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Europe 1, AFP, Le Figaro, Charente Libre, le Monde

vendredi 23 novembre 2012

PAC : une guerre budgétaire à contre-emploi ?

Nul n’a pu y échapper. Depuis jeudi et jusqu’à ce soir, les dirigeants européens sont réunis à Bruxelles pour s’accorder sur les finances de l’Union pour la période 2014-2020. Parmi les objets de tension, le budget alloué à la Politique agricole européenne, la PAC, que la Commission européenne propose de ramener de 420,6 milliards d’euros à 386 milliards, comme l’explique Europe 1. Une réduction qui divise les nations européennes, à l’image du couple franco-allemand, et qui laisse entrevoir, en creux, deux conceptions divergentes de l’agriculture. Le point dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Guerre budgétaire
Charles Carrasco, pour Europe 1, dresse un bilan chiffré et détaillé des réformes budgétaires en discussion à Bruxelles, en matière d’agriculture. Premier élément notable, le diminution proposée par la Commission européenne pour la période 2014-2020 : de 420,6 milliards d’euros (2007-2013) à 386 milliards. Dans le détail, les aides directes versées aux agriculteurs accuseraient une baisse de 6% environ, tandis que celles consacrées au développement rural (deuxième pilier) serait « rabotées » de 10%.
Alors que « la France, l’Espagne, l’Irlande, la Roumanie, l’Autriche ou le Portugal sont partisans d’un maintien d’une politique ambitieuse de la PAC […], d’autres pays sont davantage favorables à une réduction des budgets comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark ou encore l’Allemagne ». On le sait, la France, grande puissance agricole, est la principale bénéficiaire de cette politique. L’article précise ainsi qu’elle pourrait « perdre près de 700 millions d’aides directes par an ».
Mais au-delà des chiffres, la ligne de faille qui se profile n’est-elle pas aussi le reflet de deux conceptions divergentes de l’agriculture ?

Soutenir l’emploi agricole
La remise en cause des budgets de la PAC et de la politique des fonds de cohésion aurait « des conséquences lourdes en termes d’emplois, de développement durable et de croissance » a indiqué le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll (Le Figaro). Pour celui-ci, « il faut faire évoluer la logique très libérale de la PAC pour y intégrer de nouveaux objectifs sur l’emploi, l’environnement et une répartition plus juste des aides » (AFP).
Dans cet objectif, la France a proposé plusieurs aménagements de la PAC. Parmi eux, la dégressivité des aides directes, qui prévoit que les premiers hectares soit davantage primés que les autres. Cette mesure devrait notamment favoriser l’élevage indique le Figaro, tandis que l’AFP souligne que ce sont sur les premiers hectares « que l’emploi est le plus intensif ».
Si la presse centre son attention sur ce qu’il se passe ici, précisons que la question de l’emploi est un élément de préoccupation d’autres pays européens. A l’occasion des 18e Controverses européennes de Marciac, Raul Compes, spécialiste du monde rural à l’Université de Valence (Espagne) rappelait que, en Espagne, « en l’espace de dix ans, près d’un quart des exploitations [avait] disparu », et que le nombre d’actifs agricoles avait baissé de 20%. Avant de conclure que l’agriculteur moderne était… un survivant.

Considérer l’agriculture comme n’importe quel autre secteur économique ?
Alors que toute la presse suit, heure après heure, les négociations des 27 à Bruxelles, le Monde propose un « portrait » de l’agriculture allemande riche d’enseignements, au titre un brin provocateur : « PAC : comment l’agriculture allemande est passée devant la française ? » On savait déjà que l’industrie agroalimentaire de nos voisins avait détrôné celle de l’Hexagone. Voilà maintenant qu’elle nous « dame le pion sur les marchés internationaux » !
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« Si l’Allemagne exporte plus que la France, elle importe également davantage » souligne, chiffres à l’appui, Frédéric Lemaître. Pour le journaliste, alors que l’agriculture ne pèse que pour 1% du PIB de l’Allemagne et que les « agriculteurs constituent un lobby bien moins important qu’en France », la force de ce secteur vient peut-être du fait que ce dernier est « traité sur le même plan que les autres activités économiques. ». Comprenez : « si l’Allemagne aide l’agriculture, c’est pour qu’elle soit compétitive et qu’elle exporte. Pas pour qu’elle maintienne les emplois existants ».
Ainsi on apprend, par exemple, que dans les filières porcines et avicoles, la tendance est à la concentration : réduction du nombre d’exploitations et augmentation de la taille des élevages, avec toujours plus de bêtes. En l’espace de dix ans, la filière porcine a perdu la moitié de ses exploitations ; « le quart des éleveurs porcins ont dû se reconvertir entre 2005 et 2009 ».

Voilà qui explique d’une autre manière que le sujet divise tant les dirigeants européens…

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 23 novembre 2012

Sources :

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