux.
Jusque-là, rien de bien nouveau : une grande partie du bétail européen est déjà nourri avec des aliments transgéniques (soja, maïs…). D’ailleurs, comme le rappelle Libération, dans le même temps, « Bruxelles a aussi accepté la commercialisation en Europe à des fins alimentaires de trois variétés de maïs transgéniques de la firme Monsanto, des dérivés du MON 863. Une décision moins spectaculaire dans la mesure où des produits OGM importés font régulièrement l’objet d’autorisation pour le commerce ». Le hic, avec Amflora, il ne s’agit pas de vendre, simplement, mais de cultiver. C’est le premier feu vert de ce type autorisé par la Commission depuis 1998, avec le MON 810 de Monsanto. Si ce n’était que cela…

Antibio-résistance
Mais voilà. Le tubercule renferme également le gène nptII qui lui confère une résistance à deux antibiotiques, la néomycine et la kanamycine. Cette technique de marqueurs par des gènes résistants permet de vérifier que le gène permettant la surproduction d’amidon est efficace. Maintes fois débattue, la crainte que ce gène de résistance à un antibiotique passe de la patate à une bactérie, qui deviendrait à son tour résistante, reste intacte. Comme le rappelle le journal Le Monde « Les études indiquent que les risques de transferts sont infimes, mais qu’ils ne peuvent être exclus. C’est pourquoi la directive 2001-18 recommandait "d’éliminer progressivement des OGM les marqueurs de résistance aux antibiotiques" susceptibles d’avoir des effets préjudiciables sur la santé humaine et l’environnement, avant le 31 décembre 2004 dans le cas des OGM déjà mis sur le marché, et d’ici au 31 décembre 2008 dans le cas d’essais en champ. »

Un débat gratiné
Logiquement, on suppose donc que le gène de résistance aux deux antibiotiques présent dans la plante ne pose pas de problème, puisque la culture de la fameuse solanacée est autorisée. Eh bien, non ! On vous l’a dit : la kanamycine cumule les handicaps. Les experts sont loin d’être d’accord !
Du côté de l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA), sur laquelle la Commission s’est appuyée pour rendre son autorisation, l’utilisation d’un gène de résistance à la kanamycine n’est pas problématique. Il est peu probable que l’Amflora ait un effet indésirable sur la santé humaine et sur l’environnement. En revanche, selon Inf’OGM, les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « considèrent qu’il s’agit d’un antibiotique important en médecine qu’il importe donc de préserver en limitant la possibilité de création de bactéries résistantes par la diffusion du gène nptII ». Imaginons le bacille de Koch, responsable de la tuberculose, qui deviendrait résistant. Suivez mon regard, du côté de Clichy-sous-Bois…

Incompétente, vendue à l’industrie semencière… l’expertise sur le grill
L’AESA serait-elle incompétente ? Ses experts vendus à l’industrie semencière ? En interviewant Gilles-Eric Seralini, du Criigen, L’Express avait toutes les chances d’orienter la réponse en ce sens. Le chercheur en biologie moléculaire rappelle le manque de transparence, les procédures biaisées et plaide pour « des organismes de recherche publics chargés de mener les tests en toute indépendance. Il faut ensuite que ces résultats soient discutés devant un jury de scientifiques et de citoyens. » Moins prévisibles, les propos de Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie, citée dans le Monde : elle « a mis en cause l’Autorité européenne de sécurité des aliments […]. "La France et l’ensemble des pays européens, à l’unanimité, avaient demandé, en décembre 2008, à la Commission, de changer de procédure. Elle ne l’a pas fait. Sur le fond, on ne reconnaît pas cette expertise" » Et vient pas là-même ajouter sa voix à celle du PS et des Verts qui dénoncent un « fait accompli » de Bruxelles. A quelques jours des Régionales, c’est un peu la kata…

