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20 minutes, Libération, Les Echos, Le journal de l’environnement, Green and Sciencewashing (blog d’Olivier Dubuquoy - Médiapart), Télérama

vendredi 15 novembre 2013

L’économie circulaire, une idée qui passe en boucle ?

Après l’économie sociale et solidaire en lutte contre l’économie de marché, le temps est-il venu de l’économie circulaire contre l’économie linéaire ? Au rayon des modèles réputés vertueux, respectueux de l’environnement, économes en énergie et générateurs d’emplois locaux, ce type d’économie a tout pour plaire. Elle ne manque d’ailleurs pas de soutien, ni de moyens pour se faire connaître. Et encore moins d’adeptes. A l’heure où, des industriels aux associations, beaucoup se réclament de l’économie circulaire, on finit par se demander ce que ce terme désigne. La Mission Agrobiosciences fait le point sur ces questions.

Les 4 piliers de l’économie circulaire

L’économie linéaire est basée sur le principe de l’obsolescence programmée : un produit est fabriqué, distribué, acheté, puis jeté et remplacé une fois défectueux. L’économie circulaire vise à casser ce cercle, jugé vicieux, créateur de déchets, basé sur des ressources illimitées et une capacité infinie à les absorber. Mais attention, ce modèle ne vise pas à simplement le recyclage. Le principe, selon le philosophe Dominique Bourg (20 minutes), tient «  à la règle des 4 R : réduire, réutiliser, refabriquer, recycler. »
Dans un article fouillé, Libération nous apprend qu’il s’agit d’un système intégré dans lequel la réutilisation de matériaux est pensée dès la conception des produits ; la mutualisation des outils ou des objets devient la règle et non l’exception… L’impact de chaque produit sur l’environnement se doit d’être minime et la collaboration entre acteurs la plus grande possible : c’est de « l’écologie industrielle » couplée à de « l’économie de fonctionnalité ». Et ce serait rentable : les gains économiques pourraient se chiffrer en milliards d’euros dans les prochaines années.

Des soutiens transpartisans

Déjà bien avancé dans des pays comme le Japon, l’Allemagne ou la Chine, dans lesquels des lois existent, le concept d’économie circulaire accuse un certain retard en France. L’idée fait néanmoins son chemin dans l’hexagone. Elle est portée par l’Institut de l’économie circulaire, représenté par le député vert François-Michel Lambert, très actif sur la question (voir son portrait dans Libération par Laure Equy), et la sénatrice UDI Chantal Jouanno. A leur initiative, le 6 novembre, ont eu lieu les premières rencontres parlementaires pour l’économie circulaire. Des personnalités de tous bords politiques étaient présentes, notamment le Ministre de l’Economie sociale et solidaire et de la Consommation, Benoît Hamon (Les Echos, le journal de l’environnement). L’objectif de ces rencontres était d’insister sur la nécessité d’une mise en place rapide d’une loi-cadre de promotion de l’économie circulaire.
D’autres personnalités de la société civile soutiennent cette idée. Libération rappelle que la navigatrice Ellen McArthur a été une des premières à militer pour l’économie circulaire. Quant à Nicolas Hulot, il a proposé le concept au monde politique dès 2007 et souhaite désormais profiter de sa mission d’envoyé spécial pour la protection de la planète, pour promouvoir ce modèle au niveau mondial (Télérama).

Un concept rémunérateur ?

Dans son blog hébergé par Médiapart, le géographe Olivier Dubuquoy se fait quant à lui critique sur les partisans de l’économie circulaire. Son credo : de grands groupes tels que Veolia, Alteo ou l’association française de l’aluminium sont membres de l’Institut pour l’économie circulaire. Selon lui, ces derniers soutiendraient ce modèle plus pour verdir leur image que pour réformer les modèles économiques actuels. On pourra également lire sur son blog comment l’économie circulaire permettrait à certains de transformer leurs déchets, souvent polluants, en produits rémunérateurs....

Des perceptions différentes

Au-delà des polémiques sur les motivations de chacun, il faut bien noter que ce modèle n’est pas quelque chose d’uniforme. Différents niveaux d’intégration ou de perception existent. Ainsi, tout un chacun prétend déjà faire à son échelle de l’économie circulaire. Par exemple, le gouvernement affirme participer à sa promotion par le biais des politiques menées pour une plus grande durabilité des produits (Benoît Hamon, le journal de l’environnement), ou pour la valorisation des déchets (Arnaud Montebourg, Libération). Quant à l’association Emmaüs, elle y voit une justification de son action depuis près de 60 ans : récupérer et réparer des produits, en parallèle à une « remise en cause de nos modes de consommation frénétique » (le journal de l’environnement).
En dehors de ces cadres administratifs ou militants, des pratiques d’économie circulaire se retrouvent de plus en plus dans des initiatives d’entreprises privées (Libération) : mutualisation de locaux, de matériel ou de logistique, transformation en ressources des déchets d’une entreprise voisine, prêt de matériel sur du (très) long terme. Autant d’initiatives qui peuvent diminuer le coût des matières premières et faire des économies. Les Echos pointent néanmoins que, pour l’heure, pour «  réaliser un bénéfice commercial avec des modèles basés sur les services, dans lesquels les consommateurs sont encouragés à réparer ou louer plutôt que d’acheter des produits neufs, le système d’échange international doit être modifié. »
Les citoyens peuvent également agir à titre individuel. Dans 20 minutes, Dominique Bourg prend l’exemple de la mutualisation de voitures ou de logement via des sites internet comme Blablacar [1] ou Airbnb [2] qui relèveraient de l’économie circulaire.

Les adeptes du co-voiturage pratiqueraient la circularité sans le savoir ? Face à la multiplicité des discours et des revendications, il serait sans doute utile que les différents acteurs s’accordent sur ce qui relève de l’économie circulaire pour que la promotion de ce modèle ne soit pas embué d’une certaine confusion.

Revue de presse réalisée par Sébastien Soulié, stagiaire diffusion de la culture scientifique - CNAM/Mission Agrobiosciences

Sources :
L’économie circulaire, un concept à repasser en boucle 20 minutes, 25 octobre 2013
Dominique Bourg : "Mutualiser un bien, c’est de l’économie circulaire" 20 minutes, 25 octobre 2013
François-Michel Lambert : "Nous voulons une loi-cadre sur l’économie circulaire" 20 minutes, 25 octobre 2013
Circulez, y’a rien à jeter Libération, 6 octobre 2013
L’écologiste Nicolas Hulot Télérama, 19 septembre 2013
François-Michel Lambert, l’esprit portique Libération, 7 novembre 2013
Premières rencontres parlementaires sur l’économie circulaire Journal de l’environnement, 6 novembre 2013
Économie circulaire : les fondamentaux pour construire un cycle… plus vertueux ! Les Echos, 24 octobre 2013
L’institut de l’économie circulaire, un outil de greenwashing au profit des industries polluantes Green and sciencewashing, 22 août 2013
Le lobby de l’économie circulaire passe à l’assaut Green and sciencewashing, 13 octobre 2013

L’Académie des Sciences organise prochainement une rencontre sur ce thème le 19 novembre à 17h30 :
L’économie circulaire en Midi-Pyrénées par Christophe HEVIN (ADEME), dans le cadre des Mardis d’Assezat
Hôtel d’Assezat, salle Clémence Isaure, rue de Metz, Toulouse


[1Blablacar (www.covoiturage.fr) : site de coivaturage

[2Airbnb (www.airbnb.fr) : site de location de logement de particulier à particulier

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