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18 mai 2005, Le Monde, Le Figaro, Libération et Le Paysan Breton

mercredi 18 mai 2005

Paysans sans terre à Brasilia, terres sans paysans à Paris. Alors que le ministre de l’agriculture, Dominique Bussereau, présentait ce mercredi à Paris son projet de loi d’orientation agricole en conseil des ministres qui fait l’impasse sur les questions foncières, la marche des paysans sans terre s’est terminée dans la violence hier soir à Brasilia. Les affrontements ont eu lieu alors que des dirigeants du MST étaient reçus par le président Lula, raconte un résumé publié sur le site du Monde, qui précise qu’il s’agit de la manifestation la plus violente au Brésil depuis plusieurs années. « Lula n’est pas notre ennemi, il reste notre ami. Je le connais personnellement, c’est un défenseur historique de la réforme agraire, mais il n’a pas tenu sa promesse », expliquait Gilmar Mauro, dirigeant du Mouvement des paysans sans terre (MST), dans une interview accordée à la correspondante du Monde à Brasilia. Annie Gasnier explique en conclusion de son reportage que si « personne ne dit du mal de Lula dans la colonne » des manifestants, le président brésilien « s’était engagé à en distribuer à 110 000 par an ». « Officiellement, 80 000 familles ont reçu une terre en deux ans et demi », constate la journaliste. Le gouvernement brésilien conteste ces chiffres, note pour sa part la correspondante du Figaro à Rio de Janeiro, Anne Cheyvialle. La journaliste explique que c’est surtout la politique libérale du ministre de l’Economie, Antonio Palocci, qui est visée par le MST. Elle rappelle les chiffres du MST : « 48% des terres agricoles sont concentrées dans les mains de 1% des propriétaires quand 4 millions de familles attendent un lopin de terre ». Conclusion de la journaliste du Figaro : « la réforme agraire, thème fort de la campagne du président Lula en 2003, avance à petits pas ». Pour Libération, qui publiait mardi 17 mai les photos d’un photographe français, Gilles Favier, qui suit les paysans sans terre brésiliens depuis plus de quatre ans, les visages des paysans sont « un peu de la mauvaise conscience de Lula » et « le revers de la médaille de l’agrobusiness ». « Troisième producteur mondial, le Brésil rêve de devenir la première puissance agricole de la planète à l’horizon 2010 », souligne Christian Losson qui ajoute : « Place aux gros producteurs, aux recherches sur la productivité, à l’utilisation des OGM. (...) Pour le partage, on verra plus tard. »
Pendant ce temps, la France perd tous les six ans l’équivalent d’un département de terre cultivées, rappelait la semaine dernière un article du Monde. La journaliste, Laetitia Clavreul, a tiré ce chiffre d’un rapport du Conseil économique et social, passé presque inaperçu. Le Paysan Breton avait rendu compte de ce rapport, présenté par Jean-Pierre Boisson, maire de la ville de Châteauneuf-du-Pape, fin avril. Le rapport propose notamment de « taxer les terres agricoles qui iraient vers l’urbanisation », notait l’hebdomadaire agricole régional. La journaliste du Monde retient que M.Boisson est par ailleurs secrétaire adjoint de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. Elle souligne que les zones agricoles protégées (ZAP), créées par la loi d’orientation agricole de 1999, n’ont quasiment jamais été utilisées. Il existe une seule ZAP, récente, en Savoie. D’autres sont à l’étude, comme à Toulouse. Pourtant, le projet de loi de Dominique Bussereau fait l’impasse sur la question foncière, note la journaliste. « La proximité du référendum du 29 mai pourrait, par ailleurs, expliquer la frilosité du gouvernement sur un dossier qui risque de fâcher les millions de propriétaires fonciers », conclut Laetitia Clavreul.


Voir en ligne : Le rapport "oublié" de Jean-Pierre Boisson sur le site du Conseil économique et social

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