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(1) Dossier paru dans le Nouvel Observateur N°2238. 27 Septembre 2007.

mardi 2 octobre 2007

Alimentation et Cancer. Le Dossier du Nouvel Observateur (1) « Comment je combats le Cancer ? », commenté par Laurence Payraste. Biologiste à l’Unité Xénobiotiques de l’INRA. 1er Octobre 2007 . La biologiste Laurence Payraste réagit, à la demande de la Mission Agrobiosciences, au dossier du Nouvel Observateur (N°2238. 27 Septembre 2007) consacré à la prévention du cancer, notamment par l’alimentation, et organisé autour d’un long entretien mené par la journaliste Josette Alia avec David Servan-Schreiber- à propos de son livre « Anticancer » paru chez Robert Laffont. Il raconte comment il a lui même lutté contre sa maladie et comment nous pouvons stimuler nos défenses naturelles pour résister au cancer. Concernant l’alimentation, ce professeur de psychiatrie expose plusieurs phénomènes qui, selon lui, ont un lien direct avec le cancer : le fait que notre environnement se soit chargé de produits chimiques dangereux et notamment les pesticides utilisés en agriculture en insistant sur l’atrazine qui n’a été interdit qu’en 2003 ; Sur l’alimentation, il pointe du doigt les excès en graisse, sucre, viande et aliments industriels dont les margarines « bourrées d’oméga 6 particulièrement nocifs » et le fait que les vaches soient nourries en batterie avec du maïs, du soja et du blé dépourvus des acides gras oméga 3 que l’on trouve dans « l’herbe des champs ». Conscient que les traitements et les progrès essentiels viennent et devront venir de la recherche en cancérologie, pour élaborer par exemple des médicaments capables, sans effets secondaires, de bloquer la formation des vaisseaux sanguins qui alimentent les tumeurs malignes (angiogénèse)... David Servan-Schreiber affirme qu’il existe dans la nature des plantes ayant, sur ce point, un effet bénéfique, voire comparable. Il cite ainsi le thé, qui, selon lui, augmente l’effet de la radiothérapie sur les tumeurs ; le Curcuma qui inhiberait la croissance des cancers du côlon, foie, estomac, sein, ovaire, sang ; l’acide ellagique de la framboise qui serait aussi actif que les médicaments connus pour bloquer l’angiogenèse des cellules cancéreuses. Un autre article du Nouvel Observateur (un encadré signé Ursula Gauthier, adossé à cet entretien) préconise une « alimentation anticancer » : les oméga 3, présents dans les légumes verts, l’huile de lin, le poisson pour contrôler l’inflammation et la croissance des tumeurs ; le pain multicéréales, le riz complet, le boulgour, le quinoa pour ralentir l’absorption des sucres rapides (le sucre raffiné et les farines blanches favorisant la croissance des tumeurs) et, très directement, l’article affirme que de nombreux aliments fonctionnent comme des médicaments : le thé vert, le soja, le curcuma, les champignons, les fruits rouges, les épices et les herbes qui recèleraient de « précieuses molécules anticancer". Accéder au dossier complet du Nouvel Observateur-

