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20 Minutes, La Dépêche du Midi, Le Journal de l’Environnement

mardi 12 mai 2009

Science et société : Un grenelle sans l’onde d’un doute ?

Après le Grenelle de l’Environnement et celui de la Mer, le mercredi 6 mai 2009 a vu le début de l’application de ce processus de concertation, très à la mode, au thème des ondes. Pour mémoire : l’objectif est de réunir divers acteurs d’un domaine spécifique - et à plus forte raison sujet à de nombreux débats et polémiques au sein de la société civile - afin de provoquer un consensus aboutissant à un projet de loi. Associations et représentants de la téléphonie, de l’environnement et de l’urbanisme ont ainsi commencé à discuter d’une réglementation concernant aussi bien la pose d’antenne-relais que du niveau d’émission des ondes ou encore de l’existence ou non de risques pour la santé humaine. Un vaste débat réclamé depuis longtemps au vu de l’essor d’antennes dans le paysage urbain, mais aussi rural.

Placée sous la tutelle du Ministère de la Santé, mais également de deux Sous-secrétariats d’État (Écologie et Développement de l’économie numérique), la première table ronde de ce Grenelle n’a pour l’instant pas satisfait ses participants. Si les associations et le monde politique sont représentés, il reste des absents comme le souligne Philippe Goirand, porte-parole toulousain du parti Verts, dans la Dépêche du Midi : « Ces discussions ne sont pas alimentées par des éléments scientifiques puisqu’aucun n’a été invité à ces débats ». En tout cas, tout procédure de type pose, semble-t-il, la question de la légitimité et de la représentativité des personnes qui y sont conviées, comme de celles qui restent sur le pas de la porte. 20 Minutes relève que les associations Agir pour l’Environnement et Priartem estiment que l’organisation du Grenelle s’est faite «  dans la précipitation et l’improvisation  », tandis que pour Philippe Goirand : « Tout cela ne semble pas très préparé et relève plus du coup marketing ». Le Grenelle serait-il déjà court-circuité ? En tout cas, il ne freine pas les débats autour de l’impact sanitaire des antennes-relais.

L’association Robin des Toits s’est ainsi érigée en porte-drapeau de mesures visant à réduire le taux d’exposition maximal aux ondes. Actuellement, et selon un décret datant de 2002, les antennes françaises peuvent émettre jusqu’entre 41 et 61 Volts/mètre « conformément aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé et de la Commission Européenne », rappelle 20 Minutes. Un seuil beaucoup trop élevé et qui devrait être ramené à 0,6 V/m qui « correspond à la position consensuelle de tous les scientifiques indépendants » selon Robin des Toits. 20 Minutes note également que Nathalie Kosciusko-Morizet, actuelle sous-secrétaire d’État à l’Economie numérique et donc impliquée dans le Grenelle, avait déjà proposé en 2005 « une proposition de loi relative à la réduction des risques pour la santé publique des installations et des appareils de téléphonie mobile dont le premier article fixait cette même limite ». Des tests "grandeur nature" de ce nouveau seuil d’exposition seront par ailleurs réalisés dans quatre communes française, rurales et urbaines, qui se sont portées volontaires.

Pour, autant la question est-elle réglée ? Dans un interview au Journal de l’Environnement, Danielle Salomon - chercheur associé au Centre de sociologie des organisations et fondatrice du bureau d’études Risques & Intelligence - explique que « la question du seuil d’exposition est une fausse question qui ne résoudra probablement pas la controverse ». Elle explique ainsi que le seuil d’exposition de 0,6 V/m est déjà en vigueur dans certains pays de l’Union Européenne, ce qui n’apaise pas la contestation pour autant. A l’origine, c’est un « besoin d’information non satisfait [qui] a nourri la contestation » explique Mme Salomon. Le succès du Grenelle dépendrait ainsi en premier lieu de la capacité à informer sur le sujet afin de rassurer les personnes préoccupées de l’impact de ces ondes. Implantation en lieux scolaires, effets selon l’âge, distance par rapport à l’antenne, nocivité du téléphone portable... Autant de questions sur lesquelles sont attendues des explications, préalables à une législation, et sur lesquelles le Grenelle des ondes devrait se pencher dans les jours à venir. Et puis, plus fondamentalement, n’est-ce pas le lien entre évaluation du risque et gestion du risque qu’il faut réinterroger ? Restez branchés !

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences. 12 mai 2009.

Sources :

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