Accueil > Archives > Etude TNS Sofres, Agromedia.fr

Etude TNS Sofres, Agromedia.fr

vendredi 30 septembre 2011

Elections présidentielle et législatives : instruire les nouveaux champs de tension agriculture, alimentation et société

Alors que les élections présidentielle et législatives se rapprochent à grands pas, et que les débats se multiplient sur l’économie, le pouvoir d’achat, les réformes fiscales... la Société gestionnaire du Marché International de Rungis a souhaité inscrire l’édition 2011 des entretiens de Rungis au coeur des échanges qui ponctueront la campagne électorale sur le thème : Quel cap pour l’agriculture et l’alimentation ?
TNS Sofres a donc conduit une étude sur “Le regard que portent les Français sur l’agriculture et l’alimentation”, ainsi que sur les régulations et les actions politiques qu’ils attendent dans ces domaines.
Si la plupart des médias ont retenu de cette étude que 83% des Français regardent d’abord le prix des produits au moment de l’achat, avant leur provenance ou leur composition, il serait dommage de ne pas lire attentivement l’ensemble de cette étude, qui porte aussi sur les questions de représentation du monde agricole, de la PAC, du rôle des politiques et qui soulève quelques paradoxes.
Une problèmatique agriculture/alimentation/société complexe, mêlant à la fois enjeux économiques, politiques, éthiques et environnementaux qui fait écho à une controverse se déroulant dans le Gers et relayée par Agromédia : “Poulets industriels dans le Gers : Vivadour risque d’y laisser des plumes ».
L’étude Sofres suvie de l’article d’Agromédia, c’est le choix d’actualité de la Misison Agrobiosciences, afin d’éclairer les tensions qui traversent l’agriculture, l’alimentation et la société.

Etude Sofres : “Le regard que portent les Français sur l’agriculture et l’alimentation”

Quel(s) visage(s) pour le monde agricole ?
"Décidemment, l’attachement des Français à leur agriculture ne se dément pas : 95% des Français jugent qu’il s’agit d’un secteur important pour l’économie, 93% qu’il nécessite d’avoir l’esprit d’entreprendre, 93% que le niveau de savoir-faire y est très important, 90% que les professionnels y ont à cœur de fournir un travail de qualité, 81% qu’il s’agit d’un secteur moderne et 73% qu’il véhicule une image positive de la France à l’étranger. Mais si l’agriculture fait figure de pilier de l’économie française, il ne s’agit pas moins d’un colosse aux pieds d’argile : les Français reconnaissent à ce titre que ce secteur rencontre actuellement des difficultés (94% sont d’accord avec cette assertion), que les conditions de travail y sont difficiles (89%) et que l’on y travaille davantage qu’ailleurs (85%), pour des niveaux de revenus inférieurs à la moyenne (70%).
Au global 82% des Français ont une bonne image de l’agriculture, contre 16% qui en ont une mauvaise. Une excellente image, mais qui manque légèrement d’intensité : seul un Français sur sept (14%) en a une très bonne image (68% en ont une bonne image). De sorte qu’il apparaît légitime de s’interroger sur la connaissance qu’ont les Français du monde agricole, et sur laquelle ils fondent leur jugement.
Or il apparaît que les Français sont incapables de dresser un constat clair et franc sur la situation de l’agriculture française. L’opinion se montre structurellement divisée sur la plupart des sujets sur lesquels nous l’avons sollicitée :

  • 4 Français sur 10 (40%) pensent ainsi que les conditions de travail des agriculteurs se sont améliorées au cours des dernières années, contre 4 sur 10 (37%) qui pensent qu’elles se sont détériorées (16% pensent qu’elles n’ont pas changé et 7% ne s’expriment pas)
  • Un tiers des Français (30%) pensent que l’image des agriculteurs dans la société s’est améliorée, contre un tiers (33%) qui pensent qu’elle s’est détériorée et un troisième tiers (31%) qui pensent qu’elle n’a pas changé.
  • Un cinquième des Français (19%) pensent que l’influence politique des agriculteurs s’est améliorée, un tiers (36%) qu’elle s’est détériorée et un tiers (33%) qu’elle n’a pas changé.
    Ces réponses témoignent de l’absence d’un constat collectif, transverse, partagé par l’opinion et qui reflèterait la réalité de la situation du monde agricole, ses enjeux, ses évolutions majeures.
    Autres signes de cette méconnaissance du domaine agricole : une vraie imprécision sur la balance commerciale. Près d’un tiers des Français (29%) ne sont pas d’accord avec l’assertion « la France exporte plus de produits agricoles qu’elle n’en importe », contre 38% qui sont d’accord et 33% qui ne répondent pas. Le constat est aussi partagé sur l’autosuffisance en produits agricoles : 53% des Français considèrent que la France est autosuffisante, contre 35% qui expriment l’opinion inverse.
    Enfin les Français peinent à se faire une religion quant au rapport qu’entretiennent les agriculteurs avec l’environnement : 48% considèrent ainsi que ces derniers utilisent de plus en plus de pesticides (contre 42%), tandis que 40% jugent que la plupart d’entre eux respectent l’environnement (contre 54%).