Le Commentaire de Laurence Payraste. Biologiste à l’Unité Xénobiotiques de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA)
"Le cancer est une maladie multifactorielle et parmi les facteurs impliqués on retrouve notamment le tabac, les facteurs génétiques qui déterminent les susceptibilités de chaque personne ainsi que les facteurs environnementaux dans leur ensemble, tels que les polluants, les radiations et l’alimentation qui joueraient également un rôle important. L’alimentation est source de facteurs dits « protecteurs » (contenus dans les fruits et légumes) et des facteurs de risque (graisses, alcools, contaminants). Cependant, je mettrai des nuances dans le discours de David Servan-Schreiber, car s’il existe des données scientifiques sur le sujet, on ne peut pas conclure de façon catégorique que l’on pourrait sauver ou prévenir tous les cancers avec l’alimentation.
Voici ce que l’on sait. On connaît depuis des siècles les vertus de certaines plantes médicinales et on sait depuis longtemps que certains produits végétaux de notre alimentation possèdent des propriétés bénéfiques sur notre santé. Jusqu’à présent, ces propriétés étaient classées au rang des « remèdes de grand-mère » mais, aujourd’hui, les recherches ont apporté les preuves scientifiques de l’existence d’une relation entre l’alimentation et la santé et même, chez l’homme, d’une relation entre l’alimentation et le cancer. Les études épidémiologiques ont permis de mettre en évidence des différences en termes d’incidence des cancers entre pays ou régions d’un même pays. Ces différences se sont révélées très importantes puisque l’incidence des cancers pouvait être 20 à 30 fois plus élevée dans certains pays. Les études (plus de deux cents) ont donc permis de conclure que l’alimentation pouvait être considérée comme un facteur déterminant dans le développement de certains types de cancer.
Plus précisément, des études de populations ont permis de conclure qu’une alimentation riche en fruits et légumes était inversement corrélée à l’incidence des cancers et que ces composés végétaux auraient un effet protecteur vis-à-vis de certains cancers. Par exemple, le risque d’apparition de tumeurs colorectales (le deuxième cancer le plus fréquent en France et dans le monde) serait associé à un apport calorique excessif, à l’obésité et à une activité physique trop faible. En revanche, il serait réduit par un régime alimentaire riche en fruits et légumes. Les relations alimentation-cancer semblent claires en ce qui concerne les cancers épithéliaux qui affectent notamment les voies digestives et respiratoires (bouche, de l’œsophage, du colon et du rectum poumon) et moins nets mais supposés pour les cancers de la prostate et du sein.
Une question restait alors posée : comment les fruits et légumes peuvent aller dans le sens d’une protection accrue vis-à-vis des cancers ? Les études expérimentales réalisées en laboratoire suggèrent que ce que l’on appelle « les micro-constituants » des végétaux [c’est-à-dire tout ce qui n’est pas protéines, glucides ou lipides. C’est le cas des polyphénols (du vin, du thé des noix), des composés soufrés de l’ail, des « glucosinolates » qui donnent la fameuse odeur du choux ou de la moutarde, des anthocyanes qui donnent leur couleur aux fruits rouges ou des caroténoïdes) peuvent exercer des effets spécifiques au niveau de la cellule (mais dans une boîte de culture) en renforçant le système qui permet à la cellule de « détoxifier » les composés dangereux ou en provoquant la mort d’une cellule cancéreuse (ce qui est important lorsque l’on sait qu’une cellule cancéreuse est devenue incapable de programmer sa mort). Mais toutes ces données sont observées expérimentalement au niveau de la cellule dans une boîte de culture et non au niveau d’un organisme et encore moins chez l’homme.
Ainsi, d’un point de vue nutritionnel, c’est l’ensemble des microconstituants apportés sous forme de matrice complexe, c’est-à-dire dans le fruit ou dans le légume, qui pourrait faire plus de bien que de mal !!! Il est donc important d’avoir des apports nutritionnels variés en qualité et en quantité. Cependant, il n’est pas utile d’essayer de retrouver ces bénéfices en absorbant des compléments alimentaires. Avec des doses fortes, ils peuvent même dans certains cas se révéler toxiques et, contrairement aux fruits et légumes et céréales, ils ne contribuent pas à l’équilibre de la ration en limitant la consommation excessive de certains aliments.
D’autre part, bien que contrôlée, l’alimentation contribue également à l’exposition de l’homme à des facteurs de risques, comme l’alcool, les graisses et les polluants. Le consommateur est notamment exposé aux pesticides par le biais non seulement de l’eau de boisson, mais aussi au travers des aliments. Ils sont fréquemment retrouvés dans les fruits et légumes si bien que le consommateur est exposé de façon chronique à de faibles doses de pesticides en mélange. Les utilisateurs de pesticides ne sont donc pas les seuls concernés par l’exposition à ces composés. Bien que de nombreuses études aient examiné le lien entre l’exposition à ces polluants chez les agriculteurs et l’apparition de certaines pathologies (cancer), leurs résultats ne sont ni concluants ni cohérents, de sorte qu’il est difficile de préciser le rôle de ces molécules dans l’étiologie de ces pathologies. Actuellement, la question reste posée de savoir si de longues périodes d’exposition à de faibles doses voire à des traces de différents xénobiotiques présents, seuls ou sous forme de mélanges dans des matrices complexes, peuvent conduire chez l’homme à des effets indésirables.
Le rôle du micro-environnement de la tumeur (le voisinage de la cellule tumorale) est un problème traité par différentes équipes de recherches au niveau national et international mais je n’ai pas de données concernant le rôle de l’alimentation sur ce microenvironnement".
Par Laurence Payraste. Biologiste à l’Unité Xénobiotiques de l’Inra. 1er 0ctobre 2007

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