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France Inter, Ministère de l’Agriculture, Confédération Paysanne

mardi 29 janvier 2013

Les éleveurs rêvent-ils de moutons électroniques ?
« Moutons 2.0, la puce à l’oreille ». Ce film militant sera souvent projeté dans la Drôme en cette fin de janvier 2013. La lutte contre le puçage obligatoire, entendre, l’identification et la traçabilité individuelle des moutons, est le terreau d’une alliance entre les collectifs paysans et les anti-nanotechnologies. Mais est-il seulement question d’une contrainte supplémentaire ou d’un véritable choix de société ? La revue de presse de la Mission Agrobiosciences fait le tour des arguments.

Une puce pour garder des moutons ? cette idée démange certains éleveurs. Initiée en 2005 à l’échelle européenne par le règlement (CE) n°21/2004, la réforme de l’identification et de la traçabilité des moutons et des chèvres a pour but « d’améliorer la gestion des crises sanitaires liées aux maladies animales afin de préserver la santé des animaux et des consommateurs et de limiter les pertes économiques directes et indirectes ». Une supercherie selon les détracteurs. L’affaire est plus complexe…

Concrètement, pour les éleveurs de petits ruminants, le règlement rend obligatoire et applicable, depuis le 1er juillet 2012, l’identification des ovins et des caprins avec les « boucles d’oreille » high-tech. Comprenez : des identificateurs électroniques, savamment nommés transpondeurs mais mieux connus sous le nom de puces RFID (Radio Frequency IDentification). Avec cette conséquence : tout éleveur refusant d’installer le dispositif à son cheptel est hors la loi et encourt amendes et suppressions des aides de la PAC. Certains éleveurs sur le qui-vive se re-mobilisent et revendiquent la suspension du caractère obligatoire des puces. Si cette pratique ne semble poser aucun problème aux propriétaires de chats et de chiens, pourquoi alors provoque-t-elle la colère ou la révolte de certains éleveurs d’ovins ? Plusieurs arguments sont avancés.

Le Collectif des éleveurs drômois contre l’obligation de puçage électronique organise, depuis le 28 janvier, une « transhumance festive » avec deux cents moutons. Partant de Mornans, dans la Drôme, la migration se terminera le 1er février par une manifestation à Valence. À chaque étape, le collectif projettera le film militant contre cette pratique : « Mouton 2.0, la puce à l’oreille ». On comprend, à la lecture du titre-même, que ce sont les technologies RFID, jugées invasives pour les libertés individuelles, qui sont ciblées en priorité. Pas étonnant dès lors que ce Collectif soit soutenu par différents mouvements (d’éleveurs, la Confédération Paysanne, « Faut pas pucer »…) et la célèbre association grenobloise « Pièces et main d’œuvre » connue pour ses prises de positions radicales anti-nano. Le synopsis du film dénonce d’ailleurs cette « première obligation d’envergure de puçage du vivant ».

Autre argument avancé par les opposants à la puce RFID : pour l’Union européenne, il s’agirait d’accroître un nouveau marché, la Commission estimant en effet dans une note de 2007 sur les RFID « que le marché européen pourrait passer de 500 millions d’euros en 2006 à 7 milliards d’euros en 2016 ». S’ils disent ne pas s’opposer au progrès, les éleveurs jugent toutefois que ces « gadgets » coûtent chers et seraient inutiles. « Ce ne sont pas les technocrates de Bruxelles qui vont nous apprendre à conduire un troupeau ! » lance un éleveur. Finalement, derrière la puce RFID, ses ordinateurs et ses machines, c’est bien un pan du monde paysan qui se meurt. Les opposants au puçage soulignent ainsi une fracture majeure dans le lien à l’animal : alors qu’ils s’occupent de leurs bêtes, l’industrie agro-alimentaire, elle, ne chercherait qu’à contrôler le vivant.

Revue de presse réalisée par Nicolas Geoffroy, stagiaire à la Mission Agrobiosciences, IEP Toulouse. Mardi 29 janvier 2013.

Sources
Confédération Paysanne revue de presse
France Inter Journal de 9heures, 28 janvier 2013
Gilbert Sauvan, Député des Alpes de Haute Provence Question écrite au Ministère de l’Agriculture
« Mouton 2.0, la puce à l’oreille » le site du film

Pour aller plus loin, sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement)  :
Le cahier : histoire de races animales histoires de sociétés humaines. Par Jean-Claude Flamant, chercheur en zootechnie
Elevage et société : apprivoiser les mutations.
Avec Eric Baratay, Jocelyne Porcher et Jean-Paul Simier.
Nanobio : Le Figaro, accélérateur de débat (Article Revue de presse)

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