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mercredi 16 février 2011

Prix agricoles et alimentaires : la redoutable ascension

C’est là un sujet récurrent depuis plusieurs mois : les prix des matières premières agricoles, tout particulièrement les céréales, ne cessent de grimper en flèche sur les marchés mondiaux. Si, initialement, c’est la mesure qui prédominait quant à l’ampleur ou la durabilité de cette hausse, la situation est désormais toute autre. Car loin de s’endiguer, la hausse perdure et s’accentue. Augmentation du prix des denrées alimentaires ici, possible retour des émeutes de la faim ailleurs, le contexte actuel a comme un arrière-goût de déjà vu. Tour d’horizon des répercussions de cette "flambée" des prix des matières premières agricoles au fil de cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Souviens-toi l’été dernier
La situation est critique depuis plusieurs mois. Dans une brève du 25 août 2010, le CIHEAM – le Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes – se faisait déjà l’écho de «  l’agitation [qui gagnait] les marchés mondiaux du blé  ». Alors, en l’espace de quelques mois, de mai à août 2010, le prix du blé avait «  grimpé de 54% ». Pour cette organisation intergouvernementale, le contexte s’annonçait tendu : sécheresse en Russie, prévisions de récolte moindre dans les pays fortement producteurs et traditionnellement exportateurs comme l’Ukraine ou le Canada... Autant d’éléments qui laissaient craindre une persistance de l’augmentation des prix agricoles sur les marchés mondiaux.
Pourtant, à la fin de l’été, la FAO [1] se voulait rassurante : d’une part « le marché mondial du blé restait nettement plus équilibré que lors de la crise alimentaire de 2007/2008 ». D’autre part, après deux années exceptionnelles, les stocks mondiaux étaient au plus haut. Bref, alors, il n’y avait vraiment «  pas de quoi paniquer », pour reprendre les termes employés à l’époque par l’Usine Nouvelle.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Les cours mondiaux ont continué leur escalade avec de multiples incidences.

Qui sème le vent, récolte l’émeute
Dans sa revue de presse du 6 janvier dernier, la Mission Agrobiosciences rappelait que « tous les ingrédients [étaient] de nouveau réunis pour une nouvelle flambée des prix et la révolte des populations ». Sans présupposer de ce qui allait se dérouler en Tunisie et en Egypte.
A propos de ces deux révolutions, les médias ont insisté sur le rôle joué par les réseaux sociaux, à l’instar de Facebook. Reste que, comme le soulignent les personnalités interrogées par la MAA suite à ces événements, il ne faut pas évincer de l’équation, le contexte agricole et alimentaire des pays du Sud de la Méditerranée. Ces derniers sont en effet extrêmement dépendants des importations de céréales, donc très sensibles aux fluctuations du marché international. Comme l’indiquait le sociologue Bertrand Hervieu en février 2008 : « si les prix augmentent, c’est l’émeute ».

Elevage : le compte n’y est pas
Impossible ensuite de ne pas évoquer les difficultés rencontrées par les filières porcines et bovines. Là encore, la situation est critique depuis plusieurs mois. Le 14 septembre dernier, Bruno Le Maire, ministre en charge de l’agriculture, avait annoncé plusieurs mesures pour soutenir une filière prise «  en tenaille entre la hausse du coût de l’aliment du bétail et des prix de vente très bas depuis plusieurs années » (Le Monde). Rien n’y fait. Ce mercredi 26 janvier 2011, les éleveurs porcins étaient près de 1000 à manifester à Paris pour protester toujours et encore contre l’augmentation des prix. Le Président de la Fédération nationale porcine, Jean-Michel Serres, explique à France Info que, suite à l’envolée des cours des céréales, « la nourriture pour animaux a augmenté de 50% ». Alors que le prix d’achat du porc aux producteurs reste, lui, très bas. « Il nous manque 20 à 30 centimes d’euro par kilo de carcasse pour équilibrer. Des éleveurs tomberont au printemps  » lâche l’un d’entre eux à Ouest France.

A la recherche de l’équilibre perdu
C’est dans ce contexte que s’est tenu ce mercredi 2 février une table ronde réunissant les acteurs de la chaîne alimentaire, du producteur au distribueur. A l’issue de celle-ci, Bruno Le Maire et le secrétaire d’Etat en charge de la consommation Frédéric Lefèvre, ont annoncé que la hausse des prix des matières premières agricoles devra être répercutée sur les prix de l’alimentation. « Nous sommes là pour défendre le pouvoir d’achat des producteurs comme des consommateurs. Il faut trouver un juste équilibre entre la nécessaire rémunération des producteurs agricoles et la défense du pouvoir d’achat des consommateurs », a précisé le ministre en charge de l’agriculture (La France Agricole).
La hausse concernera principalement les viandes bovines et porcines ainsi que la volaille. (Le Monde, les Echos). « Si leur prix de vente n’augmente pas, ce sont des milliers d’exploitants agricoles qui vont disparaître en France  » a ajouté le ministre (Le Figaro).

L’inquiétude grandit
Du côté de la FAO, les dernières données publiées ne sont guère rassurantes. Le 3 février 2011, l’organisation indiquait que « les prix alimentaires mondiaux [avaient] atteint un nouveau pic historique en janvier, pour le septième mois consécutif  ». Il s’agit là du «  plus haut niveau jamais atteint [..] depuis que la FAO a commencé à mesurer les prix alimentaires en 1990 ». Cette hausse concerne l’ensemble des matières premières alimentaires, exception faite de la viande dont les prix restent, à ce jour, inchangés. Pour la FAO, la principale source de préoccupation n’est pas l’augmentation en elle-même mais sa persistance : « ces prix élevés devraient se maintenir dans les mois à venir ». D’où la crainte que ne surviennent de nouvelles émeutes de la faim.

A qui la faute ?
Alors que les prix des matières premières agricoles grimpent en flèche, qu’est annoncé ici une hausse des prix de l’alimentation, qu’ailleurs on craint un retour des "révoltes frumentaires", on cherche de nouveau à désigner les coupables.
Pour l’humanité qui cite la FAO, les ressorts sont multiples : certes, il y a une chute de la production mondiale suite à plusieurs incidents climatiques. Mais « il y a d’autres causes comme les choix politiques de pays exportateurs, les fluctuations des devises. Sans oublier la forte spéculation à laquelle on assiste depuis des mois sur l’ensemble des matières premières y compris agricoles. Après la crise de 2008 et la chute des valeurs boursières, d’importants capitaux se sont reportés sur ce [type] marché  », explique le quotidien. Une analyse que partage Paris. Le gouvernement français attribue en effet cette flambée à la fois aux aléas climatiques mais aussi à la spéculation. « Un argument qui lui a valu un différend avec Bruxelles » rapporte le quotidien Le Monde. « Sous la pression de Paris, la Commission européenne a d’ailleurs reconnu un lien entre certaines activités financières et l’envolée des prix des matières premières, notamment agricoles, mais refuse néanmoins d’expliquer cette dernière par la seule spéculation financière ».
En attendant, les cours mondiaux, eux, poursuivent leur redoutable ascension.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 16 février 2011

Sources de la revue de presse :


[1Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

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