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Alimentation et société. Appel à communication, avant le 31 mai 2014
Comment mangent les familles contemporaines ?
Pour le colloque international des 15-16-17 janvier 2015 à Strasbourg

Après deux cents ans de développement des modes de production industrielle de l’alimentation humaine, la possibilité de nourrir l’ensemble de l’humanité pose toujours question au point que la thématique de l’exposition universelle qui se déroulera à Milan en 2015 aura pour thème transversal « Comment nourrir la planète en 2050 ? ». Tout ne va donc pas de soi, loin de là.
L’occasion pour le Laboratoire Dynamiques européennes UMR7367 de Strasbourg de lancer un appel à contributions, ouvert jusqu’au 31 mai 2014, afin de préparer un colloque sur la manière de manger des familles contemporaines (janvier 2015).
Voir ci-dessous la toile de fond de réflexion des organisateurs, qui croisent en de nombreux endroits le travail de la Mission Agrobiosciences, et les modalités concrètes pour contribuer.

 

APPEL A COMMUNICATION
Comment mangent les familles contemporaines ?
Comparaison européenne
Des parcours d’approvisionnements aux pratiques culinaires
Colloque international 15-16-17 janvier 2015 à la MISHA – Strasbourg
Laboratoire Dynamiques européennes UMR7367

A propos du colloque
Toile de fond
Les scandales de l’industrie alimentaire de ces vingt dernières années en Europe et la dénonciation des dangers sanitaires d’une alimentation trop riche en graisses et sucre convergent pour conduire à l’édiction de nouvelles normes d’hygiène, règles nutritionnelles et modalités de consommation dont la liste était pourtant déjà longue. Des sociologues et des anthropologues s’intéressent depuis les années 1980 aux effets de ces normes et règles sur les pratiques alimentaires familiales en prenant en compte tant les inégalités sociales que les valeurs culturelles. D’autres travaux ont plus particulièrement porté sur les transmissions et les modifications des habitudes.
Ces derniers questionnent, entre autres, la façon dont les familles et les enfants gèrent la multiplicité des normes alimentaires contemporaines et leurs conséquences sur les constructions d’identités sociales et la recherche du plaisir dans l’alimentation pendant que d’autres recherches s’intéressent aux formes de métissages à l’œuvre dans les pratiques alimentaires quotidiennes.
Cette inquiétude provoquée par l’alimentation n’est pas propre à la France. Posant en toile de fond l’anxiété vis-à-vis de la nourriture véhiculée par les politiques publiques en Grande Bretagne, en Suède et en Norvège, des contributeurs interrogent la signification des pratiques alimentaires dans les constructions identitaires en s’intéressant plus particulièrement aux changements survenus récemment dans les pratiques familiales au sein de différents groupes sociaux.
Mais l’alimentation familiale se configure également comme un rempart contre les risques, comme une manière de domestiquer les produits et de les « familiariser » et comme un dispositif de singularisation des produits, de régulation de leur consommation et de socialisation alimentaire. Car les pratiques familiales ne sont pas uniquement conditionnées par les politiques gouvernementales de santé publiques ou des traditions culturelles, elles s’inscrivent également dans des réseaux d’approvisionnement locaux et internationaux qui sont traversés par des enjeux de pouvoirs économiques, politiques, citoyens... qui reflètent les transformations des modes de consommation.
Les modes d’approvisionnement ont beaucoup changé depuis la seconde guerre mondiale sur l’ensemble du globe. En France, des sociologues travaillent à une archéologie de la consommation contemporaine retraçant l’histoire de la consommation en grande surface par exemple. Aussi, la question se pose aujourd’hui de savoir de quelle modernité est porteuse cette forme d’approvisionnement en comparaison avec ce qui se passe ailleurs en Europe ou sur d’autres continents. Ainsi en France, pour continuer sur le même exemple, on assiste depuis une dizaine d’années à la fois au développement des approvisionnements alimentaires en lignes, livrés par « drive » ou livrés au domicile, au développement des Amap et autres coopératives d’achats qui évitent les distributeurs, mais également à un renouveau de fréquentation des commerces de proximité que ce soit dans les centres villes semi-piétonniers ou dans les périphéries urbaines. Les pratiques d’approvisionnement et de consommation alimentaires se chargent d’une dimension politique.

