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30 janvier 2008, Le Monde, Le Figaro

jeudi 31 janvier 2008

L’avenir de la Recherche vu par le Président Sarkozy. Plus de bio dans les hypermarchés et moins de CO2 dans l’air. Le dur métier de lanceur d’alerte. Pierre Le Hir, envoyé spécial du Monde rend compte du discours du Président de la République Nicolas Sarkozy sur le campus d’Orsay le 28 janvier lors de l’hommage rendu au prix Nobel de physique 2007, Albert Fert. L’occasion pour le Président de la République d’exposer sa vision de l’organisation de la recherche française pour les années à venir. Après avoir salué ""la qualité exceptionnelle" de nos scientifiques" rapporte le correspondant du Monde, le Président Sarkozy s’est inquiété d’un dispositif ""vieux d’un demi-siècle et qui nous pénalise" gangréné par la "balkanisation" et menacé de "paralysie"". "D’ici 2012, nous porterons à 3% du PIB notre effort de recherche, ce qui signifie 15 milliards d’euros supplémentaires, dont 4 à la charge de la puissance publique." a déclaré Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, il conviendra de ""mettre progressivement l’université au centre de notre dispositif de recherche, sur le modèle des "systèmes les plus performants du monde" écrit le journaliste du Monde. Le CNRS devrait voir ses missions "redéfinies" et devenir un exécutant. En outre, le chef de l’Etat a déclaré que "toutes les autres activités ont vocation à se développer dans les laboratoires universitaires, dans un esprit de compétition." Le statut des chercheurs sera revu et Nicolas Sarkozy "souhaite, à la faveur du remplacement des 30% qui prendront leur retraite d’ici 2012, "introduire un peu de flexibilité", avec "des rémunérations plus attractives pour les jeunes docteurs les plus brillants" note Pierre Le Hir. Ce discours n’est pas du goût de Bertrand Monthubert, président de Sauvons la recherche qui se dit "consterné" et espérait que "le principe de réalité l’emporterait sur l’idéologie". "Avec ce discours iconoclaste, M. Sarkozy assume le risque de relancer la fronde des scientifiques" écrit le correspondant du Monde.
Caroline de Malet et Marielle Court du Figaro nous racontent que Jean-Louis Borloo, Ministre de l’Ecologie, vient de signer deux conventions, l’une pour "accroître la part du bio dans les ventes des hypermarchés", l’autre, pour "réduire les émissions de CO2 dans le secteur aérien." Le "Grenelle" de l’environnement est en marche. Jérôme Bédier, président de la FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution) se félicite de l’initiative : "Il n’y a pas d’autres exemples en Europe où toute la profession se lance ainsi dans une démarche globale." Cependant nos consoeurs se demandent "si le consommateur qui est principalement guidé par le prix dans ses achats est prêt à suivre ces évolutions." Plus de produits bio et moins de CO2 dans l’atmosphère. La convention signée avec le secteur aérien prévoit "de baisser de 50% d’ici 2020 les émissions de CO2 des nouveaux avions." Cela passe par la modernisation de la flotte car concluent les correspondantes du Figaro "20% des appareils les plus anciens sont en effet responsables de 60% des émissions." Le journal Le Monde revient sous la plume de Nathalie Brafman et Laurence Caramel sur ces deux informations. Dans leur article, Bernard Cressens, directeur des programmes WWF France fait part de son analyse : "Il faut que l’information demeure lisible pour les consommateurs, ce que la multiplication des labels ne favorise pas. [Par ailleurs], la labellisation ne doit surtout pas être une barrière infranchissable pour les petits producteurs. Sinon l’alimentation de qualité restera réservée à une minorité. Or, nous voulons au contraire qu’elle devienne accessible à l’ensemble des Français." Cependant estime M. Cressens : "L’implication plus forte de la grande distribution peut constituer un atout majeur pour sortir l’agriculture biologique de la position marginale qu’elle occupe aujourd’hui." L’empreinte écologique est en marche.
Toujours dans le très sérieux Monde, Raphaëlle Besse Desmoulières a interrogé André Cicolella, chercheur en santé environnementale à l’Ineris au sujet de la traduction en justice de Pierre Meneton, chargé de recherche à l’Inserm, "pour avoir dénoncé le poids des lobbies dans le domaine de la santé" écrit la journaliste. L’interview porte entre autre sur le rôle des lanceurs d’alertes. "Un lanceur d’alerte, c’est un scientifique mais ça peut être aussi un citoyen" déclare André Cicolella. Auparavant l’interviewé avait précisé que "quand on est dans une situation de recherche sur des sujets de santé publique, il est tout à fait légitime et même nécessaire de communiquer sur ses résultats. C’est pour ça que les chercheurs sont payés mais ils ne le font pas." D’où la demande d’une loi de protection de l’alerte et de l’expertise explique le chercheur de l’Ineris. "Cette loi doit prévoir la création d’une haute autorité indépendante, comme la Halde [Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité], ou la CNIL [Commission nationale de l’informatique et des libertés]. On a besoin d’une autorité administrative qui soit là pour définir la déontologie de l’expertise, la faire respecter et être un lieu qui pourrait être saisi en cas de conflit sur ces questions" précise en conclusion André Cicolella.


Voir en ligne : Risques sanitaires et alimentaires et lanceurs d’alerte par Didier Torny, sociologue à l’EHESS. Une conférence éditée par le magazine de la Mission Agrobiosciences.

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