11/06/2008
Revue de presse de l’actualité commentée de la Mission Agrobiosciences.11 juin 2008

Les Coréens disent non au bœuf américain : crainte sanitaire ou refus du libre échange ? Avec le point de vue de Vincent Chatellier

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Le gouvernement sud-coréen pourra-t-il faire face à ce vent de colère qui souffle sur le pays depuis plusieurs jours ? Plus de 100 000 manifestants protestaient, dans la nuit de mardi à mercredi, dans les rues de Séoul, chandelles à la main, contre l’importation de viande de bœuf américaine, au motif que cette dernière est susceptible de véhiculer la maladie de la vache folle. L’affaire, très sérieuse, met en péril le gouvernement et son président en poste depuis peu. Le Premier ministre Han Seung-soo et les ministres du cabinet ont ainsi soumis, hier, leur démission au Président Lee Muyn-bak, afin d’apaiser les foules. Une démission collective sans précédent comme le rapporte Xinhua. Mais au-delà de cette crise elle-même, une question se pose : cette peur de la "vache folle" est-elle vraiment la seule raison de cette levée de bouclier ?

Rappelons tout d’abord quelques faits. En avril dernier, le gouvernement sud-coréen a mis fin à l’embargo en place depuis 2003 et autorisé l’importation du bœuf américain, « n’interdisant que les matériaux de risque spécifique, des bovins âgés de 30 mois. Interdites d’importation, les parties comme les langues, les cerveaux, une partie des intestins et des vertèbres, qui constituent un risque élevé de transmettre la maladie de la "vache folle" ». Des mesures qui semblent suffisantes quand on sait que la suppression des abats à risque suffit pour éliminer les risques de transmission à l’homme. Mais dans le cas présent, elle n’atténue en rien les craintes des consommateurs et éleveurs sud-coréens, ceux-là même qui sont dans la rue. « Les critiques ont indiqué que l’accord du bœuf ne peut pas protéger les sud-coréens de la maladie de la vache folle. Les groupes civils ont proposé que Séoul impose des directives plus strictes et interdire la viande bovine de plus de 20 mois, comme le Japon, puisque les jeunes bovins ont moins de chances de transmettre la maladie » (Xinhua).
Reste ceci : doit-on considérer cette crise comme une crise sanitaire liée effectivement à la crainte de l’Encéphalopathie Spongiforme Bovine ? Pas si sûr. Le Figaro juge que « ce retour de la viande made in USA sert de catalyseur au mécontentement », un déclencheur donc d’un malaise plus global - prix des carburants, augmentation du prix des denrées alimentaires - que l’opposition n’a pas manqué, d’ailleurs, d’exploiter. En outre, le quotidien précise que « les coréens du sud entretiennent des rapports compliqués avec le protecteur américain jugé trop envahissant ». Cette affaire de bœuf serait plus «  passionnelle que scientifique », plus politique que sanitaire pourrait-on ajouter.
Une position que Marie-Orange Rive-Lasan, chargée de cours à sciences Po et spécialiste de la Corée, partage. Interviewée par RFI, elle indique que « Le bœuf américain est un prétexte pour que l’opposition se manifeste et puisse mobiliser l’opinion publique ». Cela dit, elle rappelle aussi, dans cette interview, que l’affaire a également une origine économique. Les gouvernements sud-coréen et américain sont en passe de ratifier un traité de libre échange. « L’une des conditions posées par les américains, est la reprise préalable des importations du bœuf américain en Corée du Sud. Il y a de nombreux opposants à ce traité de libre échange. L’une des façons de contrer la ratification est de s’opposer à la reprise de l’importation de bœuf ».
Plus qu’une question sanitaire, on peut donc se demander si ce vent de colère, prompt à décorner les bœufs, surtout s’ils sont américains, n’est pas plutôt celui du refus d’un modèle économique...

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences du 11 juin 2008. Xinhuanet.com, Le Figaro, RFI.

La réaction de Vincent Chatellier, ingénieur de recherche à l’Inra Nantes, département "Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement"

"Il faut savoir tout d’abord que la Corée est culturellement un pays grand consommateur de viande bovine : 14kg/habitant en 2007, contre 42 aux USA ou 18 en Europe. Et pour cause : consommer de la viande bovine est un signe de richesse.
La production n’étant pas suffisante pour assurer la demande, la Corée importe une grande quantité de viande bovine : 300 000 tonnes/an en 2007 alors que la production s’élevait à 200 000 tonnes cette même année. L’une des raisons essentielles de cette situation tient au manque de surfaces agricoles disponibles auquel s’ajoute le coût élevé des céréales avec la hausse que l’on connaît.
Pour autant, la Corée ne connaît pas de problème d’approvisionnement en viande bovine. Celui-ci est assuré en grande partie par l’Australie, dont le volume d’importation représente 65% du volume total. De ce fait, la viande bovine américaine est moins nécessaire à la Corée que par le passé.
Il faut ici rappeler que, suite à la crise de la vache folle, l’importation en Corée, de viande bovine américaine, a connu des hauts et des bas. De part l’importance culturelle de ce mets en Corée, il y a eu, avec la crise, une cristallisation sanitaire très forte de la part des autorités coréennes. Ainsi, depuis 2004, le gouvernement coréen a mis en place, par intermittence, une politique draconienne en matière d’importation de bœuf en provenance des USA. Par exemple, à ce jour, la Corée a réduit ses contacts commerciaux à 36 entreprises américaines. Parallèlement, l’Etat coréen a mis en œuvre une politique volontariste au regard de la qualité sanitaire des viandes bovines, développant la production locale en insistant sur les filières "bio". On voit donc qu’un certain nombre de choses sont développées pour assurer la qualité sanitaire de la viande bovine importée et produite dans ce pays.
Reste que récemment, lors d’un contrôle sanitaire, justement, des bouts d’os ont été retrouvés dans un lot d’importation de viande bovine américaine, laquelle ne doit normalement pas en contenir. D’où la réactivation des craintes de la population. Actuellement, nous nous trouvons, selon moi, dans une situation quelque peu paradoxale où la population reproche à son gouvernement, et ce malgré les précautions prises, de n’avoir pas joué son rôle. Il y a là, sans doute, des aspects politiques."

Propos recueillis par Jacques Rochefort, Mission Agrobiosciences, 11 juin 2008.

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Revue de presse (Xinhuanet, Le Figaro, RFI) suivie de la réaction de Vincent Chatellier, ingénieur de recherches à l’Inra (Nantes)

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