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11 avril 2007, Le Monde, Journal du Dimanche, Libération, AFP, Le Devoir, La Presse, Latin Reporters, Granma

mercredi 11 avril 2007

Les biocarburants, la faim dans le monde... et Fidel Castro. Après un long silence imposé par son état de santé, Fidel Castro vient de reprendre la plume pour critiquer les USA, accusés de renforcer la faim dans le monde en misant sur les biocarburants. Publié le 29 mars, l’éditorial du leader cubain est une « diatribe » qui a été lue sur tous les médias de l’île, contrôlés par le parti unique, rapporte Paula A.Parangua dans Le Monde. Basé au Brésil, le correspondant du quotidien français ajoute à son compte-rendu la réaction du ministre brésilien des relations extérieures, Celso Amorim, qui estime que Castro « a des idées un peu anciennes sur le sujet ». Paulo A.Paranagua précise que le Brésil et les USA venaient précisément de signer un accord de coopération sur l’éthanol au début du mois. Le Journal du Dimanche évoque en bref une « position à contre-courant » de Castro qui pourrait « froisser son allié brésilien, premier producteur d’éthanol avec les Etats-Unis ». Quelques jours plus tard, l’historien Pierre Rigoulot se moque dans les colonnes du Monde de cette nouvelle attaque verbale du dictateur cubain contre son ennemi préféré américain, ravalée au rang d’une « bouffée délirante ». Pour autant, « le dirigeant cubain est loin d’être le seul à s’inquiéter du développement actuel des biocarburants », ajoute une journaliste du Monde. « Manger ou rouler : faut-il choisir », se demande Laetitia Clavreul dans une chronique publiée le 6 avril ? Journaliste chargée des questions agricoles au Monde, elle ne se base plus seulement sur l’édito de Castro, mais aussi sur une étude de deux économistes américains, à paraître en mai dans la très sérieuse revue Foreign Affairs : « remplir le réservoir d’un 4 × 4 avec 94,5 litres d’éthanol pur nécessite environ 204 kg de maïs, soit suffisamment de calories pour nourrir une personne pendant un an », y écrivent Ford Runge et Benjamin Senauer. La parution prochaine de cette étude est également signalée par une dépêche AFP publiée sur le site du quotidien canadien Le Devoir, qui annonce en titre que « le boom de l’éthanol pourrait nuire à l’alimentation dans les pays pauvres ». Chroniqueur régulier de ce journal québécois, Jean-Claude Leclerc consacre cette semaine son billet à la possibilité d’une « crise alimentaire dans les pays pauvres, provoquée par les États-Unis avec la conversion du maïs à l’éthanol », qu’il présente même comme « imminente ». Le sujet semble sensible au Canada, où une première usine d’éthanol vient d’être inaugurée au Québec. « L’utilisation de maïs-grain n’enlève pas de nourriture aux animaux ou aux humains », affirme le directeur de l’usine de Varennes, cité par La Presse. Mais l’article de ce quotidien canadien relate également les critiques et ce qu’il nomme les bisbilles : « on passe à côté du rôle premier de l’agriculture, qui est de nourrir la population », regrette le porte-parole de l’Union paysanne. Mais c’est surtout dans la presse américaine que la polémique ouverte par Fidel Castro se poursuit. Le président brésilien Lula a pris la plume dans le Washington Post pour affirmer que « l’éthanol ne menace pas l’environnement », relate le site Latin Reporters. Le site cubain de Granma contre-attaque en affirmant que le New-York Times « rejette la production d’éthanol à partir du maïs ». Le débat est aussi ouvert en France. « La montée des biocarburants va se traduire par une compétition pour la terre entre cultures alimentaires et cultures énergétiques. La rareté de l’énergie risque de créer une rareté alimentaire », alerte Michel Griffon dans un entretien au Monde Economie. « Il y a compétition entre les sources de biocarburant et les sources d’alimentation. Ce n’est évidemment pas une solution durable », ajoute Ghislain Gosse, chargé de la mission « carbone renouvelable » à l’Inra, dans une interview à Libération.


Voir en ligne : L’édito de Castro

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