27/06/2014
Agriculture et Société

La loi d’Avenir en ligne de mire

source photo : gouvernement.gouvL’intervention ce mardi 17 juin 2014 du ministre de l’Agriculture et porte-parole du Gouvernement, a fait parler d’elle. La locomotive agro-écologie est en marche, et Stéphane Le Foll a donné ses directives et ses ambitions quant à la mise en œuvre de son projet phare. Entre soutiens et inquiétudes, le monde agricole réagit. Le point dans cette revue de presse de Maxime Crouchez-Pillot, stagiaire à la Mission Agrobiosciences.

L’intervention ce mardi 17 juin 2014 du ministre de l’Agriculture et porte-parole du Gouvernement, a fait parler d’elle. La locomotive agro-écologie est en marche, et Stéphane Le Foll a donné ses directives et ses ambitions quant à la mise en œuvre de son projet phare. Entre soutiens et inquiétudes, le monde agricole réagit. Le point dans cette revue de presse de Maxime Crouchez-Pillot, stagiaire à la Mission Agrobiosciences.

La loi d’Avenir au présent
Votée au Sénat mi-avril, le cheval de bataille de la politique agricole de Stéphane le Foll doit passer en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale les 8 et 9 juillet prochains. « Le ministre s’est risqué à un objectif ambitieux », commente Localtis.info : « que la moitié des exploitations françaises se soient engagées dans ces pratiques d’ici à 2025 ». Cet horizon d’attente est selon lui « tout à fait atteignable » ; il faut savoir que 35 000 exploitants sont déjà intégrés au programme avant même que la loi ne soit adoptée. Le ministre plaide pour un projet global d’accompagnement des agriculteurs afin de les aider à entamer leur transition, « Un "outil de diagnostic" sera disponible sous forme de prototype en septembre avant d’être généralisé sur le territoire fin 2014, début 2015. Il leur permettra de mesurer les performances de leur exploitation » (localist.info).

Des mesures à respecter
Dans son programme pour réaménager l’agriculture française, Stéphane Le Foll veut dessiner des contours précis ; un certain nombre de conditions devront être respectées. Du côté de l’agro-écologie, une commission travaille à la définition des différentes exigences qui la contraindront. Pour la loi d’Avenir, déjà plusieurs principes sont connus : « [le projet] englobera toute une série de dispositifs lancés au fil des derniers mois : le plan Ecophyto qui vise à réduire l’usage des pesticides, le plan méthanisation qui prévoit de passer à 1 000 méthaniseurs d’ici 2020, le plan "enseigner à produire autrement"... »… Le profil se précise.
Pour faire la promotion de son agriculture de demain, à l’occasion de l’Assemblée générale du Réseau National Agriculture Durable (RNAD), le ministre a rencontré Jacques Morineau, à Chantonnay, en Vendée. Agriculteur agroécologique depuis plusieurs décennies, il s’est fait le porte-parole de cette autre manière de produire autrement. Interviewé par Ouest-France, l’agriculteur présente sa vision : « intégration maximale des processus naturels et de la biodiversité pour augmenter la productivité. Cela passe par la complémentarité entre les cultures et l’élevage ». Sans appréhension, il affirme que « c’est du concret, ça marche et c’est durable. » ! De quoi en motiver plus d’un à emprunter le chemin de la transition.

