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vendredi 22 février 2013

Hémorragie dans les abattoirs ?

Alors que les viandes et les produits carnés sont à la Une de l’actualité, l’état des abattoirs en France fait peu parler de lui, si ce n’est, il y a peu, à propos du rituel halal, ou, plus rarement encore pour annoncer tel dépôt de bilan de plusieurs d’entre eux. Pourtant, il y aurait de quoi dire : entre les plaintes des riverains, la préoccupation du bien-être animal, la pression normative et les critiques envers la consommation de viande…les unités d’abattage, indispensables à la filière élevage, qui plus est dès lors que des circuits courts et de proximité se développent, disparaissent les unes après les autres. Une hécatombe dont la Mission Agrobiosciences propose d’explorer les raisons et les conséquences, au fil de la presse régionale.

Adieu veau, vache, cochon, couvée ?
La raréfaction des abattoirs pourrait bien poser de sérieux problèmes à la filière viande. Difficile de demander d’un côté un approvisionnement en viande de proximité, et de l’autre, de fermer les yeux sur les centaines de kilomètres que parcourent parfois les animaux pour atteindre l’abattoir le « plus proche »… De fait, avec une baisse de 10% du besoin d’abattage en dix ans et une activité jugée globalement peu rentable, les abattoirs appliquent la stratégie du dernier carré : restructurer.
Grands comme petits, les abattoirs n’ont en tout cas pas la vie facile. Doux cherche ainsi un repreneur pour Pleucadeuc, un abattoir de dinde. Quant à Gad SAS, spécialiste du porc, il serait bientôt en dépôt de bilan... D’après la France Agricole, « les abattoirs [sont] déjà pris en étau entre la hausse du prix du porc et la pression de la grande distribution pour maintenir des prix bas. »

Ce qu’il reste après la rationalisation des coûts
Quant aux petites structures, elles subissent de plein fouet la disparition de nombreuses boucheries indépendantes qui constituent une grande partie de leur clientèle, et peinent à trouver les fonds nécessaires pour investir dans la nécessaire mise aux normes. Aujourd’hui, les petits abattoirs [1] n’en finissent plus de tenter de se conformer aux exigences sanitaires pour se sortir de la classe III, annonciatrice de fermeture. De ces mutations du monde découle la refonte de l’industrie de la viande : entre privatisations et dépôts de bilan …Dans le Limousin, région d’élevage, trois abattoirs ont ainsi fermé depuis 2007 et trois autres sont actuellement menacés. Plus au nord, la fermeture des abattoirs de Domart-en-Ponthieu ne laisse qu’un établissement dans la Somme... En Eure-et-Loir, la chaîne locale d’abattage sera fermée, et son activité transférée … à plus de deux cents kilomètres de là, en Ille-et-Vilaine ! Quant aux producteurs franciliens, ils expliquaient récemment sur France Bleu que pour continuer à approvisionner les consommateurs de leur région, leur production devra faire un détour de quelque mille kilomètres. Avec cet os : la distance parcourue par l’animal n’est pas sans causer de stress, ce qui nuit à la qualité de la viande. Le Courrier Picard résume : « Ces quinze ou vingt dernières années, le paysage de l’abattage a considérablement évolué dans l’Hexagone, pour passer d’une logique de proximité à une logique de concentration. Rationalisation des coûts oblige ».

Restructurer ou y laisser des plumes
La crise actuelle n’est-elle pas une occasion de repenser le rôle des intermédiaires ? Car ceux-ci sont plus qu’un simple maillon de la filière des productions animales. Les abattoirs ont en effet d’autres fonctions : on parle de proximité, de maintien des filières productrices locales, et tout simplement de l’avenir des bâtiments et des salariés. A Nouvion-en-Thiérache, dans l’Aisne, une Scop d’une vingtaine de salariés a ainsi repris la gestion d’un abattoir de porc. En Limousin, à Bellac, l’affaire a été reprise par le privé et soutenue par des structures publiques, au grand renfort de 3 millions d’euros d’investissement. En Corrèze, le journal La Montagne explique que malgré les investissements réalisés pour maintenir l’abattoir d’Ussel, un jour par semaine sera chômé, faute de travail. Néanmoins, le directeur de cet abattoir annonce qu’un nouvel atelier devrait répondre à la demande des producteurs bio et des circuits courts, ce qui aurait également l’avantage de valoriser le travail des employés.

Revue de presse du 22 février 2013, par Nicolas Geoffroy, stagiaire à la Mission Agrobiosciences

Sources :


[1La loi sur la modernisation du marché de la viande imposait des normes sanitaires, mais comportait une dérogation, abrogée en 2009, se basant sur des critères tels que la difficulté d’accès, les aires particulières de production ou une nécessité économique régionale.

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