    Quelles régulations pour l’agriculture et l’alimentation des citoyens ?
    À cette absence de constat clair sur la situation agricole s’ajoute une compréhension limitée des enjeux politiques sous-jacents. Ainsi les Français semblent encore incapables de se positionner vis-à-vis de la Politique Agricole Commune (PAC), pourtant une des plus anciennes et des plus importantes politiques communes de l’Union Européenne : un quart des Français (24%) jugent qu’il s’agit plutôt d’une opportunité pour l’agriculture française, un autre quart (29%) qu’il s’agit plutôt d’une menace, un autre quart encore (22%) ni l’un ni l’autre et un dernier quart (25%) ne se prononcent pas.
    Divisés sur ce qu’il faut penser de la PAC, les Français le sont aussi sur les marges de manœuvre qu’elle laisse à l’État français : 44% estiment que le Gouvernement a réellement les moyens d’agir sur la situation agricole de la France même si la politique agricole est en grande partie décidée au niveau européen, contre 46% qui estiment que le Gouvernement n’a pas réellement les moyens d’agir car la dimension européenne de l’agriculture est trop importante.
    De sorte qu’en matière de politique agricole, les Français sont à la fois divisés sur les bienfaits de la PAC et sur les marges de manœuvre du Gouvernement dans ce contexte ; difficile avec aussi peu de lisibilité de proposer une action et un message politiques qui satisfassent les citoyens en matière d’agriculture et d’alimentation.
    Or les Français sont en attente de régulation dans ces domaines, et notamment autour d’un point de crispation majeur : les prix.
    83% des Français considèrent ainsi que la situation en ce qui concerne les prix des produits issus de l’agriculture française s’est détériorée par rapport à il y a une dizaine d’années. Parallèlement 41% en disent autant du goût des produits (contre 33% qui pensent qu’il n’a pas changé et 21% qu’il s’est amélioré), et 33% de la qualité des produits (contre respectivement 29% et 34%). De sorte que le rapport qualité-prix est pris en ciseau, entre une dégradation perçue de la qualité et des prix ; et de fait, 70% des Français pensent aujourd’hui qu’il s’est détérioré ces dernières années, contre 12% qui pensent qu’il n’a pas changé et 13% qu’il s’est amélioré.
    Quelques points de satisfaction néanmoins : 68% des Français jugent que la diversité et le choix des produits se sont améliorés, 58% dressent le même constat en ce qui concerne la facilité pour se les procurer et 51% pour la sécurité alimentaire. L’aspect (46%) et leur durée de conservation (39%) sont deux autres motifs de satisfaction, quoique moins prégnants dans les jugements.
    Mais tous ces critères sont relégués au second rang lorsque la décision d’achat est effectuée : 83% des Français disent en effet faire le plus attention au prix des produits alimentaires au moment de l’achat (+5 points en 3 ans ?), loin devant la date de péremption (65%, -6), la provenance ou la composition des produits.
    Pour autant le rapport des Français au prix ne se résume pas à une équation à une inconnue :

  • La qualité des produits constitue un facteur qui peut radicalement changer la perception des prix des produits frais. À preuve, si la moitié (52%) des Français jugent que les produits frais de qualité coûtent cher et que leur prix n’est pas justifié, un tiers (32%) considèrent en revanche qu’ils coûtent cher mais que leur prix est justifié, et 13% qu’ils ne coûtent pas si cher que ça ; soit près d’une moitié de Français (45%) qui ne considèrent pas que le prix des produits frais de qualité soit illégitime.
  • Une perception de consommateurs à mettre également en regard de l’empathie dont font preuve les citoyens à l’égard des agriculteurs : 60% d’entre eux considèrent que c’est la difficulté de vendre les produits agricoles au juste prix qui constitue la principale difficulté du monde agricole. Le faible pouvoir de négociation des agriculteurs face aux distributeurs ou aux industriels ainsi que la concurrence des autres pays, qui eux aussi sont sources de baisse des prix de vente pour les producteurs, sont également cités par 50% des Français, loin devant le problème du pouvoir d’achat des consommateurs (35%).

