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Peurs alimentaires : Maïs attacks ?
Alimentation en débat : les Chroniques « Grain de Sel » de la Mission Agrobiosciences.
Copyright EHESS

Un entretien conduit par Sylvie Berthier, Mission Agrobiosciences avec Maryse Carraretto-, Anthropologue (EHESS). Auteur de « Histoires de maïs. D’une divinité amérindienne à ses avatars transgéniques » (Éditions du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 2005). Réalisé le 8 Janvier 2007.

L’introduction
Tout le monde en a fait l’expérience, les étals des marchés et des supermarchés regorgent aujourd’hui de fruits exotiques et de légumes oubliés. Aux côtés de nos bons vieux poireaux, choux-fleurs et autres radis trônent désormais d’un côté les lychees, les chayotes, les papayes, et de l’autre les topinambours, panais et rutabagas, comme un symbole du retour au goût de terroir, pour tenter de contrer la perfide mondialisation qui s’inviterait à notre table.
C’est un peu vite oublié que dans l’histoire des végétaux, rares sont les espèces dont l’origine est européenne. La plupart d’entre elles ont été introduites au fil des siècles par les migrations et les guerres entre les peuples. Les plantes voyagent depuis toujours, mais ce qui est plus intéressant, c’est que leur histoire raconte aussi celle de nos peurs alimentaires.
Ainsi, avant de s’installer durablement dans nos assiettes, la tomate, d’origine Aztèque, fut d’abord jugée toxique et assimilée à la mandragore aux relents de soufre et de sorcière. Quant à la pomme de terre, originaire des Andes, on a dit qu’elle était une plante du Diable et qu’elle pouvait donner la lèpre. Tout juste bonne pour les cochons. Mais finalement face au risque alimentaire le plus grave, qu’est la disette ou la famine, les farines à cochons ont fini dans la gamelle des hommes.
Dans nos sociétés de consommation, la peur de manquer n’existe plus, mais les peurs persistent. Alors, comme le dit Madeleine Ferrières dans son « Histoire des peurs alimentaires, du Moyen Age à l’aube du XXIème siècle » (Editions du Seuil, 2002), il est de bon ton de parler de malbouffe et de nous servir le mythe du bon vieux temps. Aussi, nous allons prendre un peu de recul historique et anthropologique, non pas pour nous rassurer, mais pour donner quelques clés et mieux comprendre nos comportements alimentaires d’aujourd’hui.

 

L’Entretien Avec Maryse Carraretto, Anthropologue, auteur de « Histoires de maïs. D’une divinité amérindienne à ses avatars transgéniques » (Éditions du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 2005).

Sylvie Berthier. D’abord vénéré, puis diabolisé, il a fallu au maïs de longs chemins de traverse et de très nombreuses controverses, pour que la petite graine puisse éclater en flocons blancs dans les casseroles de l’Ancien monde. Le maïs n’en a pas fini, pour autant, d’attiser les convoitises et les rejets... Pour commencer, cette céréale a toujours été une plante étrange et étrangère

Maryse Cararreto Oui, c’est une plante très particulière dans la mesure où elle a connu un développement extraordinaire sur le continent américain, puisque quand les Espagnols découvrent le Nouveau Monde, le maïs est présent du Nord jusqu’au Sud du continent. Il existe une infinie variété de maïs, de différentes tailles, de différentes couleurs, qui poussent en différentes altitudes. Et il suffit de regarder la mythologie des mondes maya et aztèque, par exemple, pour se rendre compte qu’il existe une infinie variété de déesses et dieux spécialement dédiés à cette plante, qui correspondent quasiment à tous les états de croissance de la plante.
Alors, c’est une plante parfaitement domestiquée mais, ce qui est très étonnant, c’est que quand les Espagnols, en particulier, et plus tard les Portugais mais aussi les Français au Nord du continent vont rapporter le maïs en Europe, dans les premiers temps, en tout cas, au cours des 16ème et 17ème siècle, ce maïs va avoir du mal à être accepté, simplement parce que la plante est méconnue. Parce que lorsqu’on transfère une plante d’ailleurs, on ne transfère par forcément son mode d’emploi, ses usages, sa symbolique... Il va donc falloir apprendre à connaître cette plante, à savoir sous quel climat elle pousse, comment elle pousse et ce qu’on peut en faire. Sans oublier que cette céréale païenne a du mal à se faire une place, à côté du blé qui est la céréale chrétienne, la céréale reine...

