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21 avril 2005, Libération, Le Monde et L’Express

jeudi 21 avril 2005

Dioxine : de la guerre du Vietnam à la guérilla judiciaire en Savoie. Reconnue cancérigène, la dioxine pourrait-elle aussi provoquer des maladies génétiques ? Au Vietnam, on en est persuadé. Dans la ville de Da Nang, l’envoyé spécial de Libération décrit les membres déformés de deux des 1.000 enfants « officiellement reconnus comme ayant été contaminés par la dioxine ». « Pourtant, il est difficile d’établir un lien scientifique incontestable entre les 200 000 enfants qui, chaque année, naissent au Vietnam avec des malformations attribuées à la dioxine et l’agent orange », écrit Albéric de Gouville. L’envoyé spécial de Libération explique que les Vietnamiens ne comprennent pas pourquoi la plainte déposée par l’Etat vietnamien contre des fabricants de défoliants aux Etats-Unis, a été rejetée par la cour fédérale de Brooklyn alors que les vétérans de l’armée américaine ont été indemnisés. Sept entreprises américaines avaient versé 180 millions de dollars à 10 000 vétérans américains pour éviter qu’ils ne portent plainte devant les tribunaux, rappelle un deuxième article de Libération. Mais Sylvie Briet explique que si « le lien entre l’exposition à la dioxine et certains cancers est avéré », « l’impact de la dioxine sur le matériel génétique n’est pas scientifiquement prouvé ».
Le procès de la dioxine est aussi instruit en France. A Albertville, une jeune juge d’instruction, Hélène Lastéra refuse d’être déssaisie du dossier de l’incinérateur d’ordues ménagères de Gilly-sur-Isère, annonce également Libération. La juge s’apprêtait à convoquer deux anciens préfets de Savoie pour les mettre en examen, indique le journal. « On lui prête ensuite l’intention d’entendre trois anciens ministres de l’Environnement. Michel Barnier, Dominique Voynet et Corinne Lepage », ajoute Olivier Bertrand, envoyé spécial à Albertville. La correspondante du Monde à Chambéry expliquait le 19 avril dernier que la justice tente de savoir s’il y a eu concertation entre les élus pour retarder les investissements, avec l’aval des préfets successifs, alors que les dangers de la dioxine étaient connus. « Les agriculteurs ont été les premières victimes de la pollution par la dioxine, découverte en octobre 2001, autour de l’incinérateur : 365 exploitations agricoles touchées, 7 050 bovins, ovins, caprins abattus sur un cheptel total de 8 000 têtes, 2 230 tonnes de lait, 30 tonnes de fromage détruites et 12 000 tonnes de foin contaminées », rappelle Nathalie Grynszpan dans un article annexe. Plusieurs études ont été lancées. « Les résultats, attendus pour début 2007, ne devraient toutefois pas permettre d’établir un lien de causalité direct entre la pollution d’une usine d’incinération et l’apparition de cancers », note la journaliste du Monde, qui souligne que « la communauté scientifique ne s’accorde pas encore sur ses conséquences pour une population soumise à une exposition prolongée à de faibles doses ». Pour Libération, qui suit attentivement l’affaire, le dossier instruit depuis trois ans à Albertville est une affaire exemplaire de pollution à la dioxine. « Le lien entre dioxine et cancers est très compliqué à établir. Mais le dossier d’Albertville est devenu un exemple », écrivait Olivier Bertrand le 31 mars dernier. Le journaliste s’intéresse aussi à la dimension politique et humaine de l’affaire. L’ancien responsable de la DRIRE en Isère, Alain Vallet, avait demandé à ses subordonnées ne pas contrôler une usine qu’il savait non-conforme, expliquait le 11 avril le correspondant lyonnais de Libération.


Voir en ligne : Les incinérateurs rejettent de moins en moins de dioxine, mais les riverains continuent de s’inquiéter pour leur santé, selon un article paru dans L’Express du 11 avril

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