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vendredi 6 juin 2014

Alimentation et société
Étiquetage, contrefaçon, hygiène : le cœur au bord des lèvres

Après le scandale qui a entouré la viande de bœuf illégalement remplacée par de la viande de cheval, voilà une nouvelle atteinte faite au « bœuf ». Rien à voir toute fois avec nos amis les bovins, il s’agit ici de tomate. En l’occurrence, la si prisée « cœur de bœuf » est mise en cause depuis que certains dénoncent les combines de producteurs qui camouflent leurs tomates sous le nom de cette ancienne variété. Cette nouvelle supercherie utilisée par des fournisseurs de la grande distribution interroge les normes de l’étiquetage des produits alimentaires. Jusqu’à quel point peut-on faire confiance aux étiquettes ? Le point dans cette revue de presse de Maxime Crouchez-Pillot, stagiaire à la Mission Agrobiosciences.

Tomate, au cœur d’une nouvelle supercherie
La revue Challenges.fr nous apprend que les tomates « cœur de bœuf », stars actuelles des supermarchés, sont en fait à « 90% des contrefaçons, issues de croisements avec des variétés industrielles sans saveur ». Déclaration peu comode qui nous rappelle le scandale de 2013 autour des lasagnes au bœuf qui furent condamnées pour être en réalité des lasagnes hippiques. Mais que l’on se rassure, il s’agit bien là de tomates, aucune sorte de canasson végétal ne s’est infiltré sous la robe rouge de ces fruits grappeux, coup de cœur des ménages français (le marché pèse quand même 1,3 milliard d’euro). L’article de Jean-François Arnaud révèle la stratégie des producteurs bretons pour dynamiser les ventes. S’appuyant sur des paroles de consommateurs affirmant que les tomates d’autrefois avaient meilleur goût, les experts en marketing ont sauté sur l’occasion et « la filière bretonne s’est mise à produire en quantité industrielle des croisements de tomates ayant l’aspect des " cœur de bœuf " ou d’autres variétés anciennes ». Camoufler pour mieux régner, la devise est bonne, mais que les consommateurs ne s’y trompent pas, car ces tomates aux formes « anciennes » ne sont « cœur de bœuf » que d’aspect : un grossiste de Rungis, Alain Cohen, confie à Challenges que ces faux produits sont « insipides, creux, à la peau épaisse et de consistance farineuse, alors que la véritable cœur de bœuf est savoureuse, molle quand elle est mûre et ne se conserve pas plus de trois jours ».

A bas les bas prix ?

De son côté, le site breton Télégramme donne, dans un article du 19 mai 2014, des nouvelles plutôt inquiétantes. A partir d’un rapport de la Cour des comptes établi sur les résultats d’une enquête menée par la Brigade Nationale d’Enquête Vétérinaires et Phytosanitaires (BNEVP) sur la composition de certains produits « bas prix », la revue Internet dévoile la part inconnue de leur composition : « viandes gris-verdâtre impropres à la consommation humaine dans des charcuteries, moisissures, souris vivantes ou mortes, excréments de souris dans des étuves à chorizo, fromage ramassé à la raclette sur le sol pour en faire du fromage fondu (...) ». Jolie tambouille qui englue la formule d’accroche : « avec les premiers prix, pas de souci ? ». La Cour des comptes réagit vigoureusement : « L’offre des produits premiers prix peut paraître attractive, mais leur consommation systématique, par une population croissante, pourrait avoir, à terme, des répercussions sur la santé publique ». Et comme si se n’était pas suffisant, s’y ajoute que ces viandes « VSM, viande gros grain, viande 3 mm et viande Baader [1], ne sont en fait pas de la viande au sens de la réglementation européenne même si, du point de vue sanitaire, les produits issus de ces transformations, notamment ceux ayant reçu un traitement thermique, sont sûrs ». Ce n’est pas anodin, d’autant plus que l’article nous apprend plus loin que même les industriels ne savent pas où vont leurs produits : « près de la moitié d’entre eux pensaient que ces produits étaient destinés à l’alimentation animale ! » ...

