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L’Express, Afrique en Ligne, Wal Fadjri

lundi 2 mars 2009

Sénégal : quand les agrocarburants font tache d’huile

Au Sénégal, l’essentiel des ressources alimentaires et énergétiques sont importées. Les dernières politiques engagées dans ce domaine vont dans la direction d’une diversification des sources, afin de ne pas tomber dans la dépendance et d’assurer une partie de la production. C’est sur ces bases que le gouvernement sénégalais a lancé début 2007 le programme "Jatropha", qui vise à mener le pays vers l’indépendance énergétique à l’horizon 2012. Le jatropha (ou tabanani en sénégalais) est un genre de plante répandu à travers le monde dont l’espèce Jatropha curcas permet de produire de l’huile, non-alimentaire, par trituration des graines. L’huile ainsi obtenue peut servir à la fabrication d’agrocarburants de type diester. Or deux ONG, ActionAid Sénégal et Wetlands International, viennent de rendre un rapport mettant en garde contre une culture du jatropha qui, sur le long terme, pourrait menacer l’agriculture vivrière sénégalaise, au regard du type de terre sur lequel la plante est cultivée.

Un agrocarburant d’avenir ?

Il faut savoir que le jatropha est une plante succulente, ce qui ne veut pas dire qu’elle est exquise à manger - au contraire elle produit une toxine très virulente, la curcine - mais que la plante est gorgée d’eau et donc adaptée à la survie en milieu sec voire aride. Le Sénégal pourrait donc produire des agrocarburants sur des sols inutilisés ou en mauvais état, sans empiéter sur les terres agricoles déjà existantes. Avec à la clé, selon les informations d’Afrique en Ligne, une réduction d’au moins « 112,404 millions de dollars US par an » sur la facture pétrolière ! En outre, un rapport, intitulé « Les biocarburants en Afrique, une évaluation des risques et avantages pour les zones humides », censé faire le point sur la situation des agrocarburants au Sénégal a été remis aux autorités sénégalaises par deux ONG, ActionAid Sénégal et Wetlands International, le 19 janvier 2009. Afrique en Ligne précise que selon le rapport, ces produits permettraient de réduire « la pollution, l’érosion, la désertification », et d’améliorer le bilan carbone. Une aubaine pour les terres sénégalaises ? Rien n’est moins sûr : le rapport pointe également du doigt les dangers d’une mauvaise répartition des terres de culture du jatropha. Comme on peut le lire dans L’Express : « la culture du jatropha était annoncée sur des terres dégradées, salées notamment. Mais il est cultivé sur des terres arables, dans le nord et le sud du pays notamment d’où provient l’essentiel de la production nationale de riz ».

Un rapport qui nourrit le débat

Ainsi ce rapport appelle à la prudence. Il existe un « risque de compromettre la sécurité alimentaire des populations » explique Wal Fadjri, un quotidien sénégalais. Le journal poursuit en précisant que « l’étude déplore l’absence de cadre réglementant formellement la production, la transformation et la commercialisation des biocarburants ». La crainte d’ActionAid Sénégal et de Wetlands International concernant la culture de jatropha est partagée par des représentants d’exploitants agricoles. « Cultiver du jatropha à la place du mil, du maïs ou de l’arachide, c’est dire aux paysans : mourrez de faim demain » tempête dans L’Express Sidi Bâ, représentant du Cadre national de concertation des ruraux (CNCR), une organisation paysanne. Fatou Mbaye, chargée des agrocarburants à ActionAid, souhaite de son côté un meilleur encadrement du projet : « si cette politique de distribution de terres, à l’aveuglette, [...] continue, les cultures vivrières vont entrer en concurrence avec le biocarburant », indique-t-elle à L’Express. Pour sa part, le gouvernement sénégalais tente de « minimiser le problème » selon L’Express. Le magazine relaie les propos de Sana Faty, directeur national au ministère sénégalais des biocarburants : « la question est en train de se régler par l’augmentation de la production agricole par le biais de la recherche [...] le Sénégal dispose de beaucoup de terres dégradées qui ne sont utilisées par aucune culture et sur lesquelles on va faire du bio-carburant ».
Au final, même si le jatropha apparaît comme une matière première intéressante, puisqu’il peut être cultivé en sol aride sans menacer la production des denrées alimentaires agricoles, les lieux d’implantation de cette plante au Sénégal suscitent la polémique et enracinent, en Afrique, le débat sur les agrocarburants.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences. 2 mars 2009.

Sources :

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