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27 juin 2005, Libération, Le Monde, L’Humanité, Le Monde Diplomatique et Le Potentiel (Kinshasa)

lundi 27 juin 2005

L’idée de décroissance fait son chemin. Ils vivent en France sans voiture ni frigo ou télé et le revendiquent comme un choix délibéré. Libération tente un portrait de groupe de ces « objecteurs de croissance », décrits comme une « tribu » qui recrute de nouveaux adeptes chez les alter, les écologistes, les déçus de la gauche et d’autres qui se disent « apolitiques ». Le journal a adressé un questionnaire à ces militants « considérés par la majorité des gens comme de doux dingues, des utopistes ». « La vie d’un objecteur de croissance au coeur d’une société de croissance est une succession de contradictions, plus ou moins grosses, mais toutes supportables », résume Laure Noualhat. La journaliste avait déjà consacré un article au début du mois à la marche pour la décroissance, lancée de Lyon le 7 juin dans la foulée de François Schneider, « un doux dingue » qui vient de faire un tour de France anticonsumériste avec son âne Jujube. « Une utopie est en marche », signalait alors Laure Noualhat, indiquant dans un encadré qu’un mouvement politique était « en gestation ». « Peut-on changer le monde en marchant avec des ânes », se demandait également Le Monde ? Hervé Kempf y expliquait que le périple de François Schneider, présenté cette fois comme « un ingénieur écologue de 38 ans », avait donné « l’impulsion » à une marche collective de militants qui se rendent au circuit automobile de Magny-Cours pour demander la suppression du grand prix de Formule 1, « loisir anachronique réservé à une vingtaine de gosses de riches ». Le Grand Prix n’est que la pointe d’une critique plus large, signale le journaliste, pour qui la décroissance « implique un changement radical de société ». Visiblement moins attiré que sa consoeur de Libération sur le mode de vie concret des "décroissants" que par leurs idées, le journaliste du Monde a également sollicité les réactions de José Bové et Nicolas Hulot. Ces deux icones médiatiques semblent partager l’idée d’un changement radical. José Bové plaide pour une « relocalisation de l’économie », Nicolas Hulot pour un « découplage entre croissance économique et croissance des flux matériels. » « Mais je ne crois pas que la décroissance économique puisse se faire sans un chaos social », ajoute l’animateur de télévision. Même dichotomie dans la dernière livraison de Manière de Voir, supplément du Monde Diplomatique consacré au « grand défi » de l’écologie. Alors que l’économiste Serge Latouche plaide « drastiquement pour une société de décroissance », son homologue Benjamin Dessus parle de « développement par la sobriété » et Jean-Marie Harribey, également économiste, préfère « dissocier les concepts de croissance et de développement », résume Chantal Aubry dans sa présentation. L’Humanité préfère clairement la troisième proposition. Le journal a publié une interview de Jean-Marie Harribey le 30 mai dernier, à l’occasion de la semaine du développement durable. « Le paradoxe de ce concept est que presque tout le monde l’a fait sien. Or ses conceptions sous-jacentes sont antagonistes, car on ne peut concevoir une croissance économique éternelle », expliquait alors le coordonnateur du livre d’ATTAC, Le développement a-t-il un avenir ?. Mais il ajoutait aussitôt : « cela ne signifie pas pour autant, comme le croient certains radicaux, qu’il faille s’avancer vers une décroissance uniforme selon les productions et selon les pays. C’est aussi absurde qu’une croissance infinie. »
Le débat sur les limites du développement durable touche aussi l’Afrique. « C’est une bouée de sauvetage à laquelle se raccrochent les gouvernements fervents partisans et pourvoyeurs de l’agriculture intensive, les chefs d’entreprises multinationales gaspillant les ressources, déversant sans vergogne leurs déchets et affrétant des bateaux-poubelles, les organisations non gouvernementales ne sachant plus que faire et les économistes pris en flagrant délit d’ignorance des contraintes naturelles », affirmait début juin le quotidien congolais Le Potentiel dans une longue analyse posant ouvertement la question : faut-il renoncer au développement ? L’article reproche aux partisans de la décroissance d’être aussi « antidéveloppementistes » et s’interroge : « les populations pauvres peuvent-elles accroître leur production ou bien les sociétés de « non-croissance » doivent-elles rester pauvres ? » En guise de réponse à distance, le sociologue Paul Ariès, l’un des maîtres à penser du mouvement en France, précise à Hervé Kempf dans Le Monde : « la décroissance n’est pas (...) la décroissance de tout pour tous : elle concerne d’abord les sociétés opulentes et les gens opulents ».


Voir en ligne : En France, le mouvement en appelle désormais à la "décroissance équitable" et prépare les échéances électorales de 2007

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