Mais que fait la police (des normes alimentaires) ?
Comment faire alors pour ne pas tomber dans le piège de ces « faux produits » et autres malsainités ? Cela pose la question de la fiabilité de l’étiquetage censé, selon la Commission européenne, éviter tout quiproquo chez le consommateur. D’ailleurs, la Cour des comptes écrit dans ce même rapport, que « les industriels œuvrent pour que ces appellations soient encore moins explicites ». Les normes sont pourtant claires, d’autant qu’elles ont fait l’objet d’une actualisation suite au scandale hippique de 2013 : listes des ingrédients selon leur quantité dans le produit, conditions particulières de consommation et d’utilisation, lieu d’origine [2], date limite de consommation, mode d’emploi, présence d’OGM [3]. Mais le constat est là, elles ne permettent pas de prévenir le consommateur de ces trop récurrentes supercheries qui créent autant de fissures dans la confiance des consommateurs.

Consommateurs et malades, même combat
Plusieurs associations de consommateurs, de malades et des professionnels de santé interpellent les pouvoirs publics sur cette problématique d’importance en lançant une pétition pour l’éclaircissement de l’étiquetage des produits alimentaires. Dans le Nouvel Observateur, Jean-Louis Lambert, sociologue des pratiques alimentaires, explique que ces frondeurs défendent le modèle du code couleur proposé par Serge Hercberg et Arnaud Basdevant à la ministre de la Santé : « un même logo en cinq couleurs, qui permettrait de détailler la qualité nutritionnelle d’un produit » En effet, « la réglementation impose un étiquetage sur la majorité des aliments préemballés, mais dans une langue incompréhensible pour 99 % des consommateurs. Et même les connaisseurs de la langue (les nutritionnistes) reconnaissent leur incapacité à utiliser des informations comme la composition en fibres par exemple. L’idée de synthétiser et simplifier l’information par des codes couleurs paraît donc intéressante ». Les associations de consommateurs et de médecins se basent sur le modèle tricolore (vert, orange et rouge) établi en Grande Bretagne en ajoutant deux couleurs intermédiaires : le jaune et le rose, respectivement avant et après le orange, permettant, semble-t-il, de faire la différence entre les produits aux fortes valeurs nutritionnelles et ceux de moins bonne qualité nutritive. Mais il reste toujours le cas des produits seuls (légumes, fruits, etc.) qui ne font l’objet d’aucune obligation d’étiquetage quant à leurs valeurs nutritionnelles.

Rappelons cependant que de nombreux acteurs ne sont pas d’accord avec ce score nutritionnel jugé trop déconnecté des cultures alimentaires et à terme peu efficace. Pratiqué dans les pays anglo-saxons, le fameux code couleur nutritionnel attribué aux produits alimentaires finit par être si bien intégré par les consommateurs que ceux-ci ne les voient plus et n’en tiennent plus compte, à l’instar des messages sanitaires plaqués sur les paquets de cigarette… En clair, le tricolore devient transparent.

Chez nos voisins...
Les batailles engagées ne sont pas toujours victorieuses, ainsi, la revue suisse Le Temps révèle que « le Conseil national Suisse renonce à durcir la révision de la loi sur les denrées alimentaires. Les consommateurs ne pourront pas connaître la provenance des matières premières des aliments préemballés, et les clients des restaurants n’auront pas accès aux rapports d’hygiène ». Et on pourrait aussi mentionner le cas des Etats-Unis qui n’impose pas (encore ?) la signalisation d’OGM dans les produits de consommation. La lutte pour la transparence sur les denrées alimentaires est loin d’être terminée… Mais à cœur vaillant…

Une revue de presse de Maxime Crouchez-Pillot, le 6 juin 2014

Sources :



[1Pour tout savoir sur la préparation de ces viandes VSM, Baader… voir la note du ministère de l’Agriculture sur « la Production de viandes séparées mécaniquement dans les établissements agréés »

[2Si l’omission induit en erreur le consommateur

[3Si leur taux est supérieur à 0.9% dans la composition du produit

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