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25 octobre 2005, Libération et Le Monde

mardi 25 octobre 2005

Un énorme projet de canal d’irrigation contesté au Brésil. Un évêque brésilien Mgr Cappio, a mené une grève de la faim pour s’opposer au transfert d’une partie des eaux du fleuve Sao Fransisco vers les terres semi-arides du Nordeste. Il a obtenu du président Lula la réouverture du débat sur ce vieux projet controversé, annonce aujourd’hui Libération. La correspondante du journal à Sao Paulo se demande pourquoi le président brésilien se montrait disposé à donner son feu vert à ce projet qu’il qualifie aujourd’hui d’« humanitaire », alors qu’il le dénonçait hier quand il était dans l’opposition. Chantal Rayes y voit une motivation électoraliste. La journaliste avait raconté dans un précédent article publié au mois de juillet comment Lula voulait se montrer « généreux avec cette région aride dont il est originaire ». Dans le Nordeste, où des élus « monnaient les camions-citernes en échange de leur bon vote », raconte Chantal Rayes, « on croit dur comme fer que la dérivation du São Francisco, promise depuis plus d’un siècle et demi, va résoudre le problème de la sécheresse ». Mais selon un géographe brésilien cité par la journaliste, « le projet ne répond pas aux nécessités des 2,2 millions de familles rurales qui vivent dans les régions reculées du sertão, et font des kilomètres pour se procurer une eau sale à boire ». Pour les opposants, les principaux bénéficiaires de cet apport d’eau supplémentaire ne seront pas les pauvres, mais les groupes d’entrepreneurs qui convoitent ce marché public et la grande agriculture irriguée et exportatrice de la région, résume la correspondante de Libération. Sa consoeur du Monde va dans le même sens et expliquait dans un article paru au début du mois que « la chaleur et l’eau permettent six saisons de cueillette du raisin, plusieurs de mangues » dans le Nordeste, qui exporte ses fruits par avions-cargos depuis l’aéroport de Petrolina. Annie Gasnier ajoute que la grève de la faim de l’évêque ne fait pas l’unanimité au sein de l’église catholique et de l’épiscopat, et que « des prélats de la région concernée par le détournement des eaux ont condamné publiquement la "position extrême" de Mgr Cappio et rappelé leur soutien au projet gouvernemental ». Dans la même édition du Monde, le chroniqueur Eric Fottorino, qui n’avait manifestement pas lu l’article de la correspondante, se moquait d’ailleurs de cet évêque « qui veut seulement empêcher que les hommes défassent l’oeuvre du Créateur ».


Voir en ligne : Présentation du dossier sur le site du comité de bassin de Sao Fransisco (en portugais)

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