09/09/2010
Vient de paraître dans le cadre de "Ça ne mange pas de pain !". Septembre 2010

Alimentation et société. "Halal : fausses polémiques ou vrais symptômes ?" (interview originale)

Des restaurants Quick à, tout récemment, l’alimentation de l’équipe de France de foot, on ne compte plus les articles et interviews dédiés à la question halal. Et leurs lots de partis pris.
Réalisée en juin dernier par Sylvie Berhier, de la Mission Agrobiosciences, et Bertil Sylvander, sociologue, lors d’une émission de "Ça ne mange pas de pain !", cette interview de Florence Bergeaud-Blackler nous convie à aborder la question sous un angle différent, bien plus pragmatique : celui du business halal. Historiquement, le marché halal, explique cette sociologue, est "une invention des pays occidentaux pour pénétrer les marchés des consommateurs dans les pays mulsumans". Un pas de côté, riche d’enseignements.

L’émission spéciale de "Ça ne mange pas de pain !" Obésité, Halal, street food : sous le régime de la séparation sera rediffusée sur Radio Mon Païs (90.1 et par le Web, les mardi 21 septembre 2010, de 19h à 20h, et mercredi 22 septembre 2010, de 13h à 14h.

"Halal : fausses polémiques ou vrais symptômes ?"
Une interview de Florence Bergeaud-Blackler, sociologue, Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (CNRS), par Sylvie Berthier, Mission Agrobiosciences, et Bertil Sylvander, sociologue. Juin 2010

Sylvie Berthier. Prenez les récentes « affaires » de la burka, de la candidate NPA aux régionales, de la chanteuse Diam’s, du Quick de Roubaix et, peut-être moins connues du grand public, de l’abattage rituel et de la plainte des CRS soutenus par Brigitte Bardot qui, consommant de la viande halal à leur insu, en appellent au Nouveau Testament [1]. Mettez bout à bout toutes ces polémiques. Cela fait beaucoup, en peu de temps. Qu’est-ce qui se joue derrière toutes ces affaires ? La stigmatisation d’une communauté ? Une récupération politique - un coup à gauche, un coup à droite - sur fond de repli identitaire, d’amalgame ?
Afin de décrypter les différents enjeux qui traversent aujourd’hui plus précisément la consommation halal, nous avons invité Florence Bergeaud-Blackler, sociologue, chercheure à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (CNRS-Aix en Provence) et co-auteure avec Bruno Bernard de « Comprendre le Halal » [2] aux éditions Edipro (juin 2010).

Florence Bergeaud-Blackler. Sur la stigmatisation et la récupération politique, on peut dire, c’est vrai, que la question de l’Islam est largement construite en épouvantail, en contre-modèle républicain, laïque et égalitaire. Ce n’est pas une question nouvelle dans les médias même si, ces derniers temps, on a pu constater une résurgence de ces affaires de burka, de voile, du Quick Halal, etc.
Sur la question spécifique de l’alimentation, de l’articulation entre identité et alimentation, on est effectivement identifié par ce que l’on mange, et un individu, une communauté peuvent être stigmatisés à partir de l’alimentation, jusqu’à provoquer parfois un sentiment d’exclusion. On le voit, par exemple, avec l’apéro géant « saucisson-pinard » qui est prévu à la Goutte d’Or le 18 juin prochain [3]. Mais je crois que pour comprendre le marché halal, il faut sortir de la problématique de la stigmatisation et peut-être adopter un angle de vue un peu plus pragmatique.

