19/05/2016
Agriculture et société. Revue de presse. 19 mai 2016

Modèle productiviste : ces agriculteurs qui sortent du rang

« Une concurrence étrangère de plus en plus rude, des aides de la PAC de moins en moins généreuses » (L’Expansion), un modèle conventionnel productiviste de plus en plus critiqué, des agriculteurs (particulièrement les éleveurs) malmenés par la baisse des cours, la multiplication des normes et des contrôles, démunis face aux conseils des experts... Autant de crises conjoncturelles et structurelles qui poussent certains d’entre eux à changer de pratiques, voire à remettre en cause les paradigmes qui ont guidé jusqu’alors leur activité. Mais vers quels modèles se tournent-ils, et pour quelles raisons ? Quelques exemples piqués dans la presse.

« Retrouver un prix rémunérateur »

« Face à la crise agricole, le bio tire son épingle du jeu ». Premier modèle en forte progression ces derniers temps, l’agriculture biologique. Le Monde fait état d’un « afflux de conversion », chiffres à l’appui. Même si le bio reste minoritaire sur le territoire agricole (4,9%), les surfaces engagées en AB « ont bondi de 17% en un an ». Parmi les nouveaux adeptes, principalement des éleveurs qui veulent « retrouver un pouvoir de décision et un prix rémunérateur ». Effectivement, les chiffres sont assez éloquents : un exploitant laitier « standard » vendra ses 1000 litres de production à 280€, contre 450€ en moyenne pour un exploitant « bio » par exemple.

« Être plus économe »

Autre marge de manœuvre possible : réduire les coûts d’exploitation. Dans les pages du Monde, Manon Rescan dresse le portrait de ces éleveurs en « Burn-out », avec une « comptabilité déficitaire » ou en « redressement judiciaire » et qui, pour se sortir la tête de l’eau, rompent radicalement avec leurs méthodes d’élevage. Avec l’aide de Solidarité Paysans - un collectif ayant pour but de soutenir et de venir en aide aux agriculteurs n’arrivant plus à subvenir à leur besoin -, ces éleveurs quittent le tout productif pour un fonctionnement « plus économe et autonome ». Une stratégie élaborée au cas par cas, généralement caractérisée par une réduction des rations de maïs et des doses de compléments et, à l’inverse, un retour à l’herbe qui permet d’alléger jusqu’à 50 % de leur charge liée à l’alimentation animale.
Le point commun de ces démarches ? Sortir du paradigme « Dépenser plus [1] pour produire plus ». Une philosophie que l’on retrouve également dans les propos de la Présidente de la Fédération nationale de l’agriculture biologique, Stéphanie Pageot : « Il faut passer d’une logique de chiffre d’affaires, à une logique de marge. Ce qui compte, ce n’est pas la quantité produite mais ce qui reste à la fin du mois » (L’Expansion).

« Redevenir le patron de sa ferme »

Autonomie. Le terme revient sans cesse dans la bouche des agriculteurs interrogés par Le Monde. Frédéric Lethuillier, éleveur dans le département de la Sarthe ayant vécu un « burn-out », l’affirme : « Le problème, c’est qu’on est une profession où on est trop conseillés ». Plusieurs agriculteurs évoquent, au moment de leur installation, ces conseillers « qui les ont détournés de leur intuition et intention : faire de l’herbe ». Un autre couple, exploitants laitiers dans la Sarthe, explique : « On est formatés à faire de l‘intensif, à l’école, à la chambre d’agriculture … On nous dit : faites plus et vous aurez plus. Mais, parfois, le plus tourne au moins » constate-t-il. Sans compter que les conseillers sont aussi, parfois, les prescripteurs, et donc les vendeurs d’intrants et autres compléments …
« Ne pas prendre de décision à leur place ». C’est la ligne de conduite choisie par les acteurs de Solidarité Paysans et du CIVAM [2] lors de leurs interventions sur les exploitations. Objectif : redonner les clés de son exploitation à l’agriculteur. Au fil des témoignages, les principaux concernés confient, fièrement, être « redevenu patron de [leur] ferme ». « Je n’écoute plus les conseils, c’est moi qui prends les décisions ». Un état d’esprit qui n’a pas que des répercussions humaines. Un éleveur « assure avoir vu une différence sur ses animaux qui sont plus calmes ». Conséquence, les visites chez le vétérinaire s’en trouvent réduites, avec une facture annuelle allégée de 30%, et c’est autant d’économies réalisées …

L’autonomie, c’est aussi l’un des arguments mis en avant par les agriculteurs qui mettent en place sur leur exploitation une ou plusieurs démarches agroécologiques. C’est l’un des aspects d’une enquête de BVA réalisée en décembre 2015, menée auprès d’un échantillon de 800 agriculteurs pratiquant différentes activités dans toute la France (Mediaterre) : 92 % d’entre eux mettent en place au moins une démarche en lien avec l’agroécologie et 73 % sont déjà engagés dans au moins trois. Cette même étude affirme que l’agroécologie s’étend en France et plus particulièrement auprès du jeune public de moins de trente ans. Celui-là même qui viendra façonner l’agriculture française de demain.

Revue de presse par Romain Marcuz, stagiaire à la Mission Agrobiosciences. (19.05.2016)

Sources :


LE MONDE, L’EXPRESS, L’EXPANSION, MEDIATERRE, LE FIGARO

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