Le paradoxe est donc patent : en tant que consommateurs, les Français considèrent qu’ils paient trop chers des produits dont la qualité se dégrade. En revanche ils sont davantage prêts à mettre le prix pour des produits de qualité, et considèrent en tant que citoyens que les agriculteurs ne peuvent pas vendre leurs produits au juste prix.
Aussi les Français en appellent-ils massivement à une intervention de l’État : trois quarts d’entre eux (77%) estiment que l’État français doit aider les producteurs à fixer leurs prix face aux distributeurs, contre 14% qui jugent qu’on doit laisser les prix se fixer librement.
Les Français attendent aussi l’État sur la promotion d’une alimentation saine et équilibrée – ce alors qu’il joue déjà un grand rôle dans ce domaine. Considérant d’une part que « bien manger » revient à manger équilibré (73%) et sain (73%), sans oublier de se faire plaisir (48%) et d’autre part qu’il y a de plus en plus d’obèses en France (87% sont d’accord avec cette assertion), une majorité (53%) de Français jugent que les pouvoirs publics ne sensibilisent pas assez les Français sur l’importance d’une alimentation équilibrée."

Poulets industriels dans le Gers : Vivadour risque d’y laisser des plumes
Agromedia.fr, 26 septembre 2011
"Cela fait plusieurs mois que Vivadour médite son projet d’élevage de poulets industriels dans le Gers. Ainsi, cinq gros élevages de poulets industriels pourraient faire leur apparition sur les sites de Lannepax, Saint-Elic Theux, Lussan, Duffort et Izotges. Le président du Conseil Général, Philippe Martin, a enfin pris position, comme le révèle La Dépêche : « je ne peux que regretter l’émergence de projets d’élevages industriels dans le Gers ».
Le principal obstacle au projet de Vivadour est l’image du département, qui risque fortement d’être altérée par ces élevages : un département représentant le bien-vivre, le bien-manger, sans OGM, avec des menus de saison dans les cantines et du « poulet qui est bon parce qu’il est heureux d’être élevé plein air, plein Gers ».
Le principal risque est « un moins pour notre économie touristique qui représente 6% du produit intérieur brut gersois », selon le président.
Les partisans du projet de Vivadour, au contraire, mettent en exergue la santé des abattoirs locaux, aujourd’hui défaillante. Avec des milliers de poulets industriels à abattre à proximité, la pérennité des emplois serait garantie. Philippe Martin, pris entre deux feux, a ainsi proposé « une séquence de large concertation sous l’égide du préfet ».
[…]
Les nuisances liées à l’implantation de ces cinq élevages sont importantes :

  • « près de 1 000 tonnes de fiente chargées d’activateurs de croissance, d’antibiotiques… inhérents à l’alimentation de ce type d’élevage.
  • Il faudra faire aussi avec les rotations de camions : 346 par an ».
  • Sans parler « du bien-être des voisins »
  • et « du bien-être des animaux qui seront confinés, 24 au mètre carré, en vue d’être produits en 37 jours au lieu de 9 volailles au mètre carré pour un poulet label, élevé en 90 jours ».

    Un sondage réalisé par TNS Sofres les 14 et 15 septembre 2011 auprès de 503 habitants du département a corroboré ces déclarations. Ainsi, 6% des sondés se déclaraient favorables au projet de Vivadour, 16% plutôt favorables, 33% plutôt opposés, 33% très opposés et 1% sans opinion. Soit 22% des personnes interrogées globalement favorables et 77% défavorables ! De plus, 69% des sondés considèrent que ces élevages auront des conséquences négatives sur l’image du Gers. Philippe Martin a détaillé : « dans le détail, on s’aperçoit que 65% des agriculteurs y sont eux aussi opposés (contre 35% qui y sont favorables) et que si 84% des personnes interrogées se réclamant de la gauche sont hostiles à ces projets, ils sont également 72% à être du même avis bien que se revendiquant de droite. Cette position est donc, on le voit, à la fois très largement partagée et non partisane ».

    L’enjeu du projet de Vivadour est donc bien plus important que la simple installation de cinq élevages industriels ; il s’agit d’une véritable question d’éthique et d’image du département."

Sources :

Top