C’est la Kata ?
Ni une ni deux, le média Agriculture et Environnement dénonce : « Rien n’obligeait [ …] Chantal Jouanno à ajouter de la confusion dans ce dossier. Car refuser les « OGM qui nous sont imposés » et surtout ne pas voir « ce que cet OGM apporte » témoigne d’un manque évident de connaissance du dossier. Il aurait été plus sage pour la secrétaire d’Etat d’indiquer que non seulement l’amidon d’Amflora rend le papier plus brillant, le béton et les adhésifs plus résistants dans le temps, mais que cette nouvelle variété de pomme de terre […] permet d’utiliser moins de terres arables pour obtenir la même quantité d’amidon. D’autre part, en éliminant à la source l’amylose indésirable de l’amidon, ces deux composés ne doivent plus être séparés chimiquement, ce qui entraîne des économies en eau et en énergie. »

Les assos en ont gros sur la patate
Et puis, ne pas rater le train mondial des nouvelles technologies, et ne plus pénaliser la pomme de terre européenne face au géant Monsanto. C’est ce qui se dit dans les couloirs de la nouvelle Commission Barroso, où des bruits circulent que l’on souhaite, ici, enfin en finir avec le dossier OGM ! Avec son « ça commence à bien faire ! », au Salon de l’Agriculture, Nicolas Sarkozy ne dit-il pas en substance la même chose ? A voir. Pour les Associations de défense de l’environnement, la messe est dite : la Commission européenne cède à la pression des semenciers, aux exigences des multinationales… tout en préservant une certaine souveraineté aux pays membres.

« La Commission a refilé la patate chaude aux Etats membres », ironise l’Huma.
A chacun des pays membres de juger s’il accepte ou non d’autoriser la culture d’Amflora sur son marché intérieur. Déjà l’Allemagne, la Suède, la République Tchèque et les Pays bas s’y montrent favorables, tandis que l’Autriche et l’Italie ont annoncé leur refus. La France ? Elle attendra l’avis du Haut conseil des biotechnologies, le HCB, un collège d’experts créé en 2008.

Le marché de l’amidon n’a pas la frite
Le marché ? Pas folichon. Demande d’amidon en baisse, crise en hausse, récession de l’industrie papetière, recomposition d’un secteur peu rémunérateur, cultures concurrentes qui ont une meilleure teneur en amidon… le maïs par exemple. Autant d’arguments avancés, auquel s’ajoute celui d’alternatives existantes, comme cette pomme de terre, sélectionnée conventionnellement, et qui possède comme Amflora une haute teneur en amidon. Décidément, c’est à n’y rien comprendre. Pour Yves Chupeau, de l’Inra Versailles interrogé par le journal Le Monde, « l’autorisation donnée à BASF a une vocation expérimentale : elle va lui permettre de valider à plus grande échelle l’intérêt de sa pomme de terre, et les « process » industriels associés, avant d’en proposer d’autres versions. BASF a ainsi indiqué vouloir déposer un dossier d’autorisation pour une Amflora de nouvelle génération et pour une pomme de terre résistante au mildiou, destinée cette fois à l’alimentation humaine, en 2010 ou 2011. »

L’absence des politiques
Reste que pour le journaliste Jean-Yves Nau, sur Slate.fr, le débat est avant tout politique : « Incapacité chronique à articuler évaluation scientifique et gestion politique du risque à l’échelon communautaire ; présence d’une « clause de sauvegarde » invoquée au choix pour calmer l’opinion ou protéger des intérêts nationaux ; lobbying écologique d’autant plus puissant que fort du principe triomphant de précaution et sous couvert de bon sens il agite des peurs (la « dissémination » à fait place à la « contamination ») que la démarche scientifique ne peut à elle seule raisonnablement calmer... Tous les éléments sont aujourd’hui en place pour que l’Union européenne ne puisse, en matière d’organismes végétaux génétiquement modifiés, mener une politique coordonnée et cohérente, englobant les aspects sanitaires et industriels. Or selon l’organisation européenne des industriels des biotechnologies agricoles Europabio, dix-sept OGM sont actuellement en cours de procédure d’autorisation. »
La patate n’en a pas fini d’alimenter le débat.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, mardi 9 mars 2010

Sources

Top