A propos des communications pour alimenter le colloque
Aussi dans ce colloque, les organisateurs proposent de mettre en perspective les pratiques alimentaires familiales et les normes sociales qui les régissent, avec des approches macro, mezzo et microsociales des réseaux d’approvisionnement pour comprendre les logiques d’action à l’œuvre dans différentes situations d’alimentation quotidiennes et éventuellement festives.
Les communications comportant une dimension comparatiste seront particulièrement bienvenues. Le terme de famille sera entendu ici au sens large qui va du couple sans enfants aux personnes dont les enfants ont quitté le domicile familial en passant par toutes les formes de composition, typologie et recomposition familiale.
Les organisateurs proposent aux communicants de comprendre comment s’articule au quotidien l’approvisionnement en supermarché, au marché, au supermarché bio, en AMAP, par les jardins individuels ou collectifs… Il leur semble important d’analyser le retour vers un approvisionnement multimodal après une massification de l’approvisionnement en supermarché, retour peut-être dû aux scandales industriels (« vache folle », « concombre contaminé », « viande de cheval cachée »...) ? En Europe centrale et orientale, l’extension depuis une quinzaine d’années de la grande distribution, notamment de marques françaises, a été une des transformations les plus importantes du paysage de la consommation. Comment cette grande distribution a-t-elle modifié les habitudes familiales et comment s’articule-t-elle à d’autres modalités d’approvisionnement, d’échange et d’autoproduction ?
D’autre part, comment cette multiplicité d’approvisionnement est-elle source de partage -de recettes ou de produits- ou de craintes, entre amis, voisins, collègues, membres de la famille ? Comment l’outil Internet est-il mobilisé à la fois dans l’approvisionnement (commande et/ou livraison en ligne) mais également dans le partage de recettes (blogs, mails à la famille / amis) ou de produits (transmission des « bons plans ») ? Comment cet outil est-il à la fois une source d’homogénéisation des pratiques et des menus et un moyen de diversification ?
Les pays européens vivent également une crise économique majeure qui reconfigure les relations aux achats et le rapport à l’alimentation, en imposant plus que jamais des arbitrages et des choix. La diminution de ressources économiques rencontre d’autres attitudes liées à une consommation dite plus « responsable », « maline » ou « débrouillarde », dans laquelle le
consommateur s’affirme encore plus comme un acteur réflexif et dans lesquelles les segmentations sociales se reconfigurent suivant d’autres lignes de faille qui se superposent à celles des classes sociales conventionnelles. Quelle est la place de la famille dans cette nouvelle consommation familiale ? Quelles sont les négociations, mais également les apprentissages et les transmissions intergénérationnelles qui re-modulent le rapport aux aliments et aux préparations culinaires : par exemple l’attention au gâchis, la conservation et la ré-élaboration des restes, mais également dans certains pays la participation des parents à la cuisine des cantines, etc.
Si l’alimentation permet d’aborder la problématique des choix et des contraintes (normatives, économiques, sociales) comment, lors de ces approvisionnements, les paniers sont-ils remplis ? Comment les notions d’équilibre, de santé et de régime s’articulent avec l’aspect économique, l’engagement social, politique et la prise en compte des goûts des différents membres de la famille ?
Comment ces éléments de nature instables sont avancés comme mobiles de décision en fonction des situations ? Nous proposons également ici, par le biais de l’approvisionnement, d’agencer la question des lieux à celle des temps, par exemple par la manière dont des cycles influencent l’alimentation : le rythme annuel scolaire qui ouvre à une réorganisation en septembre en fonction des activités pratiquées par l’un ou l’autre et qui peut permettre certains approvisionnements et régir le partage ou le non partage de certains repas. Mais aussi les cycles saisonniers qui peuvent gouverner les menus (soupes, salades, pique-niques…) ce qui permettrait de mesurer et discuter les modalités de la préférence donnée aux fruits et légumes de saison (potimarron, fruits rouges par exemple). Les communications pourront également aborder le cycle de régularité de reproduction des menus et le rôle des déplacements quotidiens ou hebdomadaires dans l’approvisionnement et l’établissement des menus : de par leur répétition sur plusieurs années, certaines recettes entre dans la « culture
familiale ». Comment se construit cette « culture familiale » ? Il sera également possible ici d’aborder les questions de transmission et de modifications par l’appropriation des recettes.
Enfin, en prenant en compte à la fois l’approvisionnement et la préparation des repas nous proposons de réexaminer la répartition des tâches domestiques entre les genres et les générations à travers les notions de contraintes et de plaisirs par exemple. Comment se répartissent les tâches liées aux pratiques alimentaires dans les familles au quotidien et dans les moments festifs en ne séparant pas la question du genre de celle de l’âge ? Une articulation avec une analyse en termes de catégories sociales est-elle pertinente et si oui de quelle façon ? L’âge est souvent une donnée oubliée de la démarche analytique inter-sectionnelle, l’âge étant encore trop souvent considéré comme une donnée naturelle et non pas culturellement construite. Comment se construit une identité d’âge et de genre en fonction des pratiques alimentaires locales et de références plus globales ?
Comment, le partage des recettes, des produits, des plats préparés observés peut-il être analysé sous l’angle de l’articulation des critères socioculturels de genre, d’âge et de catégorisation sociale ? Des ethnographies comparatistes seront bienvenues ici encore. Au cours de ces échanges nous serons particulièrement attentifs aux différences, qui peuvent ou non exister, entre régions, pays ou continents.

