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Courrier International, Le Monde, FAO. 11 juin 2010

mardi 15 juin 2010

"Des insectes contre la malnutrition : la FAO fait mouche ?"

En juin 2010, la Mission Agrobiosciences consacrait son émission radiophonique mensuelle "Ça ne mange pas de pain ! " aux cultures alimentaires "Halal, obésité, street-food : sous le régime de la séparation ?". Dans cette émission, nous avons également abordé les recommandations de la FAO qui remet le couvert sur l’intérêt du potentiel nutritif des insectes, dans un contexte de malnutrition grandissante dans bon nombre de pays du Sud. Conseiller la consommation d’insectes aux pays les plus pauvres alors que les pays riches considèrent ces bestioles avec aversion ? Un élément de plus à ajouter à la fracture Nord-Sud.

Larve et la manière…
Le développement de la consommation d’insectes comme substitut de la viande ou du poisson fait partie des pistes étudiées très sérieusement depuis plusieurs années par les experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Selon cette dernière, les qualités nutritionnelles des larves, bestioles et autres nuisibles permettraient en effet d’assurer la sécurité alimentaire mondiale dans les décennies à venir. Avant la fin de l’année en cours, la FAO devrait d’ailleurs encourager officiellement ses Etats membres à maintenir et développer ce type de consommation. Sources de protéines considérables, les insectes sont également riches en minéraux : certaines études montrent que 100g d’insectes couvriraient plus de 100% des apports journaliers recommandés en minéraux et en vitamines. La farine de chenilles est d’ailleurs, dans certaines régions d’Afrique centrale, incorporée dans la bouillie donnée aux enfants afin de contrer la malnutrition. De même, consommées entières, ces chenilles constituent un plat courant pour 85% de la population de la République Centrafricaine, 70% de la République démocratique du Congo et 91% du Botswana.
De fait, 1 400 espèces sont consommées en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Toutes les espèces n’obéissent cependant pas au même statut : si certaines peuvent faire office de denrée alimentaire d’urgence, d’autres au contraire, sont considérés comme des mets de choix. Larves d’abeille au miel, araignées frites et scorpions au sirop sont ainsi savourées en Asie et au Mexique.

"Mini-bétail", effet bœuf
Changement de regard radical, donc : non seulement il ne s’agirait plus de considérer les insectes comme des ravageurs, mais l’apport protéinique qu’ils fournissent répondrait en plus aux exigences environnementales : pour Arnold Van Huis, entomologiste à l’Université de Montréal « Il faut 10 kg de nourriture végétale pour produire 1kg de bœuf alors qu’il en faut seulement un ou deux pour les insectes comestibles ». Ajoutons que les insectes comestibles issus de la forêt présentent en plus l’avantage de ne contenir aucun pesticide. Mais la FAO voit plus grand : peu gourmands en eau et faciles à élever, bon nombre d’insectes se reproduisent rapidement dans des espaces confinés ( ce qui permet au passage de prévenir la dissémination d’éventuelles pollutions et maladies), d’où l’expression de « mini-bétail ». Un élevage qui ne nécessite pas à priori de capital énorme. Reste à savoir si un marché des insectes pourrait se structurer avec une offre et une demande plus organisées et surtout plus massives ?
Car les insectes constitueraient également une source de revenu et d’emploi dans de nombreuses régions africaines et asiatiques. Leur collecte permet d’ores et déjà à certains villageois d’obtenir un revenu d’appoint, la demande étant particulièrement forte sur les étals des marchés locaux et dans les restaurants urbains. Tel est le cas à Phnom Penh où les berges du Tonlé Sap regorgent de petits marchands proposant un assortiment de scarabées noirs au barbecue, de criquets fourrés aux arachides ou encore de mygales frites. On peut même évoquer le commerce transfrontalier puisque la France et la Belgique importent, respectivement, environ 5 et 3 tonnes de chenilles séchées chaque année de la République démocratique du Congo, principalement à destination de la diaspora africaine.


Vous reprendrez bien un ver ?

Malgré les avantages indéniables de l’entomophagie – le nom savant du régime insectivore - un obstacle reste à surmonter pour son développement planétaire : la phobie de certaines sociétés, principalement en occident, plus promptes à dégainer la bombe insecticide qu’à faire chauffer le barbecue. D’après Romain Garrouste, entomologiste au Muséum d’Histoire naturelle, il existe « un rejet dans l’inconscient collectif, insectes et araignées étant en effet perçus comme sales, grouillants, vecteurs de maladies et destructeurs de récoltes ». Sous nos latitudes, sachez que nous consommons quand même involontairement environ 500 g de résidus d’insectes par an, dans le pain, les jus de fruit ou céréales...
Quant à ceux qui sont en mal d’exotisme et qui voudraient aller plus loin, ils peuvent toujours tester les barres de müesli aux vers de farine (larves de coléoptères) ainsi que les boulettes au poulet et aux vers, commercialisées par la petite société néerlandaise « Bugs Organic Food ». Sur la péninsule bretonne, une pizzeria a inscrit les petites bêtes à sa carte : grillons frits en apéritif, salade de grillons à la provençale, pizza aux vers de farine et pour finir sur une note sucrée, criquets roulés au chocolat. Un menu surprenant mais qui fait des émules.

Reste à savoir, plus sérieusement, si ce genre de piste prônée par la FAO pour les pays les plus pauvres n’est pas une manière de regarder par le tout petit bout de la lorgnette le gigantesque problème de la faim dans le Monde…

Quelques recettes pour « pense-bêtes » :

  • Beignets de grillons :Roulez des grillons dans la farine. Les faire frire quelques minutes dans l’huile bouillante, comme des pommes allumettes. Servir salé en apéritif ou en entrée. Une variante consiste à consommer ces beignets sucrés ou caramélisés en dessert ou en goûter.
  • Bananes flambées aux insectes et au rhum : Faire revenir dans une poêle beurrée des bananes pendant quelques instants. Ajoutez ensuite des chrysalides de papillon ou d’autres insectes suffisament gros. Arroser de rhum. Faire flamber très peu de temps, juste assez pour cuire les insectes dans l’alcool, et consommer de suite, encore chaud. Très bon avec de la crème Chantilly ou de la glace à la vanille pour un effet de « chaud et froid ».

Revue de presse "Mise en bouche" de Elodie Lagrange, dans le cadre de "Ça ne mange pas de pain !" : "Halal, obésité, street-food : sous le régime de la séparation ?". 11 juin 2010

Sources :

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