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vendredi 6 avril 2012

La pénurie d’œufs couve ? Adoptez une poule !

La poule aux œufs d’or ?
Longtemps considérés comme des protéines à bas coût, les œufs vont-ils faire long feu ? S’ils ne se vendent pas encore à prix d’or, depuis quelques mois leur prix atteint des records. Les raisons de cette envolée ?
Depuis le 1er janvier 2012, les éleveurs sont dans l’obligation de mettre aux normes européennes [1] les cages de leurs poules pondeuses. Comprenez, l’espace vital pour chaque bête doit passer de 550 cm2 (soit la surface d’une feuille A4) à 750 cm2. En clair, les animaux gagneront l’équivalent de la surface d’une carte postale et quelques aménagements, comme des perchoirs, litières et autres nids artificiels. Si les associations de défense des animaux déplorent cette mesurette « bien-être animal », reste que pour répondre à la directive européenne, les éleveurs ont du changer leurs cages voire, pour certains, revoir complètement leurs bâtiments. Et les 5% des éleveurs qui n’ont pas modernisé leurs installations à temps - la mise aux normes était pourtant annoncée depuis… 1999-, ont été sommés de cesser leur production.
Avec ce résultat : ces arrêts définitifs ou temporaires entraînent une réduction du nombre de poules et une pénurie d’œufs. Au total, quelque 21 millions d’œufs manquent chaque semaine en France sur un marché en produisant 14 milliards, hebdomadairement. Assez peu somme toute, mais suffisamment pour que s’envolent les cours, qui ont pratiquement doublé par rapport à la moyenne de 2011. A cette nuance près : le prix de cette rareté ne pèsera pas pour tous de la même manière car - le saviez-vous ?- il existe deux marchés.

Qui va payer les pots cassés ?
Celui de l’œuf cassé concerne les oeufs utilisés dans l’industrie et vendus aux entreprises qui les transforment, avant de les revendre aux biscuitiers, pâtissiers et autres fabricants de pâtes alimentaires. L’autre, le marché de l’œuf coquille, s’intéresse à la GMS (grande et moyenne surface) et au hard-discount et aux consommateurs finaux que nous sommes.
Les premiers paient actuellement les œufs de 75 à 120 % plus chers que l’an passé, alors que cette matière première est essentielle pour leur activité, avec ce danger exprimé dans 20 minutes par Gilles Guillaume, de l’Union des Groupements de Producteurs de Viande de Bretagne (UGPVB) : « Ils se servent sur le marché libre où ils réalisent des achats de spot [au comptant, NDLR]. Il n’y a pas de relation contractualisée. » Certains sont proches du dépôt de bilan. Dangereux pour ce secteur employant plus de 100 000 salariés, pour 17,3 milliards d’euros.
En revanche, le consommateur d’œufs qui se fournit dans les GMS ne devrait pas trop subir le contrecoup de la pénurie, car les grandes et moyennes surfaces, elles, fonctionnent dans des relations très contractualisées. Le prix n’a d’ailleurs grimpé que de 1% pour le bio et de 2% pour le Label Rouge, entre novembre et février. En revanche, les hard-discounteurs, qui se fournissent par appel d’offres à la semaine au niveau européen, répercuteront sans doute le surcoût. Il faut dire que le déficit européen devrait atteindre 20% en juin prochain.
Pour l’Association UFC Que Choisir « même si les aviculteurs avaient anticipé ces nouvelles normes, les prix seraient aujourd’hui à la hausse, car les céréales qui constituent la base de l’alimentation des poules sont en train de flamber, or l’alimentation représente 60 à 70% du prix de production d’un œuf. » Et l’association, vigilante, de faire les comptes : « Un œuf coûte moins de 10 centimes au prix de gros. Il va prendre 10 % » Il coûtera donc 11 centimes au maximum en juillet, une fois la réglementation absorbée par les producteurs et la production revenue à son niveau normal. Et d’en tirer cette conclusion : si les œufs au détail grimpaient de 30% dans les mois à venir et ne redescendaient pas d’ici la fin de l’année, ce ne serait ni du fait de la Commission européenne, ni des producteurs mais, hypothèse très probable, de la grande distribution.

Adoptez une poule pondeuse
Ce n’est pas nouveau, le prix des œufs ne cessent d’augmenter : + 60% en dix ans, pour la boîte de six, rappelle le Figaro. Réplique des consommateurs finauds : s’approvisionner à la source, en achetant non plus des œufs, mais des poules. D’ailleurs, les ventes de gallinacés ont doublé, parfois triplé chez Truffaut ou Botanic. Cet engouement des citadins pour les œufs frais « constitue un vrai business » pour les enseignes depuis, surtout, que la grippe aviaire ne fait plus peur.
Certes le marché est encore maigre, au regard des 800 000 chiens vendus en France chaque année, mais la jardinerie spécialisée Truffaut confie à Challenges « avoir vendu près de 20 000 poules et poussins en 2011 et avoir constaté un doublement de ses ventes chaque année depuis 2009 ».
Nouveaux animaux de compagnie des trentenaires branchés, des bobos aisés et des cadres sup des zones périurbaines, les poules sont installées dans de petits enclos derrière la maison et les gosses en sont dingues ! Ludiques (chercher les œufs), pédagogiques (l’œuf, la poule, la reproduction, la chaîne alimentaire…) et économiques : sachant qu’une poule pond de 250 à 300 œufs par an, elle répond aux besoins de consommation d’une famille.
Quant à ceux qui ont peur du bruit, les professionnels leur conseillent des races discrètes, au doux caquètement, comme les nègres de soie. Prix de cette tranquillité : de 40 à 60 euros l’animal qui, pour bien pondre, doit être heureuse et disposer de poulailler et autres accessoires plus ou moins onéreux. Vous avez dit business ?
Enfin, la poule, c’est écolo. Prenez Pincé, ce petit village sarthois (90 foyers, 200 habitants). A partir de septembre, les élus offriront deux poules pondeuses aux foyers volontaires afin de les aider à réduire leurs déchets. Certes, la commune est au cœur de la zone où sont élevés les poulets de Loué mais, surtout, elle a instauré la redevance incitative à la collecte des déchets et compte bien par cette opération limiter le traitement des ordures ménagères. Car en ingérant de 150 à 200 kg de déchets organiques par an, les poules sont de véritables composteurs sur pattes.

Le chocolat aussi bat de l’aile…
Mais que tous ceux qui sont las d’offrir le sempiternel chocolat pascalien, et seraient tentés par l’achat plus pittoresque d’une poule Nègre soie blanche, d’une Hollandaise huppée ou d’une Bantam de Pékin couleur porcelaine, y réfléchissent à deux fois. Car il y a un hic. Selon Agromedia « une menace plane sur la filière cacao » et nous pourrions venir à manquer de chocolat. En cause, la demande mondiale qui explose (Chine et Brésil), à laquelle il faut ajouter le vieillissement des plants de cacao, non remplacés par les producteurs qui préfèrent se tourner vers le caoutchouc et l’huile de palme. Des cultures moins exigeantes et tout aussi rentables. Le prix du cacao pourrait donc flamber, changeant nos traditionnels œufs de Pâques en produits de luxe ! Mais ça, c’est une autre histoire.

La revue de presse de la Mission Agrobiosciences. 6 avril 2012.

Sources

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