Des mesures qui n’adhèrent pas...
Mais… Malgré l’enthousiasme de certains, le projet est loin de satisfaire toute la communauté agricole. Voyez plutôt les manifestations menées par la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) et des JA (Jeunes Agriculteurs), ce mardi 24 juin. Dans un communiqué à l’AFP, Xavier Beulin, président de la FNSEA, dénonce l’excès de réglementations qui étouffent l’agriculture française. La dernière, à propos de la réduction des espaces d’épandage des pesticides (200 m, entre la surface à épandre et les habitations), a été celle de trop. Charlotte Vassant, interrogée par Aisne-nouvelle.fr, s’inquiète : « à l’échelle nationale on va perdre 13 millions d’hectares [dont] 90 000 dans l’Aisne ». Résultat du mécontentement, « à 11h, 15 000 agriculteurs avaient participé à diverses actions dans 85 départements » (terre_net.fr). Blocage de péages, incinérations (place de la Concorde), opérations escargots, rassemblements... ont parsemé, dès l’aube, le territoire français.
Invité sur RTL, le matin-même des manifestations, le ministre a pu réagir à cet élan de protestation et plaidé pour une mauvaise interprétation des opposants. En effet, à l’en croire, « il n’a jamais été question de préserver une bande de 200 mètres autour de toutes les habitations. Ces chiffres et les surfaces qui en découleraient seraient alors incompatibles avec la production agricole ». Non, il précise que la mesure vise à protéger certains lieux publics, comme les crèches, écoles et autres maisons de retraite qui sont susceptibles d’être atteintes par les phytosanitaires portés par le vent. Stéphane Le Foll a d’ailleurs indiqué que les moyens retenus pour protéger les lieux publics ne se résumaient pas qu’à la seule distance entre épandage et lieux publics : de l’outillage technique, des protections physiques (des haies), des distances réglementaires (actuellement fixées à 50m des habitations) sont autant de solutions alternatives qui seront appliquées selon les cas particuliers concernés.
Cependant, un sujet d’inquiétude, sur lequel le ministre ne s’est pas prononcé, demeure : il s’agit du « traité de libre-échange en discussion avec les États-Unis, accusé [par certains] de menacer le modèle alimentaire français » ; le risque de favoriser les importations plutôt que de s’approvisionner localement serait alors, selon les grévistes, plus qu’important.

… et les plaintes tombent

La FNSEA et les JA ne sont pas les seuls à contester la loi d’Avenir agricole : comme le rappelle Localist.info, « un collectif d’une dizaine d’associations et de syndicats agricoles s’étaient fendu d’une lettre ouverte au ministre pour souligner, à leurs yeux, les incohérences de la politique française » ; l’attaque vient cette fois des écologistes. Samuel Féret, coordonnateur de ce collectif, soutient que la volonté du Gouvernement de diriger l’agriculture sur un terrain plus « écolo » ne suffira pas à endiguer le rouleau compresseur de l’agriculture productiviste issue des firmes. Une montée au créneau relayée par la Fondation Nicolas Hulot lors de la présentation de la loi d’Avenir, mardi 17 juin. Elle déclare « s’inquiéter des discussions en cours ». Ce faisant, elle a fait parvenir au ministre les points qu’elle trouve incohérents : « le fléchage des aides du deuxième pilier (PAC) sur la modernisation et l’agrandissement des exploitations plutôt que sur l’installation, inclusion des méthaniseurs dans l’agro-écologie, accélération des négociations sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis, avec l’arrivée prévisible des viandes aux hormones ou issues d’animaux clonés… Sans parler de l’inauguration prochaine de la "ferme des 1 000 vaches", dans la Somme ». Des points sur lesquels on attend la réaction du ministre, aujourd’hui coincé entre deux feux.

Lors de son discours de présentation du 17 juin, Stéphane Le Foll avait déclaré que la France a la capacité d’enclencher un processus mondial, sinon européen, d’agro-écologie. Réussira-t-il à endiguer le feu croisé dans lequel il est engagé et à porter la France jusqu’à de telles ambitions ? Rendez-vous fin 2014 pour l’évaluation de « l’an 1 de l’agro-écologie », une manifestation qui promet d’être haute en couleur !
Une revue de presse de la Mission Agrobiosciences du 24 juin 2014, écrite par Maxime Crouchez-Pillot, stagiaire à la Mission.


Sources :

- Campagnes et environnement, du 17 juin 2014, par Eloi Pailloux.

Localtis.info, La France agricole, Campagnes et environnement, la Nouvelle République, Ouest-France, Terre.net.

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