Prenons donc le point de vue, moins connu, du business halal. Que représente ce marché et comment s’organise-t-il ? Il n’est pas anodin qu’il soit soumis à des rituels religieux.
Tout à fait. Rappelons que le marché halal est d’abord, et avant tout, une invention des pays occidentaux pour pénétrer les marchés de consommateurs dans les pays musulmans. Au départ, il s’agissait simplement de fournir des certificats d’exportation assurant aux pays islamiques que la viande avait bien été abattue par un musulman - l’animal étant égorgé et tourné vers la Mecque. J’insiste, mais dans les années 70 et 80, il s’agissait surtout d’un moyen d’exporter vers ces pays musulmans, lesquels ne connaissaient pas de « marché » halal. Dans ces pays là, on abat les animaux de façon traditionnelle, mais personne ne demande si elle est halal ou non.
Depuis, le marché halal a pris des dimensions considérables : il touche non seulement la viande mais aussi tous les produits carnés, les produits alimentaires sans alcool, les médicaments et les cosmétiques. Ce business est né grâce aux technologies modernes qui ont permis d’accélérer les échanges, de raccourcir les distances donc de faire voyager les denrées périssables en un temps record, et de les conserver. Le halal n’existerait pas sans ces technologies. Il n’existerait pas non plus sans l’OMC, les zones de libre-échange, l’idéologie libérale qui privilégient aujourd’hui les logiques économiques sur les logiques culturelles.
D’après les dernières études, en France, le marché halal est estimé à 5,5 milliards d’euros soit deux fois celui du bio, ce qui paraît considérable. Mais on a peu d’estimations, celles qui circulent ont été publiées dans un rapport payant du cabinet privé Solis, un rapport sérieux mais dont on ne peut garantir la méthodologie. Sous prétexte qu’il s’agit d’aliments religieux, de surcroît, islamiques, que l’on toucherait à un sujet « sensible », on ne fait pas d’étude de marché dans les institutions publiques, à l’université ou dans les écoles de commerce. Pourtant les produits halal commercialisés sont-ils religieux lorsque leurs process de production échappent totalement aux institutions religieuses, que les bénéfices vont essentiellement aux entreprises agroalimentaires ? Il faut lever ce tabou et poser la question.
Pour le consommateur, ce qui pose problème, aujourd’hui, c’est qu’avec son extension, il devient de plus en plus difficile d’identifier dans les produits halal ceux qui sont véritablement certifiés. En fait, on a vu arriver, parmi les consommateurs, des musulmans français éduqués qui défendent des valeurs éthiques et morales et qui, d’une certaine façon, sont plus efficaces que les autorités religieuses à les faire respecter. Ce sont donc ces musulmans éduqués qui sont socialisés en Europe, dans des sociétés sécularisées, et non pas les primo migrants des années 80-90, qui posent des questions sur les méthodes d’abattage et qui demandent des preuves de conformité et plus de transparence sur l’étiquetage des produits. C’est ce manque de visibilité qui fait qu’on parle aujourd’hui du halal comme d’un problème, d’un marché opaque.

Des associations s’élèvent maintenant contre l’abattage rituel, jugé inacceptable pour les animaux qui ne sont pas étourdis. Quelle est la position des musulmans et des non musulmans qui mangent halal, sur cette question de la souffrance animale ?
Cela peut sembler paradoxal à certains mais partout où nous les avons interrogés, en France, en Belgique, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Allemagne, la très grande majorité des consommateurs musulmans de produits halal pensent que l’animal est mieux traité lorsqu’il est égorgé par une méthode halal. Pour eux, la méthode halal est assimilée à une pratique artisanale qui s’oppose à la méthode industrielle. En réalité, l’abattage pour produire de la viande commercialisée et étiquetée halal se fait selon une méthode industrielle similaire à la méthode conventionnelle. La seule différence technique est que dans certains pays, dont la France et la Belgique, on n’utilise pas l’étourdissement préalable à la saignée. Ce qui est tout à fait légal, car si l’étourdissement des animaux de boucherie a été rendu obligatoire, l’obligation est levée en cas d’abattage religieux. La question épineuse - mais c’est un autre débat - est de savoir définir ce qu’est un abattage religieux. Les associations de protection animale ont très justement souligné que si les animaux étaient abattus selon un rite religieux, sans étourdissement, alors leur viande devrait être réservée à la seule consommation religieuse. Ce n’est pas le cas, puisque de nombreuses carcasses casher et halal se retrouvent dans les circuits de distribution conventionnels.

L’Europe n’interdit pas cette pratique, mais la Suisse, la Suède, l’Islande et la Norvège l’ont interdite sur leur territoire, si elle ne s’accompagne pas d’un étourdissement de l’animal. Vous revenez de Bruxelles sur le projet européen Dialrel [4]. Que s’y est-il dit ?
Aucun pays n’interdit l’abattage religieux ! Certains pays dont ceux que vous citez l’interdisent s’il est effectué sans étourdissement. Du coup aucun abattage casher n’est autorisé dans ces pays, alors que l’abattage halal s’il est effectué avec étourdissement est légal. Ces différences de pratique dans un espace de libre-échange posent des problèmes. Le projet Dialrel vise justement à permettre aux acteurs du marché, qui ne sont pas seulement les acteurs religieux, mais aussi les acteurs économiques ou réglementaires, d’essayer de mieux dialoguer pour améliorer les pratiques d’abattage.
Le problème actuel de l’abattage rituel réside dans le fait qu’il s’est très largement développé alors que les carcasses des animaux, abattus selon le rite, ne vont pas toujours porter un étiquetage ad hoc et se retrouver dans les boucheries spécialisées. Il arrive couramment qu’on les retrouve sans étiquetage dans les supermarchés. Il n’est pas rare d’acheter de la viande halal, sans le savoir. Or, cet abattage rituel étant dispensé d’étourdissement, d’insensibilisation des animaux, certains y voient là une façon de détourner la loi. C’est pour cela que les associations de protection animale sont très en colère, même si elles ont peu d’audience en France et si, surtout, leur combat est relativement mal apprécié, mal jugé. S’attaquer à l’abattage rituel n’est pas politiquement correct ! En réalité pourtant, l’abattage rituel est une pratique industrielle dont les principaux bénéficiaires ne sont pas les religieux, mais les industriels.

Bertil Sylvander. Concernant les signes d’identification de la qualité, ne pensez-vous pas que certaines personnes proches culturellement de la production et de la consommation – elles connaissent bien l’imam et le boucher du coin - n’auraient sans doute pas besoin d’une certification halal, alors que pour ceux qui mangent des produits importés, qui sont éloignées de cette production géographiquement et culturellement, ces signes sont importants.
Florence Bergeaud-Blackler. Il y a, me semble-t-il, un problème spécifique sur la question de la qualité halal. Pour le consommateur de cette viande, il n’y pas de lien direct entre l’autorité religieuse, la mosquée et la certification halal. Le fait que la référence religieuse ne compte pas vraiment sur le choix de la viande rend, à mon avis, assez unique cette configuration qualitative par rapport aux autres labels de qualité. Et cela contribue à vraiment créer de la méfiance. Et puis, cette question du halal et de la visibilité religieuse est également très instrumentalisée politiquement, à droite comme à gauche. Alors, je ne sais pas vraiment si la question de la distance ou de la proximité du produit joue vraiment dans ce marché là.

Dans le quartier de la Goutte d’Or, par exemple, il y a des tas de bouchers qui ont pignon sur rue. La question de savoir si les produits sont étiquetés halal ou pas ne se pose pas. Les consommateurs du quartier ont confiance dans leurs bouchers.
Je n’en suis pas sûre. Je demande à voir des études là-dessus mais je serais étonnée quand même que la question ne se pose pas. Ensuite, il est vrai qu’il existe des façons de détourner la certification. Dans certaines familles, il suffit de dire une formule religieuse au moment de manger la viande pour qu’elle devienne halal. Reste que ces pratiques sont de moins en moins courantes, notamment avec le développement du marché de la certification. Les gens sont de plus en plus attentifs aux certifications écrites de type industriel.

Par exemple, dans le cas des boucheries industrielles qui proposent des produits pré-emballés sous-vide halal où, là, vraiment, on a besoin d’un certificat.
Voilà. Mais je pense que cette habitude s’est élargie également à la viande du boucher du coin. Les gens sont un peu plus méfiants. Les primo migrants et les femmes notamment étaient très attachés au bouche-à-oreille, alors que les générations issues de l’immigration demandent, vraiment, un mode de contrôle très différent de la qualité. Il ne s’agit pas de la même génération ; celle-ci présente un rapport différent aux signes de qualité, à l’écrit.

Interview réalisée dans le cadre de l’émission de juin 2010 de "Ça ne mange pas de pain !" : "Halal, obésité, street-food : sous le régime de la séparation ?".

A noter
Florence Bergeaud-Blackler et Bruno Bernard organisent des séminaires «  Comprendre le halal » destinés aux acteurs de la filière (consommateurs musulmans ou non, collectivités, restaurations collectives -hôpitaux, cantines…), confrontés à cette question vive et voulant mieux comprendre les enjeux éthiques, religieux, sociaux et économiques de cette pratique alimentaire. Le premier concernera les prisons belges.
Pour tout renseignement, Florence Bergeaud-Blackler :
04 42 52 42 33, florence.blackler@gmail.com

Lire sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement)  :

"Ça ne mange pas de pain !" (anciennement le Plateau du J’Go) est une émission mensuelle organisée par la Mission Agrobiosciences pour ré-éclairer les nouveaux enjeux Alimentation-Société. Enregistrée dans le studio de Radio Mon Païs (90.1), elle est diffusée sur ses ondes les 3ème mardi (19h00-20h00) et mercredi (13h-14h) de chaque mois. L’émission peut aussi être écoutée par podcast à ces mêmes dates et heures. Pour En savoir plus....

A l’issue de chaque émission, le magazine Web de la Mission Agrobiosciences édite l’Intégrale, une publication d’une dizaine de pages, téléchargeable gratuitement. Retrouvez Toutes les Intégrales de "Ça ne mange pas de pain !" mais aussi toutes les chroniques et tables rondes.

Une interview de Florence Bergeaud-Blackler, sociologue, Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (CNRS), par Sylvie Berthier, Mission Agrobiosciences, et Bertil Sylvander, sociologue

Accéder à toutes les Publications : Alimentation et Société Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’alimentation. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications « l’Alimentation en question dans "Ça ne mange pas de pain !" (anciennement "Le Plateau du J’Go"). Les actes de l’émission de la Mission Agrobiosciences sur l’actualité de Alimentation-Société diffusée sur Radio Mon Païs (90.1), les 3ème mardi (17h30-18h30) et mercredi (13h-14h) de chaque mois. Revues de presse et des livres, interviews et tables rondes avec des économistes, des agronomes, des toxicologues, des historiens... mais aussi des producteurs et des cuisiniers. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

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