On voit bien cette première rupture dans l’histoire du maïs. Pourtant, lorsqu’il le découvre en 1492, Christophe Colomb écrit « qu’il a trouvé une sorte de blé qui est très savoureux, cuit au four ou bien séché et réduit en farine ». Quand il est introduit en Europe à la fin du 15ème siècle, certes la culture du maïs est compliquée pour toutes les raisons que vous avez invoquées. N’empêche, il finit par pousser formidablement bien au point que dans certaines régions du Nord de l’Italie, elle devient la monoculture, dont la mono consommation entraîne une maladie très grave, la pellagre, due à une carence en vitamine B3 et en tryptophane. C’est une plante ambiguë : aujourd’hui, céréale la plus cultivée dans le monde (et très répandue dans le Sud-Ouest), après le blé et le riz, elle reste l’aliment du bétail. On en mange très peu dans nos sociétés.

C’est effectivement paradoxal, mais le maïs n’est pas une plante panifiable. On n’en fait pas du pain sauf si on mélange sa farine avec une autre farine, de blé par exemple, on obtient, comme au Portugal, la broa. Mais dès son arrivée en Europe, le maïs a été essentiellement destiné à la consommation des animaux et, effectivement, quand on l’a donné aux hommes, c’est en raison des grandes famines qui jalonnent tout le 18ème siècle, et au-delà. Parmentier est l’un de ses promoteurs, pour pallier ces crises dues aux disettes.

On aurait pu alors penser que l’histoire du maïs s’était bien installée en Occident mais, après la Seconde guerre mondiale, les Américains mettent au point des hybrides... . Ça n’a pas été aussi simple qu’on aurait pu le penser. Il y a eu des discussions tendues entre les anciens et les modernes pour cultiver ces nouvelles variétés...

On va dire que jusqu’à la fin du 18ème siècle, le maïs va chercher ses marques culturellement et « culturalement » et qu’à partir du 19ème, au contraire, on en trouve partout en Europe. Partout où le maïs peut pousser, comme en Béarn, dans le Nord du Portugal ou de l’Italie, on a véritablement une culture du mais. Quand les variétés hybrides arrivent des États-Unis, après la Seconde guerre mondiale, non seulement on demande aux cultivateurs de maïs de laisser tomber leurs variétés, celles qu’ils ont patiemment réussi à acclimater, mais on leur demande aussi de ne plus réserver, comme ils le font depuis toujours, les semences pour l’année suivante, mais désormais de les acheter, à des semenciers. Cela va énormément changer leur manière de cultiver la plante. Ces nouvelles variétés modifient le travail de la terre. Désormais, ils doivent investir, s’endetter, acheter des outils et du matériel nouveaux. C’est la seconde rupture. De là à dire que l’ensemble du monde des agriculteurs s’y est opposé, non ; reste que tout ne s’est pas fait du jour au lendemain, et qu’il y a eu dans certaines régions d’importantes résistances à adopter ces nouvelles variétés.

Aujourd’hui, le maïs fait encore régulièrement la Une des journaux, soit pour des raisons écologiques, quand il est accusé d’assécher les cours d’eau, soit à cause des Ogm. C’est la troisième rupture dans l’histoire du mais. Que vient-elle révéler de notre société ?

Certes, certaines de ses variétés sont génétiquement modifiées, mais d’autres plantes le sont également. C’est que j’ai trouvé intéressant d’étudier : pourquoi se focalise-t-on ainsi sur la transgénèse du maïs et pas de la tomate, de la pomme de terre ou du soja ? Je crois que le maïs devient l’emblème de tous ces changements technologiques liés à la génétique et que, finalement, il faut dans l’histoire des hommes et des plantes alimentaires, une plante bouc émissaire qui sert à cristalliser toutes ces peurs.

Cette Chronique Grain de Sel « Peurs alimentaires : Maïs attacks ? » est une des séquences de l’émission du 8 Janvier 2007. Accéder à l’Intégrale de cette émission-. Le Plateau du J’GO est co-organisé par la Mission Agrobiosciences, le Restaurant du J’GO et Radio Mon Païs.

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