Date limite d’envoi
- Les chercheurs sont invités à envoyer avant le 31 mai une proposition de communication de 3000 caractères (espaces compris) dans laquelle sera décrite la problématique, la méthodologie, les principaux résultats de la recherche. Merci d’indiquer également nom, coordonnées email et postales, discipline et statut professionnel.
- Ces propositions de communications sont à adresser simultanément à :
Marie-Pierre JULIEN (marie-pierre.julien@univ-lorraine.fr) et Marion Vicart (puppy_ion@yahoo.fr).

Calendrier
31 mai 2014 : Réception des propositions
1er juillet 2014 : Notification aux chercheur-e-s retenu-e-s par le comité scientifique.
5 janvier 2015 : Envoi des communications aux organisateurs.
15-16-17 janvier 2015 : Colloque.

Pour lire l’appel à communication complet avec les références des universitaires travaillant sur le sujet et la composition du scientifique et du comité d’organisation, cliquer ICI

Autour de ces mêmes thématiques, lire sur le site de la Mission Agrobiosciences
- Pourquoi cette peur au ventre ? Nouvelles obsessions alimentaires. Une note de lecture de l’ouvrage du psychologue interculturel Patrick Denoux. (mars 2014)
- Nous avons besoin de symboliser la nourriture, un entretien avec Patrick Denoux (mars 2014)
- Les dualités de l’alimentation contemporaine par Jean-Pierre Poulain (mai 2000)
- L’éducation alimentaire est une forme d’humanisme, par Jean-Pierre Corbeau (juin 2008)
- Aide alimentaire : si on pensait différemment le système, avec Dominique Paturel et Véronique Blanchot (mars 2014)
- Cuisine exotique : cuisiner le goût des autres, avec Faustine Régnier, mars 2009

Visionner sur AgrobiosciencesTV
- Une alimentation de proximité, pour couper court aux crises, trois vidéos avec Yuna Chiffoleau, Florence Scarsi et Pierre Moureu


Accéder à toutes les publications de la Mission Agrobiosciences sur les thèmes de  :
Alimentation et Société ; Cancers et alimentation ; Obésité ; Consommation & développement durable ; Lutte contre la faim ; Crises alimentaires ; "Ça ne mange pas de pain !" ; Méditerranée ; Agriculture et société ; Politique agricole commune ; OGM et Progrès en Débat ; Les relations entre l’homme et l’animal ; Sciences-Société-Décision Publique ; Science et Lycéens ; Histoires de... ; Produits de terroir ; Agriculture et les bioénergies ; Les enjeux de l’eau ; Carnets de Voyages de Jean-Claude Flamant.

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