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L’EXPRESS, LA PARISIENNE, CRIOC…

vendredi 20 mai 2011

Aliments santé ? Entre flou, méfiance et confusion (Article revue de presse)

Qu’est-ce qu’un aliment santé ? La réponse n’est pas aussi évidente qu’il y paraît. C’est ce qu’indique une étude réalisée par des étudiants en Master Marketing de la Santé de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC), publiée le 10 mai dernier. Selon celle-ci, les Français ne feraient pas, dans leur grande majorité, la différence entre les aliments santé, c’est-à-dire ceux bénéficiant d’une allégation santé, et ceux qu’ils considèrent comme « bons pour la santé », tels que les fruits et légumes. Un flou qui pose d’autant plus question que, parallèlement, cette notion d’aliment santé, devient un domaine de préoccupation grandissant. Explications au fil de cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

L’aliment santé : qu’est-ce que c’est ?
Comme le rappelle les auteurs de cette étude, on entend généralement par « aliments de santé des produits de l’industrie alimentaire possédant une allégation de santé, à savoir un message qui affirme, implique ou suggère des effets bénéfiques pour la santé comme par exemple "Embellit la peau", "aide à lutter contre le cholestérol", "bon pour le transit", "renforce les défenses naturelles"… ». Depuis 2006, l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a clairement défini les conditions d’obtention d’une allégation santé. Comme l’explique le Centre de Recherches et d’Informations des Organisations de Consommations (CRIOC), « pour qu’elles puissent être apposées sur un produit ou mentionnée dans les publicités », les allégations de santé « doivent véritablement comporter un nutriment ou une substance qui a un effet un bénéfique scientifiquement prouvé ».
Concrètement, pour pouvoir apposer sur leurs produits une allégation, les fabricants doivent en faire la demande auprès de leur gouvernement, qui la transmet ensuite à l’EFSA. In fine, c’est la Commission européenne qui autorise ou non l’allégation et, ce, sur la base de l’avis de l’Agence européenne. Si l’on en croit le site de l’Agence nationale (française) de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), la Commission européenne a centralisé, depuis 2006, près de 44 000 demandes, puis opéré une sélection «  pour établir une liste unique d’allégations à évaluer par l’EFSA (un peu plus de 4 000 allégations). Ce travail est en cours. Jusqu’ici, près du quart des allégations à évaluer a ainsi été examiné. »

Une perception en décalage avec la réalité

Si, d’un point de vue législatif, la définition de ce qu’est un aliment santé est précise, il n’en va pas de même dans l’esprit des consommateurs. C’est l’un des aspects soulevés par l’étude intitulée « Les consommateurs face aux aliments santé : freins, motivations et intentions », réalisée par des étudiants en Master Marketing de la Santé de l’UPMC (Université Pierre et Marie Curie), auprès de 800 personnes, de janvier à mars 2011. [1]

Ainsi, près de la moitié des consommateurs interrogés déclarent savoir ce qu’est un aliment-santé ; « pourtant, parmi les produits cités spontanément, à peine 1 sur 3 répond à la définition » indique l’enquête. En clair, pour les consommateurs, la définition des aliments santé serait bien plus vaste que le strict cadre des produits portant une allégation. Hypothèse confirmée : 77% des personnes interrogées «  ne font pas la différence entre des aliments "bons pour la santé" et des aliments spécialement conçus pour apporter un bénéfice de santé (aliments santé) » ; ou encore, pour 16% d’entre eux produits bio égalent aliments santé. Selon Charles Pernin, responsable des questions alimentaires pour l’association de consommateurs CLCV [2], « cette étude traduit bien la situation de confusion dans laquelle se trouve le consommateur "moyen" qui reçoit les campagnes de santé publique (« manger des fruits et légumes, c’est bon pour la santé ») mais aussi les messages de l’industrie sur les « alicaments ». S’ajoute à cela toutes les informations véhiculées par les médias, l’entourage et les professionnels de santé ».
Citant des données du Programme National Nutrition et Santé (PNNS), les auteurs de l’étude rappellent aussi que « 89% des français pensent que l’alimentation influe sur la santé », et montrent, par ailleurs, que cette tendance tend à s’accentuer : « 75% des sondés ont l’intention de consommer des aliments santé dans le futur (…). »
Quel regard les personnes interrogées posent-elles sur les effets induits par la consommation de ces produits ? Surprise : seules 21% d’entre elles disent avoir confiance en l’efficacité des aliments santé. Voilà un des freins à la consommation identifiés par l’étude, comme le souligne La Parisienne : « le manque " présumé" d’efficacité des produits en question » auquel il faut ajouter « le manque d’information et le côté commercial de ces allégations ».
Ainsi, pour certaines personnes, loin d’être des arguments scientifiques, ces allégations sont avant tout des arguments marketing : « 21% de français (…) pensent que ces produits sont de simples créations marketing ». Une représentation qu’il ne faut pas sous-estimer, puisqu’elle limite les ventes, bien avant le prix qui n’arrive qu’en sixième position.

Méfiance et confusion
Cœur du problème : la présence, sur ce type de produits, d’allégation santé, ne fait pas l’unanimité. Loin de là. La raison : ce type de message qui surfe sur la vague de la santé entretient une confusion, en ce sens que l’aliment se transformerait en une sorte de médicament. Un point de vue que partage Charles Pernin, qui déclare dans l’Express : « Il faut se méfier des dérives industrielles et du vocabulaire des experts du marketing alimentaire qui brouillent le message pour le public ». Pour sa part, toujours dans l’Express, Marie-Christine Favrot, professeur en cancérologie et conseillère santé à l’Anses rappelle « qu’il faut se méfier des arguments curatifs. Aucun aliment n’est un médicament et les allégations suggérant un effet curatif devraient être interdites. La meilleure alimentation possible est celle qui est équilibrée ».
Reste donc à voir quelle sera la teneur des avis rendus par l’EFSA. Et quelles en seront les conséquences. Certains industriels, comme Danone, ont préféré anticiper la réponse de l’agence européenne « en retirant les mentions sur les emballages ou dans ses spots publicitaires », indique l’Express. Mais, pour le CRIOC, les professionnels du marketingt n’ont pas dit leur dernier mot. D’ores et déjà, ils cherchent à contourner le renforcement législatif, en mettant « en avant d’autres arguments, de type « bien-être », qui ne sont pas soumis à la réglementation européenne ». Faut-il en conclure, comme le suggère L’Express, que « le marketing reste le plus fort » ? Affaire à suivre…
Revue de presse d’Amine Marouki, étudiant à l’IUT Paul Sabatier, et de Lucie Gillot, Mission Agrobiosciences, 19 mai 2011

SOURCES :


[1L’enquête s’est structurée autour de deux approches. L’une qualitative : 140 personnes interrogées (hommes et femmes), avec des entretiens semi-directifs axés autour de la connaissance des aliments santé, leur consommation ainsi que les freins et motivations à leur utilisation ; l’autre quantitative : 660 personnes interrogées selon la méthode des quotas (âge, sexe, habitat). Deux groupes de répondants exposés à deux aliments santé de la même catégorie dont la seule différence portait sur la manière d’afficher le bénéfice santé. Questionnaire sur les connaissances, les habitudes de consommation, les attitudes et les intentions d’achats.

[2Consommation Logement Cadre de Vie

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