23/09/2015
Alimentation et environnement. La revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 22 septembre 2015
Mots-clés: Santé

Salades, pesticides & Bisphénol A. Les éléments perturbateurs (article revue de presse)

L’actualité réserve parfois de drôles de surprises et coïncidences. En ce mois de septembre, pas moins de trois infos concernent les perturbateurs endocriniens. L’une est scientifique et vient prouver ce que certains suspectaient depuis plusieurs années : les perturbateurs endocriniens peuvent agir de concert. La deuxième est juridique et donne satisfaction au syndicat des industriels du plastique : interdit en France, le Bisphénol A pourra être utilisé dans les contenants alimentaires destinés à l’exportation. La dernière risque de vous rendre vert de rage ou de peur, c’est selon. Une enquête de Générations Futures montre que la salade peut contenir des traces de pesticides, suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Revue des faits par la Mission Agrobiosciences.

Episode 1 : cocktail toxique
Ce sont des chercheurs du centre de biologie structurelle de Montpellier qui ont fait le coup, en démontrant ce que bien de leurs collègues mais aussi des médecins ou des militants associatifs présumaient depuis longtemps : certains perturbateurs endocriniens voient leur action démultipliée dès lors qu’ils sont présents simultanément dans un organisme, et non plus de manière isolée.
La Croix livre dans son édition du 3 septembre les grandes lignes de l’étude. Les chercheurs ont « passé au crible une cinquantaine de molécules dont le Bisphénol A (BPA), des pesticides et des médicaments », substances très différentes mais présentes couramment dans notre environnement. Sur ces 780 combinaisons possibles, une a présenté un effet synergique notable : l’association entre une hormone de synthèse « l’éthinylestradiol » que l’on retrouve dans les pilules contraceptives, et le chlordane, un pesticide organochloré certes interdit depuis les années 90 mais persistant dans l’environnement. « Les chercheurs ont montré que ces deux composants avaient la capacité de coopérer pour se fixer simultanément à un récepteur situé dans le noyau des cellules et de l’activer ». Avec cette spécificité : « ensemble, ils parviennent [à se fixer à ce récepteur] à des doses très faibles, auxquelles chaque composé est inactif individuellement » peut-on lire dans Sciences et Avenir.
Or cette action synergique appelé effet cocktail modifie grandement la donne dans la manière d’appréhender l’effet d’un composé sur un organisme. Car il ne s’agit plus seulement d’en évaluer les effets seuls, mais associés à d’autres molécules, avec en outre cette potentialité : celle d’agir à des doses bien moindres que si elle était ingérée indépendamment des autres, comme le détaillent Vanessa Delfosse et William Bourguet, qui ont conduit l’étude, au micro de la Tête au Carré.
Au vu des premières conclusions de l’étude, on imagine très vite le travail titanesque qui attend les chercheurs… pour évaluer les effets combinés des quelque 150 000 composés– médicaments, polluants, substances d’origines alimentaires – qui peuvent potentiellement avoir un impact.

Episode 2 : le BPA obtient son visa
Les sages ont coupé la poire en deux. Saisi par le syndicat des industriels du plastique Plastics Europe suite à l’adoption en décembre 2012 d’une loi interdisant « la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de tout contenant alimentaire à base de BPA » [1], le Conseil constitutionnel a rendu son verdict le 17 septembre dernier : si l’interdiction est maintenue pour les produits destinés au marché français, elle est par contre suspendue pour ceux réservés à l’export. Raison invoquée ? Entorse à la liberté d’entreprendre « du fait que ces mesures s’appliquent à d’autres pays, où ces contenants sont autorisés ». C’est que l’utilisation du BPA pour les contenants alimentaires reste autorisée dans les pays étrangers, y compris au sein de l’Union européenne. A ce jour, seule la France l’a prohibé.
On pourra lire dans ce quotidien et sur les pages de l’Usine nouvelle, les arguments des uns et des autres, la colère des associations d’environnement et de santé, le soulagement des industriels. Reste cette épineuse question : comment les industriels vont-ils gérer la coexistence des deux filières, l’une sans BPA pour le marché français, l’autre avec pour les marchés internationaux ? Une coexistence pour le moins complexe à mettre en oeuvre que le Conseil Constitutionnel laisse aux bons soins de l’industrie.

Episode 3 : rien que des salades ?
C’est l’info du jour, reprise en boucle par la presse : selon une étude menée par l’association Générations futures, « 16% des salades contiennent la trace de cinq produits chimiques interdits en France ». Certes, l’échantillon est modeste – 31 salades, achetées dans cinq grandes surfaces dans les départements voisins de l’Oise et la Somme. Et on peut s’étonner de la surenchère langagière de la presse qui parle déjà de « SaladeGate ». Au menu ? Des substances interdites depuis quelques décennies comme le DDT (1971) ou dont l’usage est interdit en France comme l’imidaclopride (principe actif du Gaucho). Pour le premier, il faut en chercher l’origine dans la forte imprégnation des sols par cette substance, largement utilisée. Pour le second, Le Parisien avance l’hypothèse d’un trafic avec l’Espagne. « Des agriculteurs français se fournissent par exemple dans des magasins de Figueras » dixit un producteur.
Du côté de l’association, on insiste plutôt sur le fait que, parmi les substances retrouvées, qu’elles soient autorisées ou non, certaines sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens. Ainsi, sur son site, Générations futures annonce que « 67,74% des échantillons contiennent au moins un résidu de pesticide PE [2] ». Et l’association de lancer cet appel : « Nous alertons nos dirigeants sur la nécessité de prendre des mesures immédiates et fortes pour réduire l’exposition des populations aux pesticides et particulièrement ceux suspectés d’être des perturbateurs endocriniens ».

L’avenir dira si les dirigeants ont l’oreille sensible. Ce qui est sûr c’est que la question des contaminations se pose avec de plus en plus d’acuité.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 22 septembre 2015

Sources :

A propos des perturbateurs endocriniens ou des pesticides, on peut lire notamment sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences :


La Croix, Sciences et Avenir, France Inter, Journal de l’environnement, Usine nouvelle, Le Parisien, le Figaro